Savoir gérer son argent et avoir du guts ou avoir de bonnes notes?

Une fois l’école terminée, le fameux diplôme en poche, le temps est venu de gagner sa vie. On a 16 ans, 19 ou 22 ans… pour certains, ça sera leur première expérience en dehors du cadre scolaire alors que d’autres auront déjà goûté aux bienfaits (et désagréments) du libre marché.

Lorsque vient le temps de gagner sa vie, plusieurs voies s’offrent à nous. On peut se trouver un emploi, se créer un emploi ou devenir un employeur. Finalement, on peut devenir investisseur.

Pour vivre de ses revenus d’investissement, il faut en général avoir déjà une certaine fortune accumulée. Je ne dis pas que ce n’est pas possible, mais je pense qu’il est rare que de jeunes gens qui n’ont pas hérité de leurs ancêtres puissent déjà se déclarer investisseurs passifs.

Il est aussi rare que les gens deviennent du jour au lendemain employeur. Encore faut-il avoir les capitaux et le fonds de roulement pour gérer des employés. Je pense aussi que de gagner une certaine expérience en gestion avant d’avoir ses propres employés n’est pas une mauvaise idée, même si c’est chez McDo… les gens ont toutes sortes d’attentes déraisonnables face aux employeurs alors vaut mieux le comprendre quand c’est un autre qui les paie… à mon avis.

Ce qui laisse à la plupart des jeunes adultes deux choix : se trouver un emploi ou se créer un emploi.

Si vous me lisez un peu, vous savez que pour moi, l’école n’offre qu’une formation limitée aux gens et que la vraie éducation, c’est celle qu’un homme se donne à lui-même.

Pour moi, la valeur d’un diplôme n’a essentiellement que la valeur de celui qui le porte et de ses aptitudes de vendeur ou d’entrepreneur (un entrepreneur se doit en géneral d’être aussi un bon vendeur).

À la dure, bien des jeunes gens apprennent qu’en dehors de l’école, les bonnes notes qu’ils ont eu pour bien paraître, être sélectionné pour certains programmes, bourses ou distinctions, n’ont en général que peu de valeur dans le marché de l’emploi. Au plus, ça servira peut-être de billets d’entrée dans certains domaines comme chez les avocats?

Savoir s’exprimer, savoir nouer des contacts, avoir du guts, savoir se mettre en valeur, savoir s’adapter au changement, être capable de lancer des idées novatrices et de les mener à terme… ce sont toutes des choses qui ont plus de valeur que la bonne note que tu as eu en secondaire 3 dans ton cours de géographie ou de maths ou même ta note finale dans ton « domaine ».

La plupart des gens ont beaucoup de potentiel. Ils ont des idées, ils sont inventifs, ils ont des compétences techniques… Mais, la plupart des gens ont aussi beaucoup de peurs rationnelles ou irrationnelles et possèdent peu d’outils solides pour les surmonter.

Ils vont alors aller vers la facilité et tomber dans le piège de la rat race.

Personnellement, je crois que la rat race était un passage obligé pour moi. Je n’avais pas ce qu’il fallait pour être un vrai entrepreneur… gérer des tas de problèmes, ça m’énerve… et même aujourd’hui, 15 ans plus tard et beaucoup plus de bagages en poche, je me vois mal diriger une entreprise avec des employés… just not me!

Malgré mes bonnes notes, mes compétences techniques, ma capacité à m’exprimer, il me manquait quelque chose de très important… le guts.

Les gens ont peur d’avouer qu’ils sont des pissous. C’est tabou et c’est honteux. J’étais comme ça moi aussi.

Mais, si on n’est pas capable de l’avouer, de se l’avouer  à soi-même, on ne peut pas changer ou apprendre à s’accepter tel qu’on est.

Et, si on ne change pas, on fait comme les autres et on finit comme les autres. Et si on ne s’accepte pas, pour le meilleur et le pire, alors on est malheureux avec soi-même.

Pour la majorité des gens, commencer dans la vie avec un emploi est probablement la meilleure chose à faire. Pour autant qu’ils commencent en même temps à bâtir leur « business ». J’entends par « business », leurs revenus passifs.

Si j’avais eu du réel guts à l’époque, je me serais peut-être créé un emploi et j’aurais peut-être fini par devenir un employeur. Mais, ce n’était pas quelque chose qui était en moi. On ne me l’avait pas enseigné. On ne m’avait pas préparé à ça et ce n’était pas naturel chez moi.

Devenir employé, c’était en quelque sorte fait pour moi. J’avais beaucoup de travail à faire sur moi-même et sur ma compréhension du monde.

Je suis arrivé sur le marché du travail comme un naïf. La seule chose que j’avais compris, c’est que les emplois se ressemblaient en général tous, 9 à 5… lundi au vendredi, à faire des tâches répétitives qui s’apprenaient relativement facilement.

