Pourquoi cette fixation des millenials sur arrêter de travailler rapidement?

Quand on dit à une personne âgée de plus de 50 ans et élevée sous l’endoctrinement occidental que l’on souhaite cesser de travailler le plus rapidement possible, on a souvent droit à des froncessements de sourcils, suivi de quelques phrases toutes faites.

Comme si celui qui ne travaillait pas n’était qu’un mécréant.

Or, bien que je sois d’accord que l’oisiveté prolongée puisse être mère de bien des vices, je ne crois pas que le travail, tel qu’on le vit dans notre société actuelle soit l’antidote.

Les baby-boomers ont vécu à une période fort différente de la nôtre en terme de relations de travail. Je ne dirais pas que c’était mieux, mais c’était différent.

Ils ont vécu une époque où leur travail pouvait avoir une utilité ou un sens (je reviendrai là-dessus).

Ils ont aussi vécu à une époque où l’on pouvait relativement facilement espérer passer toute sa carrière pour le même employeur dans un rôle qui dans bien des cas, aura peu évolué.

Ils ont aussi connu l’époque des syndicats revendicateurs qui ont apporté, pas toujours avec facilité ou succès, un certain équilibre dans les rapports de force.

Je généralise bien sûr, mais le rapport de chaque individu avec son travail est vécu de façon très individuelle et il m’est impossible de tenir compte de toutes les possibilités dans un petit article.

Reste que beaucoup de baby-boomers ont vécu une plus grande stabilité professionnelle que ma génération.

Je traite donc de tendances lourdes.

La plupart des baby-boomers que je connais ont travaillé pour le même employeur presque toute leur vie… souvent dans le même rôle ou un rôle similaire.

Quand est-il de ma génération?

D’abord, on parle davantage de faire carrière dans un domaine de nos jours, pas chez un employeur. D’ailleurs toutes les grandes entreprises se sont efforcées de dépersonnaliser la relation de leurs clients avec leurs employés. On ne fait plus affaire avec Jacques de chez Abc inc… On fait affaire avec ABC inc… Jacques ou Gilles, on s’en fout, il n’ plus aucune identité, aucun pouvoir, aucun impact. C’est la marque et le symbole, l’image de marque qui compte.

Or, en dépersonnalisant, on enlève quelue chose au client, mais aussi quelque chose à l’employé, sa fierté, son sentiment d’être important et de faire une différence.

Dans le milieu bancaire par exemple, on sait que le turnover d’employés frôle les 1 sur 3 par an. Donc, chaque année, la cie voit le 1/3 de ses employés partir ou changer de fonction par eux-même ou de façon forcée. Pourtant, être banquier c’était quelque chose il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui… je me passe de commentaires.

Cette statistique n’est pas égale partout, mais de nos jours, il y a énormément de restructurations.

Si je parle de ma situation, j’ai du changer 11 fois d’emploi en 11 ans au sein de mon employeur et plus de 50% des gens avec qui j’ai travaillé la première année ne travaillent plus pour cet employeur et la majorité de ceux qui restent ne sont plus dans la même fonction.

Je suis loin de vivre de la stabilité professionnelle disons. Pourtant, je la souhaite ardemment. J’aimerais qu’on me laisse tranquille pour au moins 5 ans, pouvoir bâtir un réseau de contacts durable, faire une différence. Mais cela ne cadre plus avec ce qui est attendu…

Pour apprécier son travail, l’humain a tendance à vouloir se l’approprier. MA job. MON bureau. MES collègues. MES tâches, MES employés, MES clients…

Or, dans un univers instable comme celui-ci, il vaut mieux ne pas trop s’attacher et le problème quand on ne s’attache pas, c’est que rapidement, on devient désengagé et on vit au jour le jour… Ce n’est pas ce que l’on veut, c’est ce que l’on vit.

Ce sont les clients de l’entreprise, les employés de l’entreprise car même comme gestionnaire, s’approprier des employés et une équipe est ridicule. Les chances que l’équipe, les tâches ou même soi-même soyons encore là dans 12 à 18 mois sont minces, dans bien des cas.

Ce n’est pas pareil dans tous les domaines, mais il y a une tendance lourde à cet égard dans notre société.

Parlons de l’érosion des conditions de travail maintenant. Les baby-boomers se sont rassemblés et ils ont obtenu une partie de la balance du pouvoir. Ils ont négocié des conventions collectives etc… (pas partout mais chez beaucoup de gros employeurs).

