Trop de choix tue le choix

La liberté… la liberté est un concept assez flou au fond.

Par exemple, ici, on a la liberté de s’établir n’importe où au Canada sans avoir à demander la permission. Le Canada c’est vaste… mais on gèle.

Je préférerais avoir la liberté de m’installer en Floride ou au Mexique sans avoir à demander la permission. Mais, ça ne fonctionne pas ainsi. Ma liberté géographique trouve donc une limite et des contraintes qui ne sont pas sous mon contrôle. Ça ne rend pas la chose impossible mais ça la rend plus complexe.

Est-ce ça me rend malheureux? Pas vraiment car j’ai quand même suffisamment de choix. Avoir des opportunités et des possibilités augmente le sentiment de liberté et incidentalement, ça peut faire augmenter le bonheur.

Imaginons maintenant que l’on restreigne ma liberté à m’installer n’importe où au Québec sans demander la permission mais pas ailleurs au Canada? Est-ce que je me sentirais moins libre? Pas tant… je n’ai jamais envisagé m’installer ailleurs au Canada et d’ailleurs, je n’ai pas vraiment visité grand chose du Canada. Le Québec c’est vaste…

Et si on me limitait à ma région administrative? Là… je la trouverais moins drôle… À ma ville? Woah les moteurs! À ma maison? T’es tu fou???

La liberté relative et la liberté réelle peuvent être en plus perçues de façon différente par différentes personnes dans le même contexte.

Trop de choix rend le fait de choisir compliqué. Et à trop tergiverser, on devient malheureux, on perd du temps, on a trop facilement des remords et si on n’est pas heureux avec son choix, c’est facile de se blâmer. Avec toutes ces opportunités, il est clair que ce qui nous arrive est de notre faute.

À l’opposé, pas assez de choix n’est pas mieux. On se sent emprisonné, frustré dans notre bon droit et on ne se sent pas libre.

Dans notre société, on tend donc souvent à croire que plus de choix égale plus de liberté et donc plus de bonheur. Or, je crois que cette équation trouve aussi ses limites.

Par exemple, je pense qu’il y a plus de 100 sortes de sauces à salade dans mon épicerie de quartier, des dizaines de sortes de bières, des dizaines de marques de biscuits et de saveurs…

Avoir du choix c’est cool. On se sent libre d’exprimer ses goûts et sa personnalité.

Du vin au final c’est du vin, pourtant combien y a-t-il de sépages et de marques et d’agencements?

On peut passer beaucoup de temps dans les allées de la SAQ à chercher du vin. Au final, malgré les 1001 conseils et étiquettes, il va falloir ouvrir la bouteille et s’en servir une coupe pour savoir si on l’aime.

Nos attentes sont alors élevées. Si le vin et la sauce à salade ne nous impressionnent pas au plus haut point, on est déçu… il y avait tellement de possibilités… on a du faire le mauvais choix? non?

Trop de choix gobe notre temps et donc ultimement une autre facette des plus importante de notre liberté.

Par exemple, autrefois c’était assez simple. Tu finissais l’école, tu te pognais une job et une conjointe (ou un conjoint), tu te mariais le plus vite possible puis tu faisais des enfants le plus vite possible et c’était ça.. peu de choix, mais d’une terrible efficacité.

Aujourd’hui, le choix paralyse… Car avec trop de choix, vient la difficulté de choisir, qui entraîne une paralysie et parfois aussi des remords face à son choix.

Par exemple, avec toutes les opportunités qu’offre Tinder de nos jours, rencontrer n’a probablement jamais été aussi facile. Mais, une fois la rencontre terminée, comment choisir? Et si je trouvais mieux? Après tout elle avait ci et ça… et on repart en chasse. On consomme, on jette, on retourne magasiner.

Autrefois, à 25 ans, toutes les femmes étaient mariées… valait mieux se dépêcher d’en trouver une à notre goût et ne pas faire trop son difficile.

