DGI : pourquoi le payout ratio est important mais pas tant que ça…

L’investisseur DGI mise sur la croissance de son dividende. Si le dividende n’augmente pas d’année en année à un rythme plus rapide que l’inflation, la cie perd l’intérêt des investisseurs DGI et pour cause, car l’investisseur DGI veut tirer du « revenu » de son portefeuille et veut au moins protéger son revenu contre les ravages de l’inflation.

Une croissance saine du dividende devrait donc s’accompagner d’une croissance saine des revenus et bénéfices par action.

Mais comment fonctionne cette mécanique de hausse du dividende au fait?

En fait, le dividende est financé à même les profits par action de l’entreprise… et malheureusement, parfois, par des dettes.

Donnons un exemple.

Assumons que la cie fictive ABC inc se vend 100$ l’action, qu’elle a 100 actions en circulation et qu’elle verse 3$ par action en dividende et a des bénéfices par action de 6$.

On peut donc dire que :

  • Payout ratio = 50% (3$/6$)
  • Yield = 3%

La deuxième année, ABC inc augmente ses revenus de 10% sans utiliser de levier supplémentaire, sans procéder à des acquisitions douteuses, mais vraiment simplement parce que les clients aiment ses produits et servives et en consomment plus. Ses revenus par action sont maintenant de 6.60$ car le nombre d’actions en circulation demeure à 100 et ABC inc veut maintenir son payout ratio à 50%, elle verse donc 3.30$ de dividende par action.

Le dividende vient d’être augmenté de 10%, soit la même chose que ses revenus. Cool!

Voilà une croissance dite saine.

L’année suivante, les revenus de ABC inc augmente de seulement 1%. Le nombre d’actions en circulation reste à 100. Le bénéfice par action passe donc à 6.67$.

Le président d’ABC inc possède des stocks options et ne veut pas que le prix de l’action s’effondre. Il veut s’acheter un vignoble au Maroc et aimerait bien faire un beau coup d’argent. Il sait que les investisseurs comptent sur la croissance du dividende.

Il aimerait donc maintenir 10% de croissance du dividende et le hausser à 3,63$.

Deux choix s’offrent à lui.

Soit, il étend le payout ratio à 54.4% (3.63$/6.67$) mais ça fait un beau jump et ça risque de créer de l’inquiétude.

Soit il procède au rachat d’actions afin que les revenus par actions soient plus élevés et maintient ainsi le payout ratio à 50%.

Il pourrait aussi faire un peu des deux question de mieux « maquiller » la situation.

Dans les trois cas, on « camoufle » en quelque sorte la réalité. Les revenus n’ont haussé que de 1%… le dividende devrait suivre, au mieux.

En haussant le dividende plus rapidement que les revenus, on commence à gruger la marge qu’on s’était donné.

Le payout ratio est donc à suivre… mais à analyser.

La croissance du dividende d’une cie est-elle supportée par une croissance de ses revenus ou simplement par un programme de rachat d’actions (avec ou sans levier) et une expansion du payout ratio?

La croissance des revenus provient de quoi? D’ajout de dettes (levier/risque)? De fusions/acquisitions douteuses ou est-ce une croissance organique?

La croissance du dividende peut donner l’impression qu’une horloge arrêtée est en marche.. jusqu’à ce que le payout ratio devienne insupportable et que la croissance du dividende et le dividende deviennent un fardeau intenable.

Maintenant, il y a une autre partie de l’histoire que le payout ratio ne dit pas et je vais prendre l’exemple de Coke.

Coke a un payout ratio très élevé depuis quelques années.. épeurant serait le mot juste. Bien des investisseurs se tiennent à l’écart pour cette raison et je le comprends.

Mais je pense que les investisseurs à long terme pensent à trop court terme. Et je ne suis pas seul… Morningstar par exemple croit que le dividende est plutôt safe et devrait continuer de croître.

Coke est en train de revoir complètement son modèle pour le rendre moins « capital intensive » et compte faire passer sa marge de 23% à 34% entre 2015 et 2020 et son free cash flow de 18% à 27%.

En même temps, Coke travaille sur la croissance de ses revenus en faisant des acquisitions stratégiques qui s’enlignent avec la tendance des consommateurs.

Possible que ses plans échouent. Mais possible aussi que ses plans réussissent et pour l’instant l’avenir semble plus rose.

Coke vise ramener son payout ratio à 75%. C’est encore élevé, mais pour une cie mature comme Coke, ça reste un payout ratio raisonnable selon mon point de vue.

En effet, si 1$ retenu ne rapporte pas plus d’1$ en retour, mieux vaut retourner l’argent aux investisseurs pour qu’ils l’investissent ailleurs.

Évidemment, si Coke coupait son dividende demain le titre s’effondrerait. Le management le sait et ils font donc des efforts dans le but de préserver la légende.

Le payout ratio est une mesure importante, mais comme toutes les autres mesures, elle doit être mise en perspective.

Personnellement, je crois aux possibilités de Coke et j’ai donc acheté une centaine d’actions de Coke alors que le titre était plutôt en défaveur. Je suis à plus 10% so far.

Ceci n’est pas une recommandation d’acheter un titre ou de ne pas l’acheter. Je ne suis pas un expert et Coke peut bien se planter ben raide et être renversé par un fort mouvement de fonds… who knows? Sears a bien disparu de notre paysage non?

Mais ce que je suggère de retenir c’est que le payout ratio ne dit pas tout. Ce n’est qu’un indicateur parmi tant d’autres à regarder lorsqu’on essaie d’évaluer la certitude et la croissance du dividende futur.

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