Imposer la rat race à ses enfants une bonne ou une mauvaise idée?

En tant que parent, nous avons une grande emprise et empreinte sur la génération future car l’humain apprend beaucoup par imitation et perpétue généralement la culture et les valeurs de ses parents.

Les choix que nous faisons pour nos touts-petits auront des impacts immenses sur leur vie et cette responsabilité peut parfois être lourde à porter.

À travers de tout cela on essaie de faire au mieux pour eux et pour leur offrir un bel avenir, dans la mesure du possible mais fait-on les bons choix?

C’est la première rentrée scolaire de mon fils… déjà… et c’est très difficile… pour lui et pour nous.

D’abord pour nous… ma femme et moi détestons le 9 à 5… d’ailleurs, le plus grand projet de ma vie est d’enfin m’en libérer. Nous y sommes arrivés en très grande partie par nos choix et aussi par concours de circonstance.

Ma femme ne fait plus de 9 à 5 depuis le début de sa vingtaine et moi, depuis plus de 3 ans maintenant. À ce niveau, je ne me suis jamais senti aussi heureux et épanoui « professionnellement » au point où je ressens énormément moins de pression interne à atteindre la complète liberté financière.

Nos enfants n’ont pour ainsi dire jamais vu papa/maman courrir pour partir au travail, revenir tard le soir. Mes enfants n’ont jamais eu à vivre les matins pressés pour aller se faire parker à la garderie et ils n’ont jamais vécu les promenades extérieures en « laisse à enfants ».

Ils ont vécu la liberté naturelle qui nait avec le jour nouveau et c’est ainsi qu’ils aiment leur vie et que nous aimons la nôtre.

Nous avons des enfants heureux, épanouis, imaginatifs, comiques, inventifs, affectueux et adorables.

Mais, depuis lundi, nous avons des enfants tristes, anxieux, désorganisés, désemparés…

L’école (et la garderie pour ma plus jeune) impose son rythme à toute la famille depuis quelque jours et c’est très très très difficile pour nous.

On espère que les choses se tasseront d’ici quelque semaines et que ça ne sera pas de la résignation… de la soumission… mais qu’ils trouveront du plaisir dans cette nouvelle vie hyper structurée.

Il faut dire que de la structure, il n’y en a pas beaucoup chez moi. Ma femme et moi avons plus un profil « artistique » que « militaire ». La routine m’ennuit et faire les choses « parce que faut les faire » et « faut les faire parce que c’est comme ça » ça n’a jamais été un grand motivateur pour moi. Nous gérons notre horaire au gré du vent et avec un cadre plutôt mince.

Alors, l’école… pourquoi envoit-on nos enfants dans ce moulin à standardisation? Cette école de dressage qui vise a former à coup de stimulis/récompenses, collants et punitions, la main d’oeuvre de prolétaires dociles de demain?

On me répond :

  • Parce qu’il faut aller à l’école
  • Parce que c’est comme ça
  • Parce que tout le monde va a l’école
  • Parce que tout le monde est toujours allé à l’école
  • Parce que moi je suis bien allé à l’école après tout
  • Parce que sinon tu vas les marginaliser

Au fond on va à l’école parce que c’est la norme sociale. Notez bien que je ne parle pas d’éducation ici mais bien d’école en tant qu’institution, endroit physique et système.

L’école est un système archaïque qui déjà dans mon temps ne fournissait pas les acquis requis pour vivre une vie d’adulte épanoui…. trop de connaissances « inutiles » pour les emplois qu’on occupe (qui se sert réellement de plus de 5% de ce qu’il a appris dans ses cours?) et pas assez de connaissances pour tout ce qui est vie citoyenne et pratique (épargner et investir, acheter ou louer sans se faire crosser, élever un enfant, soigner les maladies et blessures les plus courantes sans encombrer le système de la santé, planifier sa retraite, partir une entreprise, faire ses impôts, s’alimenter correctement, savoir se tenir en forme…)

Qui aurait échangé quelques cours de résolutions de fonctions mathématiques contre quelques cours sur les sujets que je viens de mentionner?

Je veux dire… je m’en calisse tu de savoir résoudre une équation quadratique? Au final…. ça sert à combien d’entre nous? Et le calcul différentiel et intégral? Tout cela est très intéressant et ça a certes des applications, mais pas pour la majorité. Alors que tout le monde se loge, mange, dort, chie, se lave et a à gérer son avenir financier et à se dégoter une source de revenus.

C’était vrai à mon époque… l’école est passé à côté de la plaque sur tellement de sujets…. ouff combien d’heures de cours de « relish » (religion) j’ai du me coltiner jusqu’en secondaire 4 pour qu’enfin on me criss la paix avec toutes ces niaiseries?

C’est encore plus vrai aujourd’hui. La technologie avance si vite que la plupart des domaines d’études dans lesquels on pense aujourd’hui se spécialiser seront devenus obsolètes d’ici à ce que mes enfants aient atteint l’âge adulte.

Aujourd’hui il y a juste trop d’information et notre cerveau n’est plus suffisant pour appréhender ce monde. Ça prend la superpuissance de l’IA. Et on aura beau ne pas vouloir ça, le mécanisme est solidement enclenché.

Les emplois disparaissent à vue d’oeil ou se transforment drastiquement.

