Je voudrais parfois tout donner!

Ma tendre enfance:  Plus que nécessaire

Dans la vie en général, je ne suis pas une personne très matérialiste.  Je m’accommode souvent de la base et tout le reste représente pour moi un bonus, comme du crémage sur le gâteau en quelque sorte!

Pour résumer sommairement mon parcours, je suis issu d’une famille ouvrière – agricole de la classe moyenne.  Comme le veut la tradition, j’ai commencé  à travailler à un jeune âge.  Dès mes 6-7 ans, j’ai commencé à aider mon grand-père dans ses petits travaux estivaux sur la terre ainsi que dans son jardin.

Juste avant ma venue au monde, il y a une 30 aine de printemps, mes parents ont acheté une vieille maison de campagne de mon arrière-grand-père; Raoul.

C’était une vieille maison drôlement configurée et très mal isolée, avec du bran de scie et des poches de jutes dans les murs, mais nous nous en accommodions très bien à l’époque, surtout pour le prix payé!  Soit dit en passant, c’était la 3ème plus vieille maison de la paroisse.

C’est dans ce contexte que j’ai grandi jusqu’à mon adolescence.  Rien de très épatant et flamboyant certes, mais toujours 3 repas par jour, un toit sur la tête, des vêtements chauds et propres à porter et plus d’amour de ma famille que je n’aurais pu en demander!

En rétrospective, je n’étais vraiment pas à plaindre.  Sans avoir vécu dans le luxe ou l’opulence, j’ai toujours eu plus que le minimum, plus que la base.  Juste pour ça, je remercie ma bonne étoile d’être né au sein d’une famille aimante et dans ce pays.

Cependant, je suis conscient que ce n’est malheureusement pas tout le monde qui possède cette chance.

 

La pauvreté infantile:  Pauvres dans un pays riche

Fait étonnant, semble-t’il que 19% des enfants canadiens, soit 1 400 000 enfants, vivent dans la pauvreté.

Si on investigue davantage, on comprend qu’une grande proportion des enfants vivant dans un ménage en situation de pauvreté vivent dans les communautés autochtones (38%).  Le Nunavut (35%) est un territoire particulièrement touché par cette problématique ainsi que les provinces du Manitoba (29%) et de la Saskatchewan (27%).

Quant au Québec (16%), il fait un peu mieux que la moyenne canadienne, notamment compte-tenu de ses politiques, puisqu’il redistribue plus la richesse et aide davantage les familles, via les allocations familiales et les programmes sociaux, comparativement à d’autres provinces ou territoires.  J’imagine que cela résulte en quelque sorte de notre héritage judéo-chrétien en tant que Canadiens-français.

Bien évidement, ces mesures sociales ont aussi un coup fiscal important et ce n’est pas étranger au fait que nous soyons les plus imposés en Amérique du Nord.  Cependant, il faut faire des choix ou du moins, certains choix furent pris dans le passé et cela continue encore de guider nos politiques nationales et sociales!  Croyez-vous en avoir pour votre argent?

Ceci étant dit, derrière ces chiffres déroutants et plutôt ahurissants, se trouvent des êtres humains en chair et en os.  Je reste tout de même étonné par l’ampleur de la problématique compte-tenu que le Canada est quand même un pays que nous pourrions qualifier de riche.  C’est encore considéré comme une terre d’opportunité, où il fait bon vivre et un endroit de prédilection pour plusieurs milliers d’immigrants qui viennent s’établir ici chaque année dans l’espoir d’un avenir meilleur.

Se dire que 1 enfant sur 5 peut manquer de l’essentiel comme de la nourriture, je trouve que ça frappe réellement l’imaginaire et que ça nous remet bel et bien les pieds dans le réel.

Quoi de plus triste que des enfants qui ne sont même pas capable de déjeuner le matin avant de partir à l’école?

 

Antagonisme: Les bébés gâtés et la solidarité des plus démunis

En fait, ça replace drôlement les choses en perspectives lorsqu’on fait des scénarios pour estimer notre valeur nette future à savoir si on va valoir 400 000$ ou 500 000$ dans 5-10 ans ou alors lorsque notre gamin pique une crise au centre d’achat parce qu’il n’a pas eu son bonhomme en jouet à 80$ qu’il voulait tant parce que ses amis en ont tous un et que c’est dont ben tendance.  Tsé veux dire, en ce moment même, y’a probablement un petit gars dans le même centre d’achat que toi qui ne mange pas à sa faim à tous les jours, alors ton petit bonhomme en plastique boboche, fabriqué en Chine, qui ne sera plus à la mode dans 3 mois et qui va finir tout poussiéreux au fond du bac à jouet…  M’ouais.

