Comment savoir combien épargner pour sa retraite jeune

Je reçois souvent cette question de la part de gens qui commencent à s’intéresser au mouvement FIRE.

Bien qu’elle n’est pas une question simple et à réponse unilatérale en soi, il y a quelques règles de pouces pour nous aider à déterminer un montant raisonnable à épargner. Essayons de démêler tout cela. Pour ceux qui aimeraient la version longue et plus complète, j’avais écrit « le guide ultime » à ce propos que vous pouvez trouver Ici.

Combien dépensez-vous?

Bien que la question « combien faut-il épargner pour la retraite? » est souvent la question #1 que les gens se posent, ils prennent en fait le problème à l’envers. La vraie question est « De combien de revenus ais-je besoin à la retraite? » C’est à partir de ce montant qu’on pourra déterminer le montant à épargner, car si vous avez besoin de 200k$ pour vivre ou 15k$, le montant d’épargne requis sera bien différent, évidemment.

Bien des gens de l’industrie vous diront spontannément qu’il faut être capable de générer 70% de votre salaire actuel, or, c’est de la pure bullshit… chaque personne est différente.

Par exemple, si je prenais mon cas, ça voudrait dire qu’il me faudrait épargner 2.8M$!! Or, je ne dépense pas mon salaire à 100%, j’en épargne une très grosse partie. Ainsi, le jour où je n’aurai plus besoin d’épargner, cette « dépense » disparaîtra complètement du portrait et donc, je n’aurai pas besoin de générer ces revenus.

Pour déterminer de combien de revenus vous aurez besoin à la retraite, il n’y a pas de recette miracle. Vous ne pouvez pas sortir ce chiffre d’un chapeau tel un lapin. Il va vous falloir étudier vos habitudes de dépense, soit en épluchant vos dépenses de, disons, les 3 derniers mois ou encore en étudiant celles des 3 prochains mois. N’oubliez pas les dépenses récurrentes comme les taxes, permis etc qui n’apparaîtront peut-être pas durant votre étude.

Une fois ce montant déterminé, en fonction de vos objectifs financiers, vous pourrez décider de retrancher des dépenses non récurrentes.

Par exemple, supposons que vous déterminez dépenser 50,000$ par an, mais que sur ce 50k, il y a 15k$ qui va vers l’hypothèque qui sera soldée avant votre date de retraite, alors cette dépense non-récurrente pourrait être soustraite. Mais, n’oubliez pas qu’une maison nécessite de l’entretien et ces frais peuvent s’accumuler rapidement.

Comment déterminer le montant à épargner?

Ça y est, vous avez déterminé que vous dépensez 40,000$ par an (disons). Alors, comment savoir combien épargner?

C’est tout simple. L’etude du passé nous permet de conclure qu’un taux de retrait de 4% sur un portefeuille équilibré (60% actions 40% obligations) permet à ce portefeuille de durer au moins 30 ans dans la très grande majorité des scénarios.

Plus on se rapproche de 2@3% de taux de retrait, plus on parle de perpétuité, c’est-à-dire d’un capital qui pourrait durer la nuit des temps.

Si on fait une règle de trois, on détermine qu’un taux de retrait de 4% correspond à 25 fois ses dépenses annuelles en épargne. Alors qu’un taux de retrait de 3% correspond à +/-33 fois ses dépenses en épargne.

Ainsi, on juge sécuritaire d’épargner au moins de 25 à 33 fois ses dépenses annuelles avant de se déclarer libre financièrement.

Plus on prend notre retraite tôt, plus on devrait tendre vers le 33 fois les dépenses. Si on la prend à 65 ans, on peut probablement épargner moins de 25 fois ses dépenses annuelles et augmenter le taux de retrait.

Mais, rien n’est garanti et le passé n’est pas garant du futur. C’est une règle de pouce.

Reprenons notre exemple avec 40k$ de dépense par an. Cet individu devrait épargner de 1M$ à 1.32M$ avant de considérer prendre sa retraite jeune.

Oufff!!! 1M$… c’est beaucoup hein! Et la réponse est oui.

Mais, si vous dépensez 40k$ à vous seul par an, surtout si vous n’avez plus d’hypothèque, vous surconsommez, c’est clair, net, précis. Et il est probable que vous gaspillez énormément… Vous visez alors la « Fat Fire ».

Par exemple, la plupart des gens ne se rendent pas compte qu’ils gaspillent de l’espace avec leur trop grande maison. Allez voir cet article, vous y trouverez un heat map qui vient d’une étude sur l’utilisation de l’espace.

Il y a bien des pièces dans une maison qui ne servent pas beaucoup… même sur son terrain… et sur les dizaines de milliers d’objets que vous possédez (oui, comptez-les… après en avoir fini avec la cuisine vous allez être écoeuré), combien ne servent plus depuis des années et combien ne servent pas plus d’une fois par an?

Tout cet espace coûte cher en hypothèque, taxes, chauffage, entretien, décoration, ameublement…

Pensez à votre voiture maintenant… combien d’heures par jour sert-elle et combien d’heures par jour reste-t-elle stationnée? Pas optimal… Vivement d’ailleurs les voitures électriques autonomes qui pourront régler ce problème. Votre voiture, si vous en possédez encore une, pourra aller faire du taxi autonome pendant que vous n’en avez pas besoin.

Votre piscine? On se baigne combien de fois par été? Mettons qu’on a une belle piscine creusée chauffée à 40,000$ et qu’en conséquence on se baigne 2 fois par semaine de juin à septembre… disons 32 fois par an et qu’une piscine dure 15 ans (moi je me baigne 4-5 fois par an…), ça revient encore à 85$ la baignade sans compter l’entretien… faut vouloir!