Moi par exemple. Je travaille en analyse… je suis censé évaluer des risques et prendre des décisions pour mitiger ces risques… or il y déjà un bon 5 ans qu’on m’a essentiellement supprimé toute réelle latitude à ce sujet. Les risques sont gérés par des algorithmes et moi je gère les « exceptions » du système et les désaccords humains… mais de plus en plus, remettre la machine en question se heurte à un non catégorique et je ne gère plus les désaccords mais les émotions humaines.

Ainsi, lorsqu’on me propose des formations de développement au travail, ce n’est plus sur la gestion des risques, mais à propos de l’intelligence émotionnelle et de la sensibilité humaine relativement à la culture, la race, l’origine, la maladie mentale, l’accomplissement de soi. Je ne suis plus un analyste, je suis devenu coaché par un coach de vie pour coacher des vies.

Avant on priorisait les compétences analytiques, maitenant on priorise l’adhérence à la culture et aux valeurs, l’adéquation des opinions et les capacités psychologiques et empathiques.

Je n’ai absolument aucune idée de ce à quoi ressemblera le monde de demain et quel sera le rôle du membre lambda de la société, du prolétaire… en aura-t-il un?

Mais je suis à peu près certain qu’il sera très différent de celui d’aujourd’hui.

Or, l’école vit dans le passé, essentiellement.

Néanmoins, je suis obligé de constater qu’un de mes deux enfants a des lacunes sociales importantes et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé… nous ne nous sommes pas isolés sauf durant la pandémie.

Mais l’un de mes enfants a un profil hypersensible. Il est hautement réactif aux surstimulations et il n’aime pas et ne recherche pas la présence des grands groupes. La pomme ne doit pas être tombée loin de l’arbre car malgré que nous travaillons tous les deux en communication (je suis gestionnaire de personne et ma femme représentante aux ventes), nous privilégions aussi les contacts one on one aux contacts de groupe.

En ce sens, l’école lui permettra peut-être de polir cet aspect de sa personnalité et lui permettra peut-être au moins d’avoir la capacité de se trouver dans de telles situations sans trop en souffrir.

Je crois que chaque personne est différente et a des besoins différents et bien que certains croient qu’en lançant une personne qui a peur de l’eau dans une piscine de force elle finira par aimer ça et apprendra forcément à nager, je suis de ceux qui croient que cette approche est cruelle et ridicule.

Par exemple, moi j’ai toujours détesté solidement les exposés oraux. L’école m’a forcé à en faire jusqu’au point où en début d’année, quand j’ai eu le choix de mes cours, l’un des critères les plus importants orientant mes choix n’était non pas le contenu du cours, mais l’obligation ou pas de devoir présenter oralement à toute la classe.

Je détestais ça petit et rendu à l’âge adulte mon dédain s’était simplement transformé en souffrance et en haine et je n’étais pas plus capable de présenter oralement devant une classe sans être pris d’un immense stress et d’une envie de vomir incommensurable.

Forcer un carré à rentrer dans un cercle à coup de masse…. seuls les gens stupides s’y évertuent non?

Je veux tout de même donner une chance à tout ça car de toutes les raisons qu’on me sort pour lesquelles je dois envoyer mes enfants dans le 9 à 5, une seule m’interpelle… le risque d’en faire des marginaux mal ajustés à leurs contemporains…

Mais est-ce un si gros risque à cette époque? Et dans le futur? Voudrons-nous des marginaux qui pensent à l’extérieur de la boite ou des clônes? En ce moment, les marginaux occupent beaucoup de l’espace public… au point où il est presque devenu marginal d’être « normal ».

À ce stade et dans l’état des choses, je pourrais probablement faire l’école à la maison jusqu’à la fin du secondaire à mes enfants mais deux ou trois choses m’arrêtent.

D’abord, ils doivent être capable de voir les deux côtés de la médaille pour être à même de constater les différences. Ensuite, pour mon plus vieux surtout, je crois qu’il est important qu’il apprenne à s’insérer, à sa façon, dans un groupe et une dynamique de groupe en dehors du noyau familial. Je suis par contre forcé d’appliquer la méthode de la piscine si je décide de l’envoyer dans le système… et ça ça me fait beaucoup de peine car je vois les impacts que ça a sur lui.

Finalement, il y a aussi les expériences de vie… les jeux d’enfants et au secondaire, est-ce tant l’école en tant que source de savoir qui est importante ou l’école en tant que jungle humaine où l’on apprend à trouver sa place dans la chaîne alimentaire, ou l’on apprend les rudiments de la séduction aussi…

Ce genre de choses ne s’enseignent pas à la maison… il faut le vivre… car les autres le vivent aussi… il faut aller là où sont les autres… pour forger des amitiés et des amours, vivre des trahisons, constater l’hyocrisie, les forces et les faiblesses humaines, voir évoluer les dynamiques de groupe et les clans se former et se combattre ou s’allier…

Néanmoins, je ne ferme pas la porte à une approche hybride tout au long du primaire si je me rends compte que mes enfants sont foncièrement malheureux ou si j’ai l’opportunité de leur faire vivre des moments uniques comme par exemple partir sur la route et découvrir le monde en faisant l’école…. en dehors de la maison et de l’école.

Comme dans tout, tous les choix viennent avec des conséquences déchirantes et apprendre à vivre avec fait partie de la vie aussi.

One Response

  1. Bigdji

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