Expliquer le capitalisme à un enfant

J’aurai bientôt à expliquer le capitalisme à mes enfants. Or, je pense que c’est Einstein qui disait que si l’on n’arrive pas à expliquer un concept à un enfant, alors on ne comprend pas ce concept.

Le capitalisme, c’est très complexe, on peut se perdre dans les écrits de Marx et les traités d’économie, de comptabilité et de lois pendant des mois sans en sortir avec les idées plus claires. Je ne parle même pas de l’argent, des devises, des politiques monétaires…

Je vais néanmoins tenter de résumer le capitalisme à sa plus simple expression, c’est-à-dire aux notions de propriété et de ressource. Car, à mon sens, tout découle de là.

Il y a quelque chose, une ressource, que je possède et il y a des gens qui ont besoin de ce quelque chose et qui sont prêts à donner ou faire une chose pour l’obtenir.

Au coeur du capitalisme, il y a donc des ressources. Ces ressources, on les appelle le capital.

L’objectif du capitalisme est simplement de contrôler et d’exploiter ces ressources afin d’en tirer des avantages personnels.

Prenons un exemple simple et retournons à l’origine du capitalisme, avant que toutes les ressources soient essentiellement conquises et possédées.

Imaginons que je sois affâmé et qu’en me promenant dans les bois à la recherche de nourriture, je tombe sur un petit bosquet naturel de framboises. Je ne connaissais pas ça avant et je trouve ça délicieux!

Il y a des framboises à profusion et j’ai faim. Il n’y aucune surveillance et aucun prédateur à l’horizon. J’ai trouvé une ressource.

Je me gave mais rapidement, je me rends compte que je ne pourrai pas manger tous ces fruits et qu’ils vont se perdre…

Or, je sais qu’il y a plein de gens affâmés. Je retourne donc au village avec des paniers bien pleins de framboises et je dis aux autres que j’ai des framboises à offrir et que c’est délicieux.

Le fondement du capitalisme une question de perception

Plusieurs personnes viennent à moi et veulent des framboises. Le premier qui prend une framboise et croque dedans, je lui donne un coup de baton! Je ne sais pas trop pourquoi sur le coup, mais je dis :

« Woah! Minute toi là! Ce sont mes framboises! Si tu en veux, il va falloir que tu me donnes quelque chose en échange! »

Et voilà que le capitalisme commence.

Le petit bosquet n’est pas différent d’hier. La différence, elle est dans ma perception de ce bosquet. J’ai décidé qu’il m’appartenait. C’est MON bosquet et ce sont MES framboises. La ressource est devenue MA propriété.

Je possède maintenant une ressource et je veux l’exploiter pour en tirer des avantages personnels. Je suis un capitaliste.

Les gens qui veulent des framboises se mettent donc à réfléchir à ce qu’ils pourraient faire pour en avoir.

Le libre marché et la force de travail

Un des villageois m’offre un couteau neuf contre 2 paniers. Je trouve que ça fait beaucoup et je lui offre 1 panier. Le libre marché vient d’être créé.

Un autre m’échange un panier contre de nouveaux vêtements puis un autre m’offre de faire le ménage de ma hutte contre 1/2 panier… on vient de commencer à échanger de la force de travail contre un objet de consommation.

Le lendemain, alors que tous mes paniers sont écoulés, je repars vers la forêt et je me rends compte que je suis suivi…

Le vol, les voleurs

Une ressource peut être volée. Il faut donc la protéger. Le concept de vol et de voleur vient d’être crée.

Je décide de retourner au village pour voir Bob les gros bras et je lui offre 5 paniers par jour pour protéger MON bosquet. Il accepte.

La rat race

Je viens de créer la rat race! Bob les Gros bras ne sera payé que s’il arrive à protéger mes framboises!

Tant qu’à y être, je me rends compte que je ne pourrai jamais cueillir toutes ces framboises seul, alors j’offre à 4 jeunes hommes 1 panier par jour chaque pour en faire la cuillette. J’ai maintenant des employés qui exploitent la ressource à ma place car c’est MA ressource.

Je paye un autre garçon pour qu’il éloigne les oiseaux afin qu’il ne mange pas mes baies.

Une partie du village échange désormais leur force de travail contre un produit de consommation.

Rapidement, Bob les gros bras est débordé par les voleurs et un de mes clients m’offre un chien de garde alors qu’un autre m’offre de bâtir une clôture autour de mon verger.

L’innovation et le risque de vendre sa force de travail

La valeur de gros bras vient de baisser. La clôture et les chiens sont de meilleurs gardes et j’avise gros bras que sa paye tombe à 1 panier par jour. Sa tâche est maintenant de nourrir le chien et d’inspecter la clôture en faisant des rondes.

