Liberté intérieure vs liberté extérieure

Je vis au Canada. Nous avons une démocratie, une charte des droits et libertés, nous pouvons voyager librement à travers tout l’étendu de notre territoire, nous pouvons aussi nous établir n’importe où sur ce territoire. Il est facile d’obtenir un passeport et nous n’avons pas besoin de demander une permission interne pour sortir du pays.

Nous avons le droit de tout dépenser ou d’accumuler des richesses aussi.

Somme toute, nous sommes plutôt libres au Canada relativement à d’autres pays. Bien moins que l’homme primitif qui n’avait pas à se faire suer avec une job, des impôts, des frontières, des passeports, des visas et de la paperasse, mais nous sommes quand même relativement libres. Sa liberté à lui était toutefois limitée par d’autres facteurs liés à son contexte et au peu de technologie disponible.

Il y a bien sûr des tonnes de lois et règlements qui viennent tout régenter… on ne s’en sort pas, mais, si on a une tête sur les épaules, qu’on ne veut pas causer du tort à autrui, qu’on se satisfait du territoire qu’on occupe « légalement », on peut très bien vivre une vie complète sans trop ressentir le poids de ces restrictions.

Je ne sens pas vraiment que ma liberté externe est tant brimée par mon pays… la dernière fois qu’il y a eu conscription, ça date et on espère que ça n’arrivera plus. Évidemment, si on parle de voyage ou de s’installer sur d’autres territoires, là, les contraintes s’additionnent.

La société et les gens qui la composent vont toutefois ajouter une couche de restrictions plus insidieuses à ma liberté externe sous forme de pression sociale. C’est-à-dire, le regard de l’autre.

Le regard de l’autre peut peser beaucoup sur le moral pour certaines personnes. Mais le regard de l’autre reste ce qu’il est… un regard, un jugement, qui peu certes avoir de lourdes conséquences car si les autres se regroupent ils peuvent décider de sévèrement entraver ta liberté ou de te priver d’opportunités, voire même de ce qui t’es « dû » ou de ta vie.

Au final, dans mon contexte, je trouve que ma liberté externe est brimée de façon endurable… il est rare que je me sente opressé par ma société, des lois ou règlements.

Il y a l’hiver parfois durant lequel je suis plutôt triste que la Nouvelle-France ait perdu aux mains des anglais toute la côte est jusqu’en Louisianne… j’aurais bien aimé pouvoir déménager librement plus au sud au moins durant l’hiver sans avoir à m’encombrer d’un paquet de troubles…

Par contre, il y a un autre aspect à la liberté qui lui, est beaucoup plus omniprésent et difficile à gérer. C’est à l’intérieur de soi et ça demande souvent une vaste reprogrammation du système et de la personnalité.

À travers ce voyage vers la liberté financière, j’ai appris à mieux me connaître et notamment à comprendre et me rendre compte que j’avais beaucoup de pensées limitantes.

J’en ai encore des tas… même si je travaille fort là-dessus… Je viens d’une famille qui est très risk-averse. Ça a clairement teinté et même durablement entâché ma personnalité. Je suis moi aussi (bien que je m’améliore un ti peu) risk averse.

Il y a beaucoup de choses que je considère impossibles a priori, trop compliquées, trop de troubles… or, c’est pas toujours la réalité car c’est souvent basé sur des a prioris justement.

Il est clair que j’ai raté ou que je suis devenu aveugle à d’innombrables opportunités en 38 ans de vie, notamment parce que je suis qui je suis.

L’admettre est la première étape pour s’améliorer je suppose.

Ça c’est moi… Mais, beaucoup de gens ont aussi une régie interne axée sur le jugement de l’autre. Je n’en suis pas complètement affranchi de mon côté, mais je considère que j’ai fait un bon bout de chemin à cet égard.

Je m’assume pas mal en tant que personne dans toutes mes imperfections et je sais nommer et admettre mes problématiques sans gêne. Je suis pessimiste, souvent de mauvaise humeur, anxieux, parano, intransigeant aussi parfois (ou souvent), arroguant etc…

Mais, je suis aussi honnête, loyal, serviable, ponctuel, travaillant etc… Bref, je suis comme un peu tout le monde, imparfait…

Pourtant beaucoup de gens se limitent à cause du jugement des autres, ou par fierté, à cause d’un jugement qu’ils pensent que l’autre (souvent des inconnus) aura en les voyant sortir dépeignés par exemple, ou se promener avec un véhicule usagé s’ils travaillent en vente (l’habit fait-il le moine?). Où alors, mais que penserons les gens si je cesse de travailler à 45 ans?

Il y en a qui traînent de lourds fardeaux liés à une dépendance, un manque de confiance en soi…

D’autres vivent tellement d’anxiété face à tout stresseur que ça les paralyse au point de ne plus fonctionner.

L’ennemi intérieur est en général notre pire ennemi.

On peut, par exemple, décider de croire que c’est impossible d’épargner beaucoup pour nous… et ça le deviendra.