Une fois en couple, on fait des enfants ou pas? Avec la contraception, la question se pose. Cette question n’était pas une option autrefois.

Et là, est-ce que je veux des enfants maintenant ou après avoir fait ci ou ça. Car on contrôle le choix d’en avoir mais aussi beaucoup le moment où on les aura.

Ces questions d’apparence anodines accaparent beaucoup de temps et de liberté dans la vie de nos contemporains. Ces possibilités font aussi que les couples durent moins longtemps, que les familles se disloquent plus facilement. À quoi bon travailler sur mes défauts quand une autre femme pourrait peut-être m’accepter comme je suis?

Pas de compromis! C’est quelque chose qu’on entend de plus en plus chez les célibataires. Or, si tu ne fais pas de compromis et que les autres ne font pas de compromis, vous ne serez jamais en couple. La perfection n’existe pas et dans un couple, s’installe toujours certains compromis. Non?

Au travail c’est la même chose. Ton employeur t’offre un fonds de pension à cotisations déterminées avec un match de contribution.

Il a été prouvé que plus le programme offre de fonds communs, moins les gens participent. Ils paralysent. Ils ne savent pas lequel prendre et laissent de côté automatiquement un rendement gratuit de 100% sans risque (la contribution de l’employeur).

Les études maintenant… il y a tellement de champs d’étude et la plupart ne nous disent rien quand arrive l’heure des choix vers 15 ans. Comment fait-on pour choisir?

C’est un choix déterminant dans la vie d’une personne, pourtant, c’est souvent fait en se basant sur des a priori… une description, une film qu’on a vu, les commentaires entendus à propos du chum de la belle soeur d’un de ses amis qui travaille là-dedans.

Au final, on fait un choix, on essaie, on essaie un autre programme, on va travailler là-dedans et on se rend compte qu’on a 22 ou 23 ans et qu’on a peut-être pas fait le bon choix. Qui sait?

Plus il y a d’options, plus il y a un risque de regretter nos choix. Car dans notre tête subsistera toujours le doute que l’herbe aurait pu être plus verte ailleurs. Ces doutes se soustraient alors de la satisfaction qu’on pourrait avoir face à notre choix.

Ainsi plus de choix crée plus d’attentes face aux choix que tu fais et donc c’est plus facile de commencer à se sentir désappointé.

Et lorsqu’on se sent désappointé, il est facile de se blâmer, puisque avec ces myriades d’opportunités, c’est au final nous qui avons fait le choix désappointant.

Et lorsqu’on a des regrets et que l’on se blâme, ça nous rend malheureux et en conséquence notre liberté diminue. Elle diminue car les regrets, la tristesse, le blâme, ça accapre le mental…

Le secret du bonheur, c’est de savoir gérer ses attentes. Quand tu ne t’attends pas à grand chose, il est facile d’être positivement impressionné. Mais quand les attentes sont élevées, le contraire s’applique. Plate à dire, mais il y a un fond de vérité dans tout ça!

Il y a quelque part un sweet spot entre pas assez de choix et trop de choix qui maximise le bonheur et la liberté. Je ne sais pas où cette « ligne » se situe. Mais je suis pas mal certain qu’on l’a dépassé.

Beaucoup de gens, incluant moi, tournent en rond à propos de tellement de choix qu’ils ont à faire. Certains de ces « problèmes » à résoudre sont simples et sans importance, d’autres sont fondamentaux comme dans quoi étudier, se caser ou pas et avec qui et quand. Faire ou pas des enfants et avec qui et quand?

Trop de choix tue parfois les bénéfices du choix.

Pour approfondir sur ce sujet : le TED talk de Barry Schwartz : https://www.ted.com/talks/barry_schwartz_the_paradox_of_choice/up-next?language=fr-ca

8 Comments

  1. Sébastien
  2. Sébastien
  3. Dom

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