Skynet et la fin du capitalisme (et du mouvement FIRE)

Parlons de l’éléphant dans la pièce…

Oubliez les cyborgs tueurs et les lasers rouges. Le véritable « Skynet » ne vient pas détruire l’humanité physiquement ; il est en train de créer une disruption dans le fondement même de notre société : la valeur de votre temps et de votre travail.

Arrêtons de nous voiler la face. Le capitalisme tel que nous le connaissons repose sur un contrat social et mathématique très simple : le détenteur de capital paie le travailleur pour produire, et ce même travailleur utilise son salaire pour consommer les biens produits. L’écart entre le prix de revient des biens produits par le travailleur et le prix qu’il paie pour les acheter est le profit qui enrichit le capitaliste.

Mais que se passe-t-il lorsque l’intelligence artificielle rend le travail humain économiquement obsolète et non compétitif ? Le système atteint sa limite structurelle.

« Better, faster, cheaper… », voilà l’état de la chose. Et lorsqu’on atteint un tel état, l’adoption massive n’est qu’une question de temps. Ce n’est plus si… mais quand…

Ce n’est plus de la science-fiction. C’est la réalité économique de la décennie à venir.

1. La loi du coût marginal zéro

On entend souvent le même argument rassurant : « L’innovation a toujours créé de nouveaux emplois. Regardez la révolution industrielle ! »

C’est une erreur de jugement fatale. Le tracteur a remplacé la force musculaire, l’ordinateur a remplacé le papier et le calcul mental, mais l’être humain avait toujours conservé le monopole absolu de la cognition et de la créativité.

Aujourd’hui, l’IA générative remplace l’intellect.

L’avantage compétitif des machines est déloyal. Une IA ne dort pas, ne prend pas de congés payés, ne se syndique pas, et surtout, elle s’améliore de façon exponentielle.

Le vrai danger pour le salariat réside dans la loi du coût marginal zéro. Une fois le modèle d’IA entraîné (ce qui demande un investissement initial massif), le coût pour générer un article de blog, une ligne de code informatique, une traduction complexe ou un premier diagnostic médical s’approche de zéro. À l’inverse, le travailleur humain a des coûts incompressibles : il doit se loger, se nourrir, se chauffer.

Face à une IA, l’humain ne peut tout simplement plus s’aligner sur les prix. Des professions entières (rédacteurs, codeurs juniors, traducteurs, analystes de données) en font déjà les frais aujourd’hui.

Ça vous arrivera aussi… car nous entrons dans la phase exponentielle du progrès.

2. Le paradoxe du capitalisme sans consommateurs

C’est ici que la machine économique se bloque de l’intérieur.

Pour une entreprise individuelle, remplacer des employés coûteux par une IA ultra-performante est une décision parfaitement rationnelle. C’est l’essence même de l’optimisation des profits. Mais si toutes les entreprises font cela simultanément, le chômage de masse explose.

Voici le bug du système : une intelligence artificielle ne consomme rien. Un algorithme n’achète pas d’immobilier, ne loue pas de voiture, ne part pas en vacances et ne s’abonne pas à Netflix. Si le travail humain ne vaut plus rien et que les salaires disparaissent, qui va acheter les biens et services produits à bas coût par ces entreprises automatisées?

Qu’arrivera-t-il aux propriétaires immobiliers qui comptent sur les revenus de location et dont la richesse a explosée depuis la COVID grâce à des décisions structurelles du gouvernement en matière de logement?

Le capitalisme risque de s’asphyxier lui-même par manque de consommateurs solvables. L’efficacité absolue de la production finit par détruire la demande.

3. L’ère du « Capital Roi » et le crépuscule du mouvement FIRE ?

C’est ici qu’il faut parler d’argent, de vos finances, et poser les vraies questions.

Depuis des années, le mouvement FIRE (Financial Independence, Retire Early) prêche une formule mathématique simple : maximiser son salaire, réduire ses dépenses à l’extrême, investir massivement la différence dans des ETF (fonds indiciels) ou des titres à dividendes en croissance, et vivre des rendements grâce à la fameuse « règle des 4 % ».

Mais l’avènement de l’IA menace directement les fondations même de ce mouvement. Le FIRE est-il voué à s’effondrer? Sa prémisse devient-elle impossible?

