La liberté fondamentale

Je veux enseigner à mes enfants à préserver le plus possible leur liberté naturelle. Mais, pour l’enseigner, encore faut-il bien en saisir toutes les nuances.

Ce que je vais tenter de décrire ici est fondamental. Si je l’avais compris dès mon jeune âge, je pense que j’aurais peut-être fait des choix très différents dans ma vie d’adulte.

L’homme, comme l’écureuil ou tout autre mammifère a deux besoins fondamentaux. Se nourrir et s’abriter.

La nourriture fournit l’énergie qui permet à l’homme de se mouvoir, de grandir, réparer ses blessures et produire sa chaleur de base.

L’abri, quant a lui, permet à l’homme de conserver sa chaleur face au climat, de le mettre à l’abri des prédateurs et d’y entasser ses réserves de nourriture.

Le cerf qui se promène dans la forêt a simplement besoin de broutilles à mâchouiller et il cherchera le couvert des arbres pour s’abriter. Le reste de son temps lui appartient.

Le cerf peut circuler librement, mais il demeure en quelque sorte esclave de sa condition d’être vivant. Il doit manger… encore et encore.

C’est encore plus flagrant chez l’écureuil qui semble possédé par la soif d’accumuler des réserves suffisantes à 18 écureuils en vue de l’hiver!

La différence majeure entre l’homme et la bête réside toutefois dans le fait que l’homme a su, grâce à son intelligence, développer des techniques qui lui permettent de générer de la nourriture en abondance et même des surplus.

Ces techniques ne sont pas si récentes…

L’homme aussi est donc esclave de sa condition. Chaque jour, il doit manger et boire son comptant.

Mais, grâce à son savoir, il est raisonnable de penser que peu de travail est réellement requis pour générer suffisamment de nourriture pour le nourrir durant une année entière.

On parle ici de besoins de base bien sûr.

Par exemple, chez Mayrand, un grossiste en alimentation de la région de Montréal, on peut acheter 8 kilos de riz brun à grain long pour 10.99$ (29600 calories) et 10 kilos de lentilles vertes pour 21.49$ (+/- 35000 calories).

On peut essentiellement soutenir un homme adulte pendant 26 jours avec 33$ de bouffe. Mais bon… il va manquer quelques vitamines… 🙂

Évidemment, on ajoutera à tout cela de la farine (14.99$ pour 20 kg) pour le pain, oignons (50 lbs pour 18$) et ail (2.49$/lbs) pour le goût, carottes (50 lbs pour 15$), patates (50 lbs pour 21$) et différents autres légumes comme le kale (0.99$ le bouquet) pour les vitamines et minéraux et on arrivera probablement pour moins de 100$ par mois par personne à se nourrir plus que convenablement.

Ce qui coûte cher de l’épicerie, c’est la viande et les charcuteries, les produits préparés et les produits laitiers, les boissons préparées et alcoolisées.

Acheter des produits bruts comme le gruau et la farine et acheter en grosses quantités, préparer ses repas soi-même permet de sauver beaucoup beaucoup d’argent.

Je rappelle qu’on est dans les besoins ici, pas les désirs. Et encore, je ne parle pas de potager ici. Car en se faisant un potager de quelques centaines de pi carré en permaculture ou en culture intensive on pourrait faire pousser l’essentiel de nos légumes en apprenant à les conserver.

Parlons abri maintenant.

Le singe vit dans les arbres. L’oiseau se fait un nid. Le lapin se creuse un terrier. Certains animaux grégaires s’abritent les uns les autres. Tout cela ne coûte rien en matériaux et presque rien en temps…

L’homme d’autrefois s’entichait d’une grotte et le « sauvage » comme nos ancêtres appelaient les hommes tribaux ou les amérindiens, se contentaient bien âprement de tentes, de huttes, de tipis, de wigwams ou même d’igloos. Des abris peu coûteux il est clair.

L’homme moderne existe depuis au moins 300,000 ans selon nos plus récentes estimations et il est évident qu’il a passé la majeure partie de ce temps à vivre dans des abris rudimentaires.

Le besoin de l’homme n’est pas si grand au fond. Chaleur, quiétude contre les prédateurs et les caprices de mère nature.

Ce qu’il faut donc comprendre c’est qu’à la base, les besoins de l’homme sont peu significatifs et qu’ils nécessitent peu de moyens et peu de travail. Si l’homme a décidé de complexifier la chose, c’est donc pour d’autres raisons et aussi par vanité.

Car lorsque l’estomac est plein, l’avoir plus plein n’apporte pas une plus grande valeur. Par contre, ça vient avec un coût… et on le sait, ce coût s’échange en général contre du temps de vie et notre force de travail.

Un fois abrité convenablement des intempéries et au chaud, avoir plus d’abri, plus de pièces, plus de fenêtres, de toit, de plus grandes dimensions n’apporte au final pas grand chose de plus non plus. Mais le coût lui, se compte en années et même en décennies d’esclavage salarié.