On peut décider que l’on n’a pas de chance et que tout ce qu’on entreprend n’aboutit à rien et ça deviendra réalité.

On peut croire que c’est impossible de vivre sans salaire… Or, le salaire est une invention récente dans l’histoire de l’humanité et tous les autres mammifères de cette planète vivent sans… sommes-nous donc plus idiots qu’un écureuil?

On s’est monté dans nos têtes des murailles de raisons qui nous empêchent d’être libres. J’ai lu un très bon livre sur le sujet récemment (How to be free in an unfree world).

Ces murailles nous poussent vers la rationalisation ou la culpabilité.

On voudrait parfois faire un c:\format c:/s (vieille formule ms dos pour faire table rase sur le disque dur).

On voudrait recommencer à neuf sans ces murailles mais la réalité, c’est qu’il faut prendre une masse et y percer des brêches… lentement, mais sûrement.

Il n’y a pas qu’une seule façon de vivre, il y en a une infinité et personne ne détient la vérité. Quand on admet ça, on commence à ouvrir une faille qui nous permet d’accepter de vivre différemment de la masse, d’emprunter une route peu ou pas arpentée et de tracer sa propre voie.

Yuval Noah Harari (sapiens) a mis en mots extrêmement bien structurés des choses dont je parle avec ma femme depuis des années quand elle s’enflamme contre des injustices…

La réalité est que l’humain s’accroche à des fictions et qu’il vit dans deux mondes parallèles, la réalité (le tangible : arbre, pierres, eau, terre, air, la faim, le froid, le chaud etc…) et la fiction.

La fiction englobe les nations, les religions, les droits de l’homme, le bien, le mal, la justice, la vérité, les corporations, l’argent et même la liberté… Tout ce qui est intangible…

L’humain se crée des fictions et les transforme en « vérités » absolues qu’il soutient par la violence ou par la menace de violence.

Les mayas qui sacrifiaient des jeunes vierges à leurs dieux croyaient qu’ils détenaient la vérité autant que le pape et toute sa bande croient que Jesus était le fils de dieu incarné sur terre, qu’il est mort, puis rescucité… Les deux groupes se traiteraient mutuellement de fous… alors qu’il n’y aucune différence entre ça, croire au Père-Noël ou à la fée des dents.

Ce sont des fictions.

Il n’y a nulle nation, nulle frontière, aucun dieu, même l’argent n’est pas une réalité. Tout cela n’existe que dans notre imaginaire collectif.

Il en est de même de la charte des droits et libertés de la personne et des droits de l’homme. Ces choses n’existent que parce que nous nous sommes mis d’accord pour qu’elles existent et elles pourraient bien disparaître aussi vite que notre fameux « droit » à la vie privée.

Lorsque nous nous sommes entendus sur une fiction, nous nous assurons ensuite de la pérenité de son existence par la violence et la menace de violence. Voilà tout.

L’un dira « la terre est ronde ». Si la majorité décide que la terre est plate et qu’ils jugent que l’hérésie mérite la mort, alors l’hérétique ira au bûcher.

Telle est la réalité de la vie… Comme le disait Harari dans son livre, une personne née en allemagne il y a cent ans aura du apprendre à absorber et à adhérer à plus de 5 fictions importantes et opposées, allant du Nazisme au communisme, puis au capitalisme… Pas évident…

Les fictions évoluent en fonction des jeux de pouvoir et des besoins humains.

Il n’y a aucun mal à prendre sa retraite à 65 ans, à 45 ans ou à 35 ans… Le bien et le mal n’est de toute façon que fiction. Il n’y a que ce que l’on fait.

Évidemment, si le groupe n’accepte pas ce qu’on veut rendre réel, ils peuvent user de violence pour avorter le plan.

Quoiqu’il en soit, à chaque fiction que l’on décide de croire, on intègre ensuite des barrières et des limitations.

La liberté est une fiction elle aussi. On cherche à la définir, mais au fond, la limite de la liberté c’est celle qu’on s’auto-impose ou que les autres nous imposent par la menace ou la violence.

Il n’y a pas de liberté absolue. Il n’y a que la liberté qu’on s’octroie soi-même dans le cadre de notre contexte de société. Quand on le comprend, tout ce qui reste à faire, c’est le tri entre les peurs qui ont de fortes chances de se réaliser et celles qui ont de faibles chances de se réaliser.

La réalité est que si on était prêt à accepter de vivre comme un sans-abri (je préfère dire nomade), nous pourrions le faire dès aujourd’hui et la société n’y pourrait pas grand chose…

Cela me fait d’ailleurs penser au Tarzan du Québec, ce jeune homme qui a choisi de vivre dans le parc de la Verendrie avec 50$ par an pendant 5 ans. Voici la suite de son histoire pour ceux que ça intéresse : https://m105.ca/vivre-en-marge-de-la-societe-un-nouveau-mode-de-vie/

Entrevue avec Lucas Besse Dicaire https://youtu.be/SS64CuN4tPY

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.