Les seules choses qui semblaient les distinguer de l’extérieur, c’était le salaire, les avantages sociaux, le nombre de semaines de vacance, les options de fonds de pension et les possibilités d’avancement.

Un emploi, ça ressemblait à l’école… j’étais très bon à l’école.

Plutôt que de lancer ma propre business ou de créer mon propre emploi (ça m’apparaissait trop risqué et je n’avais pas ce guts), j’ai donc choisi d’être « smart » (selon mon point de vue de l’époque) et d’exercer mon seul guts, celui de me classer dans le top des meilleurs salariés, position que j’étais habitué d’avoir à l’école (dans les premiers percentiles).

Alors, tant qu’à faire, quand j’ai eu l’âge légal de travailler, j’ai décidé qu’il valait mieux travailler à 20$ de l’heure qu’à 6.80$ de l’heure (le salaire minimum en 1997). Pourquoi pas 30$? Parce que 20$ m’apparaissait raisonnable au vu de mon classement des gens que je rencontrais qui gagnaient tel ou tel salaire… je  ne me prenais pas pour de la marde… tête enflée… à cause de l’école qui me classait depuis toujours dans les tops…

Armé de cette « compréhension », j’ai exercé mon seul guts. Je demandais à tout le monde combien ils gagnaient, combien leur père et leur oncle gagnaient, où ils travaillaient, s’ils engageaient des étudiants. J’ai contacté les ressources humaines de différents employeurs et j’ai fait quelque chose de facile pour moi.

J’ai rédigé des tas de lettres de présentation adaptées aux postes affichés ou non affichés de toutes ces entreprises qui payaient en haut de 15$/h et j’ai mis ça à la poste.

C’était plus facile pour moi de faire ça que de sortir de chez moi aller quêter une job en personne au salaire minimum… car c’est comme ça que j’appelais ça pour me valoriser… moi je quêtais à l’abri des regards… surtout par peur… j’étais timide et quêter dans « l’anonymat », ça me gênait moins.

J’ai néanmoins eu raison et après quelques mois à persévérer, une âme charitable à utilisé ses contacts (moi je n’en avais pas… mais je venais de comprendre la puissance de s’en faire un) pour me pistonner pour une job à 17$ de l’heure, plus prime de week-end, plus prime de nuit.

À 16 ans, je gagnais déjà 20$ de l’heure en 1997 et après 8h de travail, ce généreux employeur me payait 25.50$ de l’heure pour 2 heures de travail supplémentaires et 34$ de l’heure pour un autre 2h après le premier, sans compter les même primes.

À 17 ans, en 1997, je savais c’était quoi gagner 37$/h… je venais de mettre la barre haute… il m’aura fallu plus de 12 ans ensuite avant de trouver un autre employeur qui me paierait autant comme salaire de base et la majorité des gens ne gagneront pas un tel salaire dans leur vie… j’en suis conscient.

Ça m’a aidé et ça m’a nuit.

Mes notes en soi n’avaient rien à voir là-dedans. Ce qui m’avait permis de me hisser là, c’était mon arrogance (moi je ne vais pas m’abaisser à travailler à 6,80$ de l’heure je suis un premier de classe) et mon guts, même limité… Ce que mes notes avaient faites de moi (un arroguant), ça c’est clair que ça m’a aidé (et nuit).

Je m’étais simplement posé la question : pourquoi est-ce que mes heures de force de travail vaudraient moins que celles de mononcle Gilles ou de matante Gisèle qui font la même job à 20$/h? Déplacer des petites boîtes à droite et à gauche, monter des commandes dans un entrepôt, ça ne prend pas un génie…

Oui… j’ai toujours eu un petit (ou grand fonds d’arrogance en moi)… Mais, je n’avais pas le guts qui allait avec et qui aurait peut-être pu me propulser à la tête d’une corporation… qui sait?

Je ne savais pas non plus quoi faire de tout cet argent. J’ai payé mes études avec. Je me suis acheté une minoune et j’ai fait la fiesta…

J’étais déjà drogué de la rat race. Comme je ne savais pas comment investir et que les CPG ça versait des intérêts ridicules… je préférais dépenser mon $$$.

J’ai poursuivi mes études universitaires car, dans mon arrogance, je croyais que je méritais mieux qu’un travail ennuyant de shop. J’avais, selon mon point de vue narcissique, plus à donner à l’humanité…

Mais, j’étais un pissou, je ne savais pas gérer mon argent et au final, je n’avais pas tant de choses que ça à apporter à l’humanité. Mais, l’école m’avait rendu imbu de moi-même. Je finissais invariablement dans les 5 premiers, sans efforts, dans pas mal toutes les matières sauf l’expression orale et la religion. ahah 🙂

J’ai donc fait ce qu’on attendait de moi. J’ai obtenu de bonnes notes et un beau diplôme, mais je me suis retrouvé ensuite face aux mêmes choix.

Je pars une enteprise ou je me cherche un emploi?

