Banc de poissons

Dans l’océan, il y a des poissons qui se déplacent en bande. C’est très beau à voir. On dirait qu’ils dansent. On ne sait trop quel poisson initie les mouvements. Y a-t-il un meneur? Des meneurs?

Ça vire à gauche, puis tout à coup, ça vire à droite, puis ça va en haut ou en bas. Difficile de les regarder et de comprendre où ils s’en vont. En tout cas, ils sont légion.

D’autres poissons se promènent en bandes plus petites ou seuls. Ils sont en général plus organisés. Leur parcours est clair et s’ils suivent le banc, c’est pour s’en sustenter. N’est-ce pas? Mais font-ils parti du banc eux aussi? Car, après tout, on fait tous partie de la chaîne alimentaire.

Les médias sociaux et la bourse mettent clairement en relief que dans le genre humain, les choses se déroulent plutôt comme dans l’océan. Il y un gros moton de suiveux qui feraient n’importe quoi, croiraient en n’importe quoi ou colporteraient n’importe quoi si les autres et surtout quelques poissons crédibles, initiaient le mouvement ou le colportaient.

Ces mouvements du banc sont assez erratiques et bien qu’ils partent habituellement d’un déclencheur qui cause une réaction rationnelle, la suite du mouvement finit un peu comme finit n’importe quel mot au jeu du téléphone, c’est-à-dire que tout devient n’importe quoi jusqu’à ce que le banc de poissons parte dans l’autre sens.

Celui qui tente de suivre le banc de poisson et se croit libre-penseur en fait généralement parti, même s’il croit le contraire.

Qu’on parle du ice bucket challenge, de bien d’autres mouvements de foule ou des récents déboires en bourse, on voit les réactions émotives de la foule frôler les extrêmes et souvent des extrêmes opposés.

La foule peut néanmoins agir comme un rouleau compresseur et tout un grâce à la puissance de la technologie, surtout si les médias et le politique la supporte, surtout si les vedettes commencent à se proclamer experts-moralisateurs ou si quelque réel leader saisit la balle au bond et surfe la vague. Et dans ces moments là, la bourse peut perdre 7% en une seule journée ou on peut même mettre à genoux ceux qui détiennent le pouvoif formel, que ce soit justifié ou pas.

Après tout, je ne me rappelle plus quel capitaliste ou politicien le disait mais « Ne gaspillez jamais une bonne crise ».

Il y a un réel danger à trop tenter d’épouser les mouvements de la foule qui comme les vagues en pleine tempête peuvent faire chavirer ton fragile esquif.

En général, rester un peu en retrait procure une plus belle vue et un parcours plus doux.

Boris Vian disait dans son roman « L’écume des jours » :Dans la vie, l’essentiel est de porter sur tout des jugements a priori. Il apparaît en effet que les masses ont tort, et les individus toujours raison. Il faut se garder d’en déduire des règles de conduite ; elles ne doivent pas avoir besoin d’être formulées pour qu’on les suive.

Voilà pourquoi je boycott Facebook depuis plus de 10 ans déjà, mais que je boycott aussi Twitter, Instagram, Pinterest et tous les autres. Voilà aussi pourquoi j’investis pour le long terme et que je souhaite ardemment quitter le monde de l’esclavage-salarié le plus rapidement possible.

Malgré tout, même si je ne suis pas le banc dans tous ses mouvements erratiques, moi aussi je suis un petit poisson dans l’océan et l’océan ou le banc peuvent m’avaler à tout moment.

On se rappellera de 1789 comme la date de la grande révolution française. La foule, menée par quelques leaders de la bourgeoisie peut, comme les nuages qui s’amoncellent dans le ciel, accumuler beaucoup d’énergie, puis vient l’orage et les éclairs et puis le calme après la tempête…

Je ne suis pas météorologue du genre humain, mais je trouve que depuis 2 ou 3 ans, nous vivons une époque très tendue. Quand même les banques commencent à faire de la politique en direct en boycottant des médias sociaux, ça en dit long sur la situation.

Je ne dis pas qu’elles ont tort ou raison de le faire, je dis simplement que lorsque la bourgeoisie se range du côté de la foule erratique, les choses peuvent changer rapidement. C’est le principe de l’éternel lutte des classes.

Cette lutte fait partie intégrante de la chorégraphie à laquelle s’adonne le genre humain. La danse est belle à voir mais tenter de garder la tête froide et de prendre du recul avant d’agir a souvent bien du mérit.

Celui qui a tout vendu alors même que la tempête faisait rage doit s’en mordre les doigts aujourd’hui. Mais se mordra-t-il la main dans 6 mois d’ici?

Personne ne sait de ce dont est fait l’avenir mais à long terme, les gens souhaitent la paix, le calme et la prospérité.

Je préfère donc avoir une vision à long terme, en général…

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