Pourquoi savoir qu’une technologie changera le monde ne garantit pas votre rendement?

Je pense que c’est maintenant deux faits avérés que l’intelligence artificielle et les voitures électriques et même autonomes vont contribuer (et contribuent déjà) à modeler le monde de demain.

On pourrait dire de même des énergies alternatives et du génie génétique d’ailleurs.

Pourtant, ce savoir ne garantit pas des opportunités d’investissement gagnantes pour autant.

D’abord, les cies qui apparaissent trop évidentes à la masse viennent souvent avec des évaluations qui défient les lois de la physique (Tesla?).

Mais aussi, l’histoire nous a montré que même si les révolutions ont bel et bien lieu, il est clairement difficile d’identifier le ou les chevals gagnants.

Je vais ici citer Warren Buffett. Avec ses 90 balais, on peut dire qu’il en a vu de l’eau couler sous les ponts.

There were two thousand auto companies: the most
important invention, probably, of the first half of the twentieth century. It had an enormous impact on people’s lives. If you had seen at the time of the first cars how this country would develop in connection with autos, you would have said, ‘This is the place I must be.’ But of the two thousand companies, as of a few years ago, only three car companies survived. And, at one time or another, all three were selling for less than book value, which is the amount of money that had been put into the companies and left there. So autos had an enormous impact on America, but in the opposite direction on investors.”

Je pense qu’on a tous compris, désormais, que les voitures à essence classiques sont sur une pente descendante. La technologie des batteries se développe. L’autonomie et la performance des véhicules électriques n’est plus à démontrer. Même la Californie et le Québec veulent interdire la vente de véhicules à essence. Ce n’est maintenant qu’une question d’années pour que la prophétie se réalise.

Mais devrait-on investir dans cela pour autant? Et si oui, dans quelles cies?

Les fabricants automobiles évoluent dans une industrie hautement réglementée et « capital intensive ». Historiquement, tel que Buffett l’a bien résumé, ce fut un piètre investissement pour les actionnaires.

Alors même si on sait que c’est l’avenir, dans quoi investir pour en profiter en tant qu’investisseur?

Tesla? Une cie dont l’action se vend plus de 1250 fois ses revenus, une cie qui a une valorisation boursière de près de 630 milliards pour des profits ridicules?

Tesla n’évolue pas en vase clos. Il y a de la compétition et cette compétition ne va que s’accentuer avec le temps. Peut-être bien que Tesla sera la Google de l’auto électrique, l’impératrice des batteries, la reine des toitures solaires… ou peut-être pas…

Certains croient qu’il vaut donc mieux investir dans ce qui est autour de cette révolution et aussi de la révolution de l’IA. Par exemple, au lieu d’acheter des titres de voitures électriques ou de voitures autonomes, certains vont acheter des titres de fabricants de sensors (lidar etc) ou de microprocesseurs (Nvidia?).

Ce ne sont pas de mauvaises déductions, mais beaucoup y ont songé aussi et les valeurs de ces cies atteignent la stratosphère dans bien des cas.

Et même si un sensor est révolutionnaire, il sera rapidement copié… il y aura une cie qui en commercialisera probablement un moins cher et aussi performant etc… donc ça ne garantit pas plus le succès.

Ce qui fait la force d’une cie en tant qu’investissement à long terme, ce n’est pas nécessairement son produit révolutionnaire, mais la durabilité de l’avantage concurrentiel qu’elle aura bâti autour de sa cie, de ses produits et de sa marque. C’est donc tout un cocktail.

Ses marges bénéficiaires seront meilleures que les concurrents, ses revenus vont croître plus rapidement et elle créera une barrière à l’entrée pour les autres qui rendra toute concurence improbable ou difficile.

Il est plus facile d’identifier les cies qui ont réussi à atteindre cet état que de prédire quelle sera la future cie à se hisser dans le rang des Blue chips.

Warren Buffett a souvent dit qu’à court terme, la bourse est une machine à voter. Et cela peut même conduire à des prophéties auto-réalisantes. Mais, à long terme, la bourse est une pesée et les titres finissent par revenir vers leurs fondamentaux.

Ainsi, même si la base d’actionnaires d’une cie juge qu’elle vaut 1000 fois ses revenus, tôt où tard, si les promesses ne se matérialisent pas, ou si la concurrence s’accentue, ses actionnaires jeteront la serviette et la verrons pour ce qu’elle est en tant qu’entreprise, ce qu’elle peut vraiment rapporter à long terme.

Warren Buffett a dit à la blague que lorsque la voiture a été inventée, il aurait été plus rentable de shorter les chevaux…. leur utilité ayant été supprimée, leur population a donc fortement diminuée.

Alors on short quoi? Les hummers gazovore?

Now the other great invention of the first half of the century was the airplane. In this period from 1919 to 1939, there were about two hundred companies. Imagine if you could have seen the future of the airline industry back there at Kitty Hawk. You would have seen a world undreamed of. But assume you had the insight, and you saw all of these people wishing to fly and to visit their relatives or run away from their relatives or whatever you do in an airplane, and you decided this was the place to be.

As of a couple of years ago, there had been zero money made from the aggregate of all stock investments in the airline industry in history.

