Pièges et dividendes

Ce que j’aime des dividendes, c’est qu’une partie non-négligeable de mon rendement m’est rendue en argent comptant, pas simplement en « gains papiers ». Et cela va donc dans le même sens que l’adage « un tient vaut mieux que deux tu l’auras » (en anglais : A bird in the hand is better than two birds in the bush).

Sur le coup, on ne s’en rend pas vraiment compte, mais après quelques années, on peut constater à quel point les dividendes s’accumulent.

Par exemple, en 2013, j’ai reçu 121.13$ en dividendes. En 2014, 562.14$. En 2015, 1505.56$. En 2016, 2365.85$. En 2017, 3273.01$. En 2018, 4612.21$. En 2019, à ce jour, 4618.65$.

Le total de tout cela? 17,058.52$ depuis 2013. Et ça ne fait que commencer! En épargnant, en réinvestissant ces dividendes, je suis en train de me bâtir une belle forêt d’arbres « fruitiers ». En plus de voir ces « arbres » croître et offrir de plus en plus de fruits, chacun de ces fruits porte en lui les germes d’un nouvel arbre!

Et les fruits de ces arbres sont juteux et m’enrichissent de plus en plus année après année.

Acheter des parts de fonds ou des titres « croissance » pour ensuite vendre 4% de ses parts chaque année, revient mentalement à aller faire un petit tour dans sa forêt avec une chainsaw et à choisir de couper quelques arbres ici et là au hasard.

Évidemment, c’est ce qu’on aime se raconter… L’image d’une belle forêt luxuriante avec des feuilles en billet de banque qui s’épanouissent au gré de la vie qui passe. Or, dans les faits, les 2 approches sont essentiellement équivalentes et il n’est pas exclu que j’aie moi-aussi à couper des arbres ou à me débarasser de pommes pourries… Mais, psychologiquement, l’image de l’argent qui pousse dans les arbres me plaît!

Néanmoins, lorsqu’on parle de rendement ou retour total (total return), il faut tenir à la fois compte de la croissance du capital et des dividendes des titres qui en versent.

Certains investisseurs ne jurent que par les dividendes, les croyant magiques en quelque sorte. Ne dit-on pas après tout que la croissance du dividende entraîne la croissance du capital car un actif qui rapporte plus vaut plus? Or, c’est un shortcut auquel il faut faire attention. La croissance des revenus de l’entreprise, les revenus d’opération j’entends et d’où vient cette croissance, est au final bien plus importante que la croissance du dividende lui-même.

On peut aisément faire croître le dividende d’une entreprise peu attrayante chaque année par différents stratagèmes tels que le rachat d’action ou en jouant avec le payout ratio comme on peut faire croître les revenus en jouant avec le levier de l’endettement. Comme le dit Buffett, une horloge arrêtée peut alors avoir l’air d’être en marche.

Récemment, je lisais un article sur le site de Jason Fieber, le célèbre Dividend Mantra qui a flirté avec les extrêmes afin de prendre sa retraite en Thaïlande dans la trentaine.

Son postulat, AT&T a été un meilleur investissement que Visa sur le même horizon, selon son point de vue, parce qu’AT&T lui retourne plus de cashflow que ViSA et ce, même si le titre d’AT&T a essentiellement fait du surplace alors que celui de Visa a explosé durant la même période.

Évidemment Fieber pourrait vendre Visa et racheter du AT&T et augmenter son cashflow s’il le désirait, mais il a un jour décidé que jamais plus il ne vendrait ses actions… c’est en quelque sorte devenu une collection pour lui… Là, je vois déjà un grand risque… pourquoi s’entêter au lieu de se fier à la logique. Si une cie se dirige vers la faillite, que c’est évident, tu ne vendras pas???

Le retour total de Visa durant la même période a été faramineux, mais Fieber ne s’attarde qu’aux revenus de dividendes, prétextant que dans le quotidien, ce sont ses dividendes qu’il dépense et non des gains hypothétiques en capital sur papier…

Bien que j’adore la technique DGI, il n’en reste pas moins qu’il ne faut pas en oublier la logique et le gros bon sens. La technique DGI me garde motivé et pour l’instant, mon rendement est égal ou supérieur à celui des indices de marché, alors ça va… Mais, si un jour je commence à constater que je lag les indices, je vais simplement acheter des parts de fonds indiciels…

Le retour total, bien que certains pensent visiblement le contraire, est important. Si je peux obtenir 10% composé sans prendre plus de risque et que je me contente de 5% pour m’attacher à une technique, je considère que c’est une erreur…

Car, vaudrait mieux alors prendre le 10% et le jour de la retraite, si on aime l’approche revenus, il n’y a qu’à vendre ses parts de fonds et répartir le tout sur des titres à dividendes… Au final, ça serait beaucoup plus payant.

Peu importe la technique d’investissement qu’on choisit, il faut éviter d’en faire un dogme strict ou de tourner ça en religion. En investissement comme dans tout, rien n’est noir ou blanc et vaut mieux rester flexible afin de s’ajuster aux inévitables changements qui affecteront notre avenir et l’avenir de nos sociétés.

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