La game avait maintenant changé par contre. De 17 à 22 ans, je gagnais un salaire croissant en fonction de la convention collective et mon salaire de base approchait les 25$ de l’heure, sans compter les primes et l’overtime.

Or, en 2003, le salaire minimum était de 7,30$ et dans mon domaine, les jobs commençaient souvent à 10$/h. Je n’avais quand même pas fait un bac… moi l’arroguant… pour gagner des peanuts!

Ces jobs, elles auraient pu me permettre de gagner en expérience et compétence et à bâtir mon CV et ma crédibilité mais nah… moi je méritais plus que 10$…

Moi, qui ne comprenait pas grand chose à la vie, je n’allais pas m’abaisser à gagner des peanuts comme la plèbe. La facilité c’était de rester où j’étais jusqu’à ce que je trouve un employeur similaire qui payait de façon similaire.

C’est arrivé assez rapidement. J’ai utilisé le même stratagème et j’ai fini par décrocher un emploi au gouvernement qui payait presque autant de l’heure en commençant mais avec le potentiel de gagner à plus long terme, le fameux 35$/h, mais comme salaire de base.

Mon guts limité et mes compétences en communication, m’auront permis de tirer mon épingle du jeu et de devenir un « haut salarié » comparativement à mes pairs, quand même assez tôt dans ma vie.

Mais, je ne savais toujours pas gérer mon argent.

Ma confiance en moi et ma timidité me ralentissaient aussi… je voyais d’autres que moi, moins compétents (selon mon point de vue) obtenir des promotions alors que moi, je restais stallé là.

Toujours armé de cette question : « Pourquoi il ou elle gagnerait plus que moi de l’heure? On travaille le même nombre d’heure et la job n’est pas plus difficile à apprendre… », j’ai commencé un énorme travail sur moi.

J’ai commencé à travailler sur mon humilité notamment, mais aussi sur ma timidité, sur mes stratégies, sur ma compréhension de la « game » qui se joue tous les jours dans notre société.

J’ai lâché ma job au gouvernement et j’ai pogné une job à 15$/h, en vente. J’ai lancé 2 ans plus tard une entreprise individuelle qui s’est effouarée… et j’ai beaucoup appris sur moi-même en plus de me donner une belle leçon d’humilité.

Mes amis chez mes anciens employeurs ne comprenaient pas mon move… moi je voulais vaincre ma peur de parler en public, de prendre ma place, savoir mieux me vendre et aller toucher mes limites.

Je l’ai fait et ça a été tough. La rat race, j’en étais déjà conscient à l’époque, me pesait et j’aspirais à plus qu’un chèque aux 2 semaines et qu’une vie à répéter les même tâches 48 semaines par an.

Mais, j’avais compris que mon guts, c’était pas ma plus grande force.

J’ai passé les quelques années qui ont suivi à travailler avec mes forces, à gagner un salaire moins attrayant 17-18-20$ de l’heure chez un employeur, mais armé de plus de guts et de meilleures compétences en vente, après quelques années, j’ai réussi à nouveau à tirer mon épingle du jeu.

J’ai commencé à apprendre à gérer mon argent et à la faire fructifier… ce travail il est toujours en cours.

Je me dis souvent que si j’avais eu plus de guts à la base ou une éducation plus axée sur l’entrepreneuriat, j’aurais peut-être eu plus le guts de lancer ma propre entreprise.

Peut-être que d’avoir eu une éducation différente m’aurait donné plus de guts… peut-être pas.

Je pense qu’on nait avec un certain état de base de guts et qu’on peut certe l’améliorer… mais c’est en moi.

Malgré toutes mes bonnes notes, je ne serai jamais au sommet du monde.

Mon employeur n’a jamais su combien j’ai eu dans mes examens d’algèbre, ni avec quel résultat j’ai terminé mon bac… il s’en fout… ce qui compte dans la vraie vie, c’est le guts et les résultats.

J’ai utilisé le guts que j’avais pour me faufiller dans l’échelle corporative et j’ai démontré ma capacité à livrer des résultats. Au fil des ans, j’ai largement éliminé ma timidité même si un fond reste présent… et grâce à ça, j’ai gravi les échelons.

Mais, jamais je n’ai possédé l’échelle.

Mes bonnes notes à l’école m’auront certes servi à m’enfler la tête, mais elles ne m’auront pas vraiment servi en soi dans la vraie vie.

Au final, apprendre à vaincre ma timidité, apprendre à affonter mes peurs et à développer ma confiance en moi aura eu plus d’impacts dans ma vie que mes notes en tant que tel.

Il y a quelques domaines où les notent comptent peut-être un peu… mais en général, on préfère les réalisations, la preuve par les résultats concrets.

À mon sens, avoir du guts est plus important qu’avoir de bonnes notes. Les gens qui ont du guts, ils essaient des choses, ils ne se laissent pas abattre par un échec ou la peur de l’échec. lorsqu’ils tombent par terre, ils se relèvent et sautent à nouveau dans l’arène.