dans lequel M Vachon a indiqué vouloir agir prudemment avec le dividende versé aux actionnaires et ainsi, malgré des profits faramineux, ne l’a haussé que de 4% cette année, contrairement à la TD par exemple, qui a haussé son dividende de 9%.
En tant qu’actionnaire de la BNC et investisseur selon la technique du dividend growth investing, devrais-je me réjouir de cette approche ou plutôt en être déçu?
C’est une question qui mérite qu’on se la pose!
Mes prévisions et objectifs de revenus de dividende dépendent de deux critères importants : le dividende initial au moment de l’achat et la croissance annuelle du dividende.
Pour ces critères, je me suis fixé l’objectif audacieux d’obtenir un dividende représentant 3,5% du coût de l’action en moyenne au moment de l’acquisition d’un titre et une croissance moyenne du dividende de l’ordre de 8% par an.
Le dividende trimestriel courant de la BNC est de 0,52$ par action soit environ 4,4% par rapport au prix actuel. Avec la récente annonce, la croissance du dividende entre 2014 et 2015 a été de 4%. Ainsi, mon premier critère est rencontré aisément alors que le critère de croissance du dividende est loin d’être rencontré!
Toutefois, je cherche à voir les choses globalement. Certains titres que j’ai en portefeuille ont un dividende initial beaucoup plus faible, mais une croissance du dividende beaucoup plus rapide. En faisant la moyenne des divididendes initiaux et de la croissance de mes dividendes, je devrais normalement me rapprocher de mon objectif.
Le PDG est-il trop prudent?
Il est clair que puisque j’envisage tirer mes revenus futurs de mes dividendes, une coupure complète du dividende, une baisse du dividende, une absence de hausse du dividende ou encore une hausse inférieure à l’inflation sont quatre choses que je ne veux pas voir arriver!
Et, au cours de la dernière année, je trouve que bien des compagnies ont été très prudentes… comme si une tempête se préparait à l’horizon! Mattel et Chevron n’ont pas haussé leur dividende. Exxon, McDonalds et Philip Morris ont été conservateurs. Wal Mart n’a haussé son dividende que d’un maigre 2%. Jean Coutu qui avait haussé son dividende de 17,6% l’an dernier ne l’a haussé que de 10% cette année. Ils ont peur de l’impact d’une éventuelle hausse des taux d’intérêt qui semble de plus en plus imminente…
Aussi, une hausse prudente mais constante peut être préférable à des hausses agressives mais suivies de coupures ou d’absence de hausse dans le seul et unique but de créer un engouement à cours terme dans le prix de l’action afin que certains puissent faire de l’argent rapide grâce à leurs stock options (ce que les hauts cadres possèdent généralement en quantité).
Néanmoins, comme Warren Buffett l’a si bien souligné, si les dirigeants de l’entreprise ne peuvent pas créer au moins 1$ de valeur par dollars de profit retenu, cet argent devrait être redonné aux actionnaires. Pour ma part j’adore particulièrement le versement d’un dividende alléchant!
Le dividende est-il à risque?
La première chose à regarder, c’est l’évolution du payout ratio (dividende / bénéfices). Un payout ratio très élevé, au-delà des 60%-70% commencerait à m’inquiéter.
Le payout ratio, selon les données de TMX Money est actuellement de 47,7%. C’est à dire que 47,7% des bénéfices par action (EPS) sont retournés aux actionnaires sous forme de dividende. C’est un ratio qui demeure raisonnable, mais il y a clairement une pente ascendante qui se profile. La BNC nous a habitué à un payout ratio qui oscillait entre 33% et 43%, sauf durant la crise financière de 2008 durant laquelle le payout ratio a atteint jusqu’à un très élevé 70,7% des bénéfices par action et il s’est maintenu élevé jusqu’en 2010. D’ailleurs le dividende a été maintenu au même niveau en 2008, 2009 et 2010 avant d’être relancé à la hausse par la suite.
On peut donc en conclure que le payout ratio nous donne encore de la marge de manoeuvre mais qu’une tendance à surveiller se profile.
Maintenant, pour nous assurer que le dividende puisse continuer de croître dans le futur, se fier uniquement au payout ratio n’est pas suffisant. Il faut aussi s’assurer que les revenus de l’entreprise augmentent de façon similaire au dividende et que les revenus par action augmentent de façon similaire aux revenus de l’entreprise.
Il faut donc voir les « earning per share » (EPS) croître à peu près à la même vitesse que les « revenue per share ». Car, si les « earning per share » augmentent plus rapidement que les « revenue per share », cela veut dire que la compagnie a réussi à être plus efficace ou encore à resserrer davantage ses dépenses. Le problème est qu’optimiser ses processus a une limite et éventuellement, on l’atteindra. De plus, il y a certaines coupures qui ne sont pas souhaitables. Par exemple, une banque qui cesse d’investir dans la publicité risque de perdre du terrain face à ses compétiteurs puisqu’elles offrent essentiellement des produits qui sont devenus des commodités.
Voyons ce que les chiffres nous disent :
Clairement, les revenues per share et les earnings per share suivent la même tendance générale, ce qui est une bonne chose et la tendance est haussière.
Analysons mainteant si la hausse du dividende annuel des dernières années a été saine. Pour ce faire, il faut observer la croissance des revenus et des bénéfices nets ainsi que le nombre d’actions en circulation.
Une croissance saine du dividende devrait être accompagnée d’une croissance similaire et simultanée des revenus et bénéfices. Car on peut facilement jouer avec les chiffres et hausser un dividende simplement avec un programme de rachat d’actions et en haussant tranquillement aussi le payout ratio.
Avec cette stratégie, même une horloge arrêtée peut avoir l’air d’une horloge bien huilée.
Est-ce le cas ici? Voyons voir :
Le tout m’apparaît plutôt sain. Le dividende a été augmenté au même rythme que les earnings per share et ça n’est pas du au rachat d’action, mais plutôt en partie au payout ratio qui est à la hausse… En fait, globalement au cours des 10 dernières années, les revenus per share ont augmenté moins vite que les earnings per share et si les taux d’intérêts se mettent à augmenter, ceci pourrait avoir un effet de ralentissement sur l’économie et sur les revenus de la banque.
Conclusion
Je ne suis pas un expert, seulement un amateur autodidacte aussi il se peut que j’aie tout faux. Mais mon humble opinion c’est que l’action de M Vachon est justifiée.
Dans le contexte actuel où tout pointe vers un début de récession, où le gouvernement s’apprête à hausser les taux, faire preuve de prudence est souhaitable.
De plus, le payout ratio commence à être élevé et les revenus per share n’ont pas augmenté aussi vite que le dividende par action au cours des dernières années.
Ainsi, ralentir la croissance du dividende n’est pas une mauvaise décision pour autant que l’objectif demeure de le garder en croissance ou à tout le moins éviter de le couper lors de la prochaine crise financière.
Pour l’instant, le dividende élevé courant compense pour la faible hausse anticipée du dividende et une croissance de 4% demeure tout de même plus élevée que l’inflation et protège donc notre pouvoir d’achat en plus de nous donner une croissance des revenus.
Qu’en pensez-vous?