En réalité, le mouvement FIRE fait face à deux failles systémiques majeures face à l’IA :

  1. La fin de la phase d’accumulation : Le FIRE exige un salaire élevé (souvent dans la tech, la finance ou l’ingénierie) pour épargner massivement. Si l’IA divise la valeur de ces compétences par dix, la capacité d’épargne des futurs candidats au FIRE disparaît. La fenêtre de tir pour accumuler du capital grâce à la force de son propre travail est en train de se refermer brutalement.
  2. Le pari de la croissance perpétuelle : La règle des 4 % repose sur une croissance continue des marchés boursiers (historiquement autour de 7 % à 10% par an). Or, comme vu plus haut, si les consommateurs n’ont plus de salaires, les profits des entreprises s’effondreront. Si le capitalisme tousse, les portefeuilles boursiers s’écroulent, rendant les retraits impossibles sans cannibaliser son capital.

Le constat est froid : Détenir des actifs n’est plus un « choix de vie alternatif » pour prendre sa retraite à 40 ans. C’est devenu un instinct de survie. La décorrélation entre le temps et l’argent va devenir totale. Si vous n’êtes pas propriétaire des machines (littéralement, ou figurativement via des actions d’entreprises), vous serez écrasé par elles. Accumuler des actifs générateurs de revenus n’est plus le chemin vers la liberté financière, c’est le seul rempart contre l’obsolescence programmée de l’être humain.

Mais, détenir les machines sans consommateurs ne mène pas loin non plus…

4. Quelles solutions pour la société de demain ?

Too big to fail?

Il ne s’agit pas d’être purement alarmiste, mais de regarder les solutions économiques qui s’offriront à nous lorsque le modèle actuel aura touché ses limites.

  • Le Revenu Universel de Base (UBI) : C’est la patch la plus probable pour sauver le système. Il s’agira de taxer massivement la productivité générée par les IA et les robots pour redistribuer un revenu inconditionnel aux humains. Pas par charité, mais par nécessité mathématique pour maintenir l’économie de consommation en vie. Mais… ce n’est qu’une patch… et les cies qui possèdent les systèmes IA vont probablement trouver des solutions pour s’en soustraire…
  • La transition vers l’abondance : Si l’IA permet de faire s’effondrer le coût de production de l’énergie, de la nourriture, de l’éducation et de la santé, avons-nous encore vraiment besoin de travailler 40 heures par semaine? Le capitalisme de rareté, fondé sur la compétition pour des ressources limitées, pourrait paradoxalement laisser place à un système d’abondance technologique.

On pourrait longuement parler des solutions ou de l’absence de solutions…

Le communisme, notamment, pourrait s’imposer comme le modèle le plus réaliste dans le contexte… mais avec le communisme, les géants de la tech etc, le risque de tomber dans un système politique dystopique demeure un spectre à ne pas néglier…

Le mot de la fin

Ne vous y trompez pas : la transition sera chaotique. L’intelligence artificielle va créer une fracture socio-économique d’une violence inouïe. D’un côté, ceux qui dépendent exclusivement de leur salaire (dont la valeur tendra vers zéro). De l’autre, ceux qui ont bâti un patrimoine et détiennent le capital.

N’attendez pas que les gouvernements trouvent la solution. Le meilleur moment pour commencer à investir et à détacher vos revenus de votre temps de travail, c’était il y a dix ans. Le deuxième meilleur moment, c’est aujourd’hui. Reprenez le contrôle.

En ce moment, on se demande tous de quoi l’avenir sera fait… les jeunes sortent de l’école et savent déjà que ChatGPT qui apprend à vitesse géométrique les dépasse à plat de couture. Ils voient le prix des maisons à 10x leurs revenus et se disent ouf… aussi bien YOLO…

Mais, ne perdont pas espoir! L’humain a toujours eu à faire des échanges économiques. On ne recommencera pas à s’échanger des paniers de fraises contre une paire de souliers… donc, d’une façon ou d’une autre, il y aura des échanges commerciaux.

Celui qui contrôle le système et la route commerciale s’en sort toujours plus gagnant que les autres… le seul moyen de faire cela pour l’instant, est de continuer à investir dans la propriété, le marché… au pire, ce sera pour rien. Au mieux, on aura un avantage.

Laisser un commentaire