Des fuites il y en a partout, dans nos paiements d’abonnements mensuels, dans nos dépenses de nourriture, dans nos frais de transport et de logement, partout.

Vous avez avantage à faire du ménage dans vos dépenses si vous rêvez d’une retraite jeune et je ne parle pas de se priver ici, je parle de cesser de surconsommer, gaspiller et détruire notre planète, tout simplement. Je parle aussi de cesser d’enrichir les multinationales avec vos paiements récurrents d’abonnement sans prendre le temps de vous questionner sur leur pertinence.

Dans combien d’années puis-je prendre ma retraite?

C’est là que ça va faire mal… ou pas.

Tout est question de votre pourcentage d’épargne.

Comme on l’a dit plus haut, s’il vous faut épargner 25 fois vos dépenses annuelles, on peut donc en déduire que celui qui épargne 0% de son salaire ne pourra jamais prendre sa retraite (ici le gouvernement nous force à épargner avec le RRQ heureusement pour lui).

D’un autre côté, celui qui épargne 100% de son salaire pourrait prendre sa retraite dès aujourd’hui!

C’est entre les deux que la plupart des gens se situent.

Ce petit tableau fort utile permet de déterminer dans combien d’années vous pourrez vous retirer en fonction de votre taux d’épargne.

Ici, on assume un rendement moyen de 7% composé par an à long terme.

Par exemple, de mon côté je vise me libérer en 12-13 ans, il me fallait donc épargner quelque part entre 55@60% de mon revenu disponible (revenu après impôt). C’est pas mal ce que j’épargne à date.

Ça reste imprécis, car ça ne tient pas compte des conditions fiscales propres à chaque personne, mais ça donne une idée générale.

C’est pour ça que je me suis fixé un objectif de revenus passifs, plutôt qu’un montant d’épargne depuis le début. Je trouve plus simple de travailler avec la réalité : les revenus… et les dépenses.

La technique d’investissement par croissance du dividende rend le tout possible en permettant de suivre en direct la croissance de ses revenus passifs.

Récemment, j’ai toutefois décidé de modifier mon approche et d’investir une partie de mon portefeuille dans des titres qui ne versent pas de dividendes. Dans ce cas, on peut inférer un revenu potentiel de cet investissement simplement en calculant le taux de retrait visé sur capital. Pour ma part, je compte retirer 3.5% de mon capital par an.

D’ailleurs, la formule simple pour la retraite jeune est :

Dépenses <= 3.5% x épargnes

Le principal piège des règles de pouce

Ces règles donnent une idée générale qui est quand même fondée sur le passé. Vous pouvez d’ailleurs utiliser les calculateurs de FireCalc et Cfiresim pour valider différents scénarios et voir votre taux de succès.

Mais, et ça n’est pas à prendre à la légère, le passé n’est pas garant du futur.

Et ça tombe bien, car nous vivons actuellement des événements sans précédents… un marché bull interminable, un flash crash, suivi d’un marché bull ridicule, des titres de cies avec des faibles revenus ou pas de profit du tout qui se transigent à des multiples infinis de leurs revenus inexistants, des taux d’intérêts au tapis…

Qu’est-ce que le futur nous réserve? Une inflation galopante? Une déflation? The « roaring twenties » ou alors des années de vache maigre et de serrage de ceinture?

Voilà pourquoi il est important de se garder de la marge de manoeuvre dans ses calculs. Par exemple, tirerons-nous 7% composé de notre portefeuille au cours des prochaines années ou alors 2%? L’inflation sera-t-elle de 1.5% ou de 5%? Et les taux au prochain renouvellement hypothécaire dans 5 ans seront-ils à 2% ou à 7%? Le gouvernement augmentera-t-il les taux d’imposition ou les seuils des palliers ou laissera-t-il l’inflation galopper pour collecter plus de TPS/TVQ pour collecter plus de taxes « sans que ça paraisse »?

L’avenir est fait d’inconnu. C’est ce qui le rend excitant… et effrayant à la fois.

Ce que l’on sait, c’est que les 10-15 premières années de retraite sont déterminantes pour la viabilité du portefeuille. En effet, une séquence de rendements négatifs au début de la retraite peut réduire à néant toutes nos projections.

Comment se protéger contre cela?

D’abord, idéalement, en prenant sa retraite APRÈS un crash… mais bon, on ne peut pas toujours attendre.

Sinon, on peut garder une réserve de 2 à 3 ans de revenus de retraite pour pouvoir faire face à une crise sans avoir à vendre ses actions pour vivre, question de laisser le temps au marché de rebondir.

Diminuer son taux de retrait à 2.5 ou 3% et donc augmenter le montant d’épargne requis pour se retirer donnera beaucoup de marge de manoeuvre.

On peut aussi se dire que durant les années plus difficiles côté rendement, on pourrait prendre un side gig pour éviter de gruger son capital au mauvais moment.

Une autre façon de réduire son anxiété face à la certitude que son capital perdurera, c’est d’en échanger une partie contre une rente fixe ou viagère (si on a l’âge) afin de s’assurer une certaine stabilité de ses revenus. Rappelons-nous toutefois que le RRQ et la PSV vont donner une certaine stabilité à une portion de nos revenus plus tard dans notre vie.

Bons calculs! 😉

8 Comments

  1. Mr. Jack
  2. Mr. Jack
  3. Bigdji
  4. Bigdji

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