Ainsi, lorsque l’homme fait le choix de se nourrir plus et de s’abriter plus, il ne le fait pas pour combler ses besoins fondamentaux. Il le fait plutôt pour mille et une autres raisons qu’il s’est inventé. Je pense qu’il le fait trop souvent par vanité.

Que ces autres raisons soient valables ou non pour l’un ou pour l’autre peut être source de débats qui ne se tariront pas. Mais là n’est pas la question. Si un homme juge que de passer 30 ans de sa vie à travailler comme un diable pour se payer un abri vaut la peine, qui suis-je pour le juger?

L’important est plutôt de comprendre que les besoins fondamentaux de l’homme peuvent être comblés très facilement et à peu, très peu de frais.

Tout ajout incrémental se paiera alors en perte de liberté. Il revient alors à tout homme de décider quelle part de liberté il souhaite sacrifier pour améliorer son « confort » et se soumettre à ses autres désirs.

Le problème, je le crains, est que la plupart des hommes ne comprennent pas cela. Ils font ce qu’ils pensent être la seule chose à faire… Ils font comme les autres, ils suivent la horde et la mode de leur temps.

Le problème, bien sûr, c’est qu’en groupe, ils imposent ces modes et empêchent les autres de vivre librement… Par exemple, au Québec, il est loin d’être évident de pouvoir vivre dans une yourte, un wigwam ou même dans une mini-maison. Les gouvernements l’interdisent par différents réglements douteux destinés à préserver la « valeur » du voisinage et probablement à collecter des taxes essentielles à leur survie.

Quoiqu’il est soit, l’important est de comprendre qu’il existe des alternatives à la McMansion pour laquelle on hypothéquera nos vies pour se loger. Et si notre société est trop restrictive à cet égard, sâchez que d’autres pays ne le sont pas autant.

Au final, j’ai passé les 10 dernières années de ma vie à travailler essentiellement pour le gouvernement (taxes) et la banque (maison). Grâce à des efforts, du travail acharné, de la chance et une conscience grandissante de ma condition, j’ai pu aussi épargner environ 300k$. Montant qui peut théoriquement générer une perpétuité de 10k$ par an en croissance.

J’ai passé aussi les 16 années précédentes à gaspiller tous mes revenus et mon temps sur des foutaises ridicules qui n’avaient rien à voir avec mes besoins de base.

J’ai passé ces 26 années à ne pas comprendre aussi clairement cette simple réalité.

Personne ne m’as mis en cage… personne n’a fait de moi un esclave salarié qui espère un jour quitter la rat race…

Je suis à la fois mon propre geolier et mon propre bourreau. Je me suis construit une belle cage imaginaire et je me suis enchaîné à des objets qui au final, sont sans réelle importance…

Je suis le seul artisan de ma condition car je n’ai pas pris le temps remettre réellement en question les dogmes de notre société occidentale moderne.

Car la vie, c’est l’être, pas l’avoir.

La vie c’est profiter du temps qui nous est imparti pour apprendre, s’épanouir, se développer, expérimenter, s’émerveiller, créer, voir, aider son prochain, aimer, se perpétuer…

Sur mon lit de mort, savoir que j’ai eu 2 chambres de spare dans ma maison pour les « amis » aura-t-il réellement fait une différence? Savoir que j’ai 12 paires de bottes, des outils de toutes les sortes, des voitures, de la coutellerie…. et que j’ai passé l’essentiel de ma vie enfermé dans un cubicule à répéter incessamment les même tâches pour me payer tout cela me fera-t-il me sentir comme un homme accompli qui a pris le temps de vivre?

Les seules choses qu’on ne peut pas s’acheter en ce monde, c’est le temps perdu, notre jeunesse, l’amour, l’amitié… les choses les plus importantes quoi!

Et pour profiter de ces choses, il faut prendre le temps, pas le perdre à gagner de l’argent pour le dépenser dans des choses qui n’apportent au final que peu de valeur ajoutée une fois les besoins de base comblés.

Au lieu de foncer comme un acharné dans la rat race, dominé par mon ambition de « succès », j’aurais du consacrer mon temps à chercher des alternatives viables à ce modèle de vie.

Maintenant que je sais… reste à savoir ce que je ferai.

Le monde est là devant moi et je vois tous ces gens de mon époque qui se tuent au labeur et dépensent leur vie en vaines choses, résignés à leur sort, croyant que c’est la seule façon valable de vivre une vie humaine… se tuant à la tâche comme une fourmi se sacrifie pour la colonie…

Bien que certains gens tentent de nous le faire croire, nous ne sommes pas des fourmis… Nous sommes des hommes capables de grande choses et de faire preuve d’une grande intelligence.

Mais, cette société nous retient… cette quête de vanité, cette quête du toujours plus, plus gros, plus haut, plus grand… cette psychose collective dans laquelle nous vivons qui nous entraîne à surconsommer toujours plus et à épuiser nos vies en cochonneries qui finiront dans un dépotoir nous retient de vivre.

J’espère que l’homme saura se libérer de cette tare tôt ou tard. En attendant, je possède la possibilité de le faire pour moi et de l’enseigner à ma descendance.

J’espère qu’ils comprendront comment il est aisé de faire fausse route en suivant la horde…