Et pourtant, même en sachant qu’une panoplie de gens autour de vous se trouvent dans une situation précaire et ont une difficulté perpétuelle à combler leurs besoins de base, un combat de tous les instants dirons-nous, est-ce que cela vous empêchera de faire votre journée et de retourner à votre petite routine une fois que vous aurez terminé la lecture de cet article?   Bien sûr que non!

Après tout, nous sommes humains.  Nous pensons d’abord à nous et ensuite aux autres.

Certes, le malheur des autres nous touche et nous pouvons être empathique envers eux, mais pour bien des gens, tant que cela ne les concerne pas dans leur entourage immédiat et qu’ils ne sont pas confronté à cette réalité au quotidien, on passe à un autre appel et puis voilà!

Comme le dit l’adage populaire: Loin des yeux, loin du coeur.

Ça expliquerait peut-être pourquoi dans certaines situations, par solidarité, c’est ceux qui ont le moins, les plus démunis, qui sont les plus généreux envers des gens dans la même situation que la leur ou voire en situation encore plus précaire.  Parce qu’ils vivent et comprennent cette réalité comme nul autre.

Vous désirez faire une incursion, à partir du confort de votre foyer, dans l’univers de la pauvreté au Québec?  Vous pouvez jeter un oeil à ce documentaire que m’a déjà recommandé Mr. Jack.

 

Dormir la nuit: Entre fausse générosité et bonne conscience

Bon, soyons sincère un instant et disons nous les vraies affaires dans le blanc des yeux voulez-vous bien!

Bravo mais pas bravo pour les 2 cannes de macédoines et de petits pois passé date que vous avez remis à la guignolée ou pour les trois 25 cennes que vous vous êtes senti obligé de glisser péniblement dans la canisse du bénévole au coin de la rue.

Bon, on ne réglera pas tous les problèmes du monde avec ça bien entendu! * soupir *

De bonnes intentions c’est louable, mais sans actions, c’est vain et voué à l’échec si l’on veut changer des situations.  Et mettre une photo de profil avec le drapeau de la France en arrière plan, suite à un attentat terroriste dans ce pays, on ne peut pas dire que ça compte officiellement comme de l’aide!  Un égoportrait avec des locaux lors d’un voyage humanitaire organisé pour peindre la même école aux 2 semaines et vous donner un faux sentiment de bonne conscience, encore moins!

En somme, l’utilité d’un geste ne se mesure pas forcément au soulagement de notre conscience qu’il nous procure et à l’ampleur du bon sentiment intérieur qu’il nous génère, mais plutôt à ses résultats concrets, tangibles et durables.

Mais alors, dans quelle mesure devrions-nous aider?  Devrions-nous nous éprendre d’une mission de défense de toutes les causes sociales et des inégalités sociales?  Devrions-nous faire comme Sam Childers dans le film Machine Gun Preacher et partir en Afrique, mitraillette à la main, pour combattre les rebelles puis sauver des jeunes soudanais persécutés et laissés à leur sort par le reste de l’humanité parce qu’aucun pays n’a d’intérêt économique dans cette région du monde?  On réserve les billets d’avion tout de suite ou bien c’est trop extrême pour vous?

Une autre façon de faire pourrait aussi être de vivre et d’agir selon ses convictions et ses valeurs profondes pour être en symbiose avec nous-même et en adéquation avec notre esprit.  Pour ma part, je me fie beaucoup à mon jugement et à ma petite voix intérieure pour tenter de prendre de bonnes décisions. C’est cliché ou cul-cul certes, mais c’est ça pareil.

 

Miroir, miroir: Suis-je généreux?

D’un point de vue du minimalisme et de ma quête vers l’indépendance financière, je cherche davantage à me libérer des objets que d’en accumuler.  Tout d’abord, pour l’espace qu’ils occupent, ensuite pour ce qu’ils coûtent à posséder et à entretenir, et finalement pour les imprévus ou les tracas qu’ils causent.  Je pense alors que la vraie question à se poser ici c’est:  Qu’est-ce que j’aime?

J’aime marcher en nature, j’aime l’agriculture, j’aime la pêche, j’ai l’écriture, j’aime regarder des films, j’aime faire des soirées autour du feu ou de jeux de société avec des amis, j’aime les voyages, j’aime la bière artisanale, j’aime rendre service aux gens et j’aime ma famille (au sens large).  Je pense donc que le tout se résume plutôt bien ainsi.  Remarquez, ce ne sont pas des choses très dispendieuses pour la plupart.

Notez bien que la grosseur de mon habitation et mon moyen de transport, les deux plus importants postes de dépenses du budget de bien des ménages nord-américains, sont des éléments secondaires en soi et ne sont pas des déterminants directs de mon niveau de bonheur relatif. J’accorde une plus grande importance à ma liberté, à mon indépendance financière, qu’à des objets de valeur meublant mon quotidien.