Si la voiture électrique est une avancée, imaginez ce que l’avion a été. C’est une révolution qui a drastiquement changé le monde et fortement aidé à la mondialisation notamment.

Pourtant, les voici encore au bord de la faillite tous ces titres de fabricants et de transporteurs, incluant toutes les entreprises secondaires et petits fournisseurs…

Ainsi, malgré la révolution, les investisseurs s’en sont très mal sortis.

Il en fut de même avec la bulle du dot-com. Toutes ces cies promettaient de changer le monde et combien ont fini dans l’oubli après un crash monumental?

Pourquoi est-ce donc ainsi? Je vais tenter de répondre en citant encore Buffett (oui… il est pas mal plus intelligent que moi).

What you’re doing when you invest is deferring consumption and laying money out now to get more money back at a later time. And there are really only two questions. One is how much you’re going to get back, and the other is when.
Now, Aesop was not much of a finance major, because he said something like, ‘A bird in the hand is worth two in the bush.’ But he doesn’t say when.” Interest rates—the cost of borrowing—Buffett explained, are the price of “when.” They are to finance as gravity is to physics.

As interest rates vary, the value of all financial assets—houses, stocks, bonds—changes, as if the price of birds had fluctuated. “And that’s why sometimes a bird in the hand is better than two birds in the bush and sometimes two in the bush are better than one in the hand.”

In his flat, breathy twang, the words coming so fast that they sometimes ran over one another, Buffett related Aesop to the great bull market of the 1990s, which he described as baloney. Profits had grown much less than in that previous period, but birds in the bush were expensive because interest rates were low. Fewer people wanted cash—the bird in the hand—at such low rates. So investors were paying unheard-of prices for those birds in the bush. Casually, Buffett referred to this as the “greed factor.”

Ce que dit Buffett ici est d’une importance capitale alors prenons le temps de reprendre le tout.

D’abord, il affirme qu’investir c’est différer sa consommation et donc de se priver d’argent maintenant dans le but d’en avoir plus dans le futur.

Deux questions essentielles se posent alors
– combien d’argent
– quand?

Et c’est là où il parle des taux d’intérêts et de leur impact sur la valeur des classes d’actifs.

Essentiellement, il explique que les taux, c’est le prix de quand.

Lorsque les taux baissent, la valeur de tous les actifs financiers montent car personne ne veut acheter des bonds à 0… peanuts… le risk free rate devient alors du free risk.

Et cette relation est tellement puissante que même si les profits diminuent, la valeur des actifs augmentent.

C’est de l’inflation… dans le coût des actifs. Ceux qui ont des actifs se sentent soudainement plus riches (et ils le sont) mais ils sont plus riches pour des raisons qui échappent au contrôle des dirigeants de ces mêmes entreprises. Musk ne disait-il pas que Tesla était surévaluée en début d’année 2020? Avant son bull run…

Or, le nouvel actionnaire qui achète à 1250 fois les revenus actuels de la cie doit donc comprendre qu’il lui faudra 1250 ans pour rembourser le prix de son action… sauf si les revenus d’opération continuent de croître de façon exponentielle.

Nous sommes présentement en train de vivre une période d’inflation sur les actifs alors que l’économie tourne au ralentie… et nous la vivons car les taux sont au plancher parce que les gouvernements ont mis en place des mesures d’assouplissement quantitatif pour inciter les gens à investir dans les entreprises plutôt que de parker leur cash.

Lorsque les taux remonteront, tous les actifs financiers vont dégonfler… en théorie.

La question qui tue est donc quand et sur combien de temps.

Il est possible que les taux ne remontent pas avant belle-lurette. Les américains viennent d’approuver un autre plan de sauvetage de 2.3 trillions encore… ouch…

On peut donc se penser riche encore pour un bout de temps et voir cette belle bulle gonfler et gonfler…

Certaines entreprises ne survivront pas. On vit l’époque des dinosaures… un météore est tombé et certaines espèces sont plus adaptées à la survie dans ce nouvel environnement.

Durant la pandémie, certains modèles d’affaire ont prouvé être plus résilients et comme les communications sont instantannées de nos jours, les gens ont massivement stationné leur cash dans ces cies aux modèles plus adaptés à la situation.

Avec le contexte des taux, les interdictions d’opérer et ces preuves, certains titres ont atteint des valeurs stratosphériques.

La question en suspend est « Est-ce que cela est soutenable? »

Il y a de nouvelles cies d’intelligence artificielle ou de véhicules électriques qui entrent en bourse presque chaque mois maintenant. Même Apple veut lancer sa voiture électrique…

Qui gagnera la course?

Au final, mieux vaut être prévenu. Quand les assouplissements quantitatifs seront réabsorbés, les taux vont remonter et la valeur de tous les actifs financiers vont être sous pression.

Alors si j’avais un conseil à donner à ceux qui ont eu le génie ou la chance de transformer 100k en 1M$ cette année, c’est pensez à prendre vos profits tranquillement.

Quand à moi, ma vie est plate… j’ai voulu avoir un faible beta dans mon portefeuille, ça vient avec un faible rendement. Ainsi, malgré tous ces assouplissements quantitatifs, mon portefeuille a essentiellement fait du surplace.

Et maintenant, où devrais-je investir mes nouvelles épargnes?

Food for thoughts…

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