Qu’arrive-t-il dans ma génération? De l’érosion… des stratégies de manipulation bien orchestrées pour détruire les fonds de pension à prestations déterminées, réduire les avantages sociaux, supprimer les clauses d’indexation, augmenter l’apport de l’employé dans les cotisations, mettre les gens à la porte avant d’avoir à leur payer une rente etc….

Et quand on te met à pied, ce qui arrive fréquemment de nos jours, tu te rends compte que la seule chose qui t’appartenait dans ton travail c’était le chèque de paye que tu recevais aux deux semaines. Le reste n’était qu’illusion et on te sort accompagné d’un chaperon, comme on sortirait un sac à poubelle. Ciao bye pis reviens pas…

Parlons maintenant des tâches… Beaucoup d’emplois sont devenus ce qu’on appelle des bullshit jobs.

Comme le dit David Graeber, « …Beaucoup sont amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles, sans réel intérêt et vides de sens, tout en ayant pleinement conscience de la superficialité de leur contribution à la société. »

Comment se réaliser dans ce genre de contexte, comment sentir qu’on est utile, qu’on a une réelle valeur ajoutée?

Moi, savoir que ma contribution, que tout ce temps investi ne sert essentiellement à rien me déprime. Et les tâches répétitives tuent mon imagination et ma joie de vivre, tout simplement. J’ai essentiellement une bullshit job. Elle pourrait être et elle sera fort prochainement automatisée. C’est un secret de polichinelle. En attendant, on joue à la chaise musicale.

Beaucoup de gens partent à la retraite de nos jours. Qu’arrivent-ils une fois qu’ils sont partis? Soit on ne les remplace pas, soit on distribue leurs tâches à ceux qui restent, soit on les remplace par quelqu’un d’autre qui devient aussi ou souvent plus efficace après quelques semaines.

Et, dans tous les cas, le nouveau retraité tombe dans l’oubli assez rapidement sauf si sa personnalité était particulière. Mais on se rappelle rarement de lui pour l’importance de son travail.

Je pense que cela en dit long sur son utilité réelle.

Le travail impose en plus des cadres rigides. L’employeur dicte les conditions et l’employé s’y plie.

En général, sans que personne ne remette réellement en question ce cadre, l’employé accepte qu’une semaine de travail c’est 40h (ou 35 ou 37.5), qu’il n’est payé que s’il est présent, que les vacances à espérer sont de 2 à 5 semaines par an et qu’on ne pourra pas les prendre quand on voudra, puis qu’il devra répéter ce manège jusqu’à 65-70 ans…

La résultante est qu’on se retrouve à passer l’essentiel de notre vie à accomplir des tâches essentiellement inutiles et peu gratifiantes pour un salaire de misère, en changeant constamment de fonction/rôle/employeur, avec un taux d’imposition ridicule et sans réelle sécurité d’emploi ou de revenus décents garantis à la retraite afin que d’obscures actionnaires s’enrichissent davantage.

Voilà le réel sort de l’essentiel des travailleurs de ma génération.

Alors pourquoi sommes-nous de plus en plus nombreux dans ma génération à viser la FIRE? pour s’émanciper et se révolter individuellement contre toute cette bullshit.

Dépendre de ce système pour notre subsistance c’est simplement se transformer en esclave salarié. Alors que celui qui arrive à s’afranchir rapidement de cette dépendance pourra alors choisir plus aisément les conditions de sa contribution sociale.

Atteindre la liberté financière rapidement, ce n’est pas atteindre la retraite telle qu’imaginée par les baby-boomers (golf, Floride…), mais bien simplement rééquilibrer le rapport de force entre employeur et employé.

Un employé qui n’a pas besoin de travailler pour se nourrir, pourra alors se permettre le luxe de choisir et négocier adéquatement et en position de force ses conditions de travail car au final, il est indépendant. Travailler n’est plus une quasi obligation, ça devient plutôt un choix. Tu me veux pour ce que je vaux alors donne-moi ce que je vaux.

Ce que les baby boomers ne comprennent pas de ce mouvement c’est que ce n’en est pas un de paresseux. La plupart des gens de cette communauté ne cherchent pas l’oisiveté, ils visent la liberté, ils veulent faire une différence dans leur vie, celle de leurs enfants et dans la société. Ils veulent reprendre du contrôle et du pouvoir sur comment ils dédieront leur temps plutôt que de se laisser flotter à la mercie des employeurs.

Ce mouvement se compare donc au mouvement syndicaliste si on veut mais aujourd’hui, penser se syndiquer est plutôt utopique dans le meilleur des cas… surtout en finance.