En refusant les apparences et le matérialisme, ça pourrait donc expliquer pourquoi je ne me retrouve pas dans cette catégorie de monde malheureux que décrit l’interlocuteur de Patrick Lagacé dans cette chronique.

D’un point de vue personnel, financièrement parlant, pour ce que je me souviens lors de la dernière année, j’ai acheté un ordinateur à mes petits-cousins (700$), payé la déneigement à ma grand-mère (350$), acheté un four usagé à ma grand-mère (150$), payé un voyage à New-York à ma copine (300$) et donné 3 cordes de bois à un ami (300$).  Je ne sais pas si j’ai été généreux, car c’est difficile de s’auto-évaluer en toute objectivité!  Et puis sur quoi se baser?  Généreux par rapport aux hommes du même groupe d’âge que moi vivant dans ma région?  Généreux par rapport aux gens qui gagnent le même salaire que moi?  Généreux par rapport à ceux qui épargnent autant que moi?  Généreux par rapport aux autres membres de ma famille?  Qui sait.

Cependant, je constate que je n’ai pas vraiment donné à des causes en particulier ou à des gens de l’étranger, mais que j’ai plutôt tenté d’aider concrètement des personnes de mon entourage immédiat que je connais bien, que je fréquente et que j’affectionne depuis plusieurs années.  Cette générosité revêt donc certainement une part d’égoïsme, même si je n’ai pas d’attentes et rien demandé en retour de ces dons.

L’autre façon de donner, c’est au niveau de son temps.  Encore là, je n’ai pas fait de bénévolat auprès d’un organisme en particulier, mais j’ai donné un peu de temps, ici et là, à plusieurs reprises, à des gens de mon entourage lorsque j’en avais l’occasion.

Ceci étant dit, il y a clairement des limites, bien personnelles, que je ne franchirais pas.  Bien que je sympathise avec eux, je ne suis pas prêt à sacrifier une partie de mon intimité immédiate pour accueillir, à mes frais, dans une chambre de ma maison, un sans abris tout comme je ne prêterais pas gratuitement d’argent à un inconnu simplement parce qu’il me le demande…

 

Enfin, le monde est sauvé garçon atomique ou mission impossible?

En terminant, voici un extrait d’une scène de la série Fargo saison 1, qui m’a marqué, illustrant bien le dilemme moral d’altruisme extrême:

 

Ari Ziskind:  Un jour, un homme riche ouvre le journal. Il voit le monde rempli de misère.

Il se dit: «J’ai de l’argent. Je peux aider.»

Alors, il donne tout son argent. Mais ça ne suffit pas. Les gens souffrent encore.

Un peu plus tard, le même homme voit un autre article. Il comprend qu’il était stupide de penser que donner de l’argent était suffisant.

Alors il va chez le médecin et dit: «Docteur, je veux faire don d’un rein.»

Les médecins font l’opération. C’est un succès sur toute la ligne.

Après, il devrait se sentir bien, mais ce n’est pas le cas, car les gens souffrent toujours!

Alors il retourne chez le médecin: «Docteur, cette fois, je veux tout donner.»

Le médecin dit: «Qu’est-ce que ça veut dire tout donner?»

Il dit:  «Cette fois je veux donner mon foie, mais pas seulement mon foie. Je veux faire don de mon cœur, mais pas seulement de mon cœur, je veux faire don de mes cornées mais pas seulement de mes cornées, je veux tout donner. Tout ce que je suis. Tout ce que j’ai.»

Le docteur dit:  «Ton rein c’est une chose, mais tu ne peux pas donner tout ton corps, pièce par pièce, c’est du suicide.» Et il renvoie l’homme à la maison.

Mais l’homme ne peut pas vivre, sachant que les gens souffrent et qu’il peut aider, alors il donne ce qui lui reste: sa vie.

*On voit l’homme assis dans son bain avec un rasoir à la main.  Gros plan de caméra sur le mur de la baignoire avec l’inscription «donneur d’organes» et s’ensuit la vue d’une trace de sang giclant sur le mur.*

 

Gus Grimly: Et ça marche? Arrête-t-il la souffrance?

Ari Ziskind: Tu vis dans ce monde, qu’en penses-tu?

Gus Grimly: Alors il s’est tué pour rien?

Ari Ziskind: Il l’a fait?

Gus Grimly: Eh bien, je veux dire… Que dites-vous?

Ari Ziskind: Seul un imbécile pense pouvoir résoudre les problèmes du monde.

Gus Grimly: Oui, mais tu dois essayer, n’est-ce pas?

 

Et vous, pensez-vous que nous devrions tenter le coup?

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