Aujourd’hui nous avons des policiers et des lois pour faire ce travail.

Créer plus de richesses par la croissance

Une fois ma ressource sécurisée, je peux me concentrer sur le développement de sa valeur et penser à m’enrichir encore davantage.

Par exemple, plutôt que de vendre tous les paniers, je pourrais en garder certain pour les graines, faire abattre des arbres et agrandir mon bosquet. Après, je pourrai étendre mon marché et offrir mes framboises à d’autres villages.

La concurrence

Bob les Gros bras n’est pas content de son sort… passer de 5 paniers par jour à 1 panier par jour lui a fait mal. L’innovation ça fait perdre des jobs! Il faut s’adapter! Mais, je viens de tomber en zone de danger ici en ne gardant pas mon employé heureux.

Jusqu’à maintenant, il échangeait ses framboises contre des futilités mais après avoir réalisé qu’il pouvait planter les graines et avoir son propre bosquet, il se trouve un petit coin à l’écart du village et y démarre sa propre production en secret.

La concurrence est née.

L’arbitrage et la spéculation

Un des villageois futé se rend compte qu’il peut échanger un panier de framboises dans un autre village contre de la marchandise exotique, ramener cette marchandise au village et en tirer 5 paniers, puis recommencer son manège.

C’est bien moins compliqué que d’avoir à gérer une plantation et c’est drôlement payant.

Le futé villageois vient de découvrir qu’on peut faire un profit en faisant de l’arbitrage, soit en trovant un endroit où le même item peut être vendu plus cher qu’à l’endroit initial.

Les produits dérivés sont aussi des ressources

Évidemment, la saison des framboises ne dure qu’un temps. Mais, il y a des gens brillants!

Grand-mère me fait goûter un matin à sa recette de confiture. C’est délicieux et ça se conserve. Les gens vont se l’arracher!

Puis, Julius, le brasseur du village, décide un jour de transformer mes délicieuses framboises en vin arômatisé! Deux sous-produits viennent d’être créés à partir de ma ressource.

Julius et ma grand-mère gardent jalousement leur recette déjà populaire dans le village.

Sachant que la saison des framboises achève, qu’ils dépendent de moi et que moi je n’aurai plus de ressources jusqu’à la prochaine saison, je conclus un accord avec eux.

Je les fournis en framboises en priorité et en contrepartie j’ai droit à 50% de la confiture et du vin fabriqués avec la ressource.

En plus de se conserver, ces produits ont plus de valeur que la ressources elle-même.

Grâce aux produits dérivés, j’ai maintenant un contrôle sur 3 ressources.

La monnaie

Échanger des framboises c’est un peu compliqué… les framboises ne se conservent pas longtemps et perdent leur valeur. Ça se trimbale mal aussi.

Un autre futé villageois découvre que les gens sont omnubilés par leur parure. Il découvre un jour une carrière de pierres très jolies et plutôt rares.

Il vient lui-même de découvrir une ressource.

Désormais il se met à échanger tout ce qu’il veut posséder ou consommer contre ces petites pierres brillantes.

Naturellement, les gens se mettent ensuite à se les échanger. C’est beau, convoité, pratique à transporter.

Une monnaie rudimentaire est née.

Conclusion

Le capitalisme part du contrôle d’une ressource.

Cette ressource peut être naturelle, mais de nos jours elle est souvent plus complexe.

On créera par exemple une oeuvre unique, un produit ou alors on contrôlera un lieu immobilier ou des actions. Sur le web, on se bat pour le contrôle du trafic!

Plus une ressource est rare, plus elle est convoitée, plus elle a de valeur.

Les ressources qu’on possède peuvent être échangées ou vendues. Mais une chose est certaine, si on ne contrôle pas de ressources, on n’est pas un capitaliste.

On se retrouve alors coincé dans la rat race et dans un rôle de consommateur. On échange sa force de travail contre les produits tirés des ressources d’un capitaliste.

Celui qui veut devenir riche ne doit donc pas viser accumuler de l’argent, qui n’est au fond qu’une monnaie d’échange à valeur variable. Il devrait plutôt oeuvrer à accumuler des ressources.

Une façon simple aujourd’hui de contrôler une grande variété de ressources, c’est d’acheter des actions de grandes cies.

Les grandes cies possèdent les ressources et les moyens de production.

Une action donne en général droit à une portion des profits et à un vote. En étant actionnaire, on devient donc automatiquement copropriétaire des ressources et des moyens de production et on a droit à notre part des profits.

Voilà, les bases du capitalisme sont en place.

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