Ils veulent aussi faire partie de ces obscurs actionnaires pour qui on fait mer et monde et pour qui on restructure toutes les grandes entreprises au gré du vent. Car ce sont eux qui récoltent les bénéfices du travail de la masse.

Il y a bien sûr d’autres façons de changer notre rapport face au travail. Changer de domaine ou devenir entrepreneur sont d’autres approches.

Mais nous n’avons pas tous ce qu’il faut pour devenir entrepreneur à succès et les sacrifices requis pour changer de domaine sont parfois trop grands versus le chemin qui reste à parcourir pour devenir libre financièrement.

Quand une bataille sociale est trop grosse pour nous et son sort trop incertain, parfois il vaut mieux mener sa propre révolution individuelle. On a davantage de contrôle sur les résultats.

Bien que j’aimerais que tous les employeurs traitent décemment leurs employés, qu’ils les traitent avec respect, avec empathie, qu’ils partagent réellement avec eux le fruit de leur travail (les employés reçoivent souvent moins de 10% de ce qu’ils rapportent), qu’ils investissent dans leurs employés avec une vision et un partenariat à long terme, je pense que cette bataille est vaine.

Mais, si nous étions légion à choisir la liberté financière et donc la liberté de travailler pour le plaisir du travail à accomplir plutôt que pour payer nos factures, le rapport de force entre employeur / employé changerait… Cette version là aussi est utopique je suppose. Mais elle peut être réalisée en individuel en se constituant ce qu’on aime bien appeler un « F… you fund » tel que le film « The Gambler » l’a justement appelé.

Je ne cesserai pas d’être actif lorsque j’atteindrai la liberté financière, mais je ne pense pas que je continuerai à dépenser le temps qu’il me reste à accomplir des tâches répétitives et essentiellement inutiles.

Car, s’il y a un autre point important à considérer entre la vision baby-boomers et millenials, c’est que les milléniaux croient que la vie est faite pour être vécue, par pour la passer enfermé dans une shop ou un cubicule à faire la même chose jour après jour.

Il y a tant de choses à voir et à découvrir, à apprendre, d’endroits à visiter, de gens à rencontrer, de livres à lire, de films à voir… pourquoi se fermer à tout cela et se cantonner bêtement à la répétition en échange d’un chèque de paye dont plus de la moitié part en impôt? Déjà qu’on ne se fait pas verser notre juste part de ce que notre travail gènère, l’impôt vient nous ponctionner encore davantage. Est-ce que le travail, dans ce contexte, est vraiment salutaire?

Les gens intelligents ne travaillent pas. Travailler à salaire cest pour les cons comme disait un auteur dont j’ai oublié le nom.

Nos ancêtres ont peu à peu construit un monde et par tradition, les gens répètent souvent avec une grande naïveté les mêmes erreurs que leurs ancêtres.

Il est temps de repenser le monde du travail, notre apport dans celui-ci et ce qu’on devrait pouvoir en retirer.

Car, la plupart de ces grosses corporations ne peuvent plus prétendre être face à des risques indus qui justifient que l’employé ne récolte qu’une maigre partie des fruits de son travail. Au contraire, les barrières à l’entrée sont si énormes que dans beaucoup de domaines, il est impensable qu’un petit bonhomme comme moi puisse même rêver de se tailler une place profitable en y partant une entreprise au cours de sa vie entière.

Le résultat est que la masse s’appauvrit et les riches s’enichissent.

A l’époque de Germinal, le peuple partait en grève parce que le capitaliste gagnait 40 fois le salaire moyen de ses employés.

Aujourd’hui, gagner 1000 fois le salaire moyen d’un employé, sans compter le gain en capital sur ses actions, la croissance du prix des actions grâce au rachat d’actions à même les revenus de l’entreprise et les stocks options qui viennent démultiplier ce revenu de façon décadente c’est rendu banal. On va même jusqu’à donner le statut de vedette à ces demi-dieux qui servent de PDG et qui souvent débitent un tas de conneries sur Twitter pour se la jouer influenceur et ajouter l’insulte à l’injure.

Quoiqu’il en soit, ces vieilles approches dictatoriales et hiérarchiques, la parcellisation des tâches jusqu’à l’abrutissement complet de l’ouvrier ne sont pas compatibles avec le bonheur humain, du moins par le miens.

Alors moi, je fais la révolution. Une toute petite révolution toute privée et individuelle. J’épargne, j’investis, je me libère.

Voilà pourquoi, moi, je cherche à me libérer de l’esclavage-salarié moderne.

12 Comments

  1. Yan F
  2. André Bigras
  3. André Bigras
  4. André Bigras

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