Mon chien est mort (littéralement)

AvertissementCeci n’est pas un article sur les finances personnelles.  Je partage tout simplement une tranche de vie, une partie de mon deuil, pour vous parler de ce qui compte réellement pour moi, quelque chose que l’argent ne peut pas acheter ou remplacer; la vraie richesse provenant de ceux qui nous entourent et que nous aimons.

 

Après une nuit à gémir et à tourner en rond, endolorie, incapable de se coucher au sol afin de s’assoupir, aux petits matins et non sans peine, avec le trémolo dans la voix, j’ai pris la décision d’appeler la clinique vétérinaire du coin pour prendre un rendez-vous la journée même pour la porte d’accès vers l’Ultime Voyage.

On m’annonce alors que c’est à 12h30 que sera définitivement fixé le sort de ma compagne canine des quatre dernières années.

Je raccroche alors le téléphone et quelques larmes me montent aux yeux.  Je fais signe à ma chienne Maïka, une labrador croisé danois de couleur noir, de s’approcher.  Je la caresse lentement.  Je le regarde et je croise son regard livide.

Depuis quelques jours, j’avais bien remarqué qu’elle n’avait plus la même énergie, la même fougue et l’entrain de ses beaux jours, mais une partie de moi refusait toujours de le croire et d’admettre l’évidence.  Au plus profond de moi, je savais que ce jour allait arriver et plus rapidement que j’étais prêt à l’admettre.  C’était une question de temps.  C’était inévitable!

Mais merde, pourquoi maintenant!  Pourquoi en ce beau samedi matin?  Ne pourrais-je pas encore passer quelques jours, quelques semaines ou quelques mois avec elle à marcher en forêt, jouer à la balle ou dormir à ses côtés?

Il semble que le sort n’en veuille pas ainsi, que le destin ne voit pas ça du même oeil.  Et puis, elle souffre.  Elle a perdu du poids, sa respiration est plus difficile, elle mange moins, elle a de la difficulté à se coucher et à monter les marches, alors pas d’autres choix.  Il faut aller de l’avant pour abréger ses souffrances rapidement.  On lui doit bien cela et ce serait égoïste de notre part de faire durer son calvaire seulement parce que nous nous refusons à l’idée d’accepter de la laisser partir avec toute la tristesse que cela nous engendre.

De facto, j’envoie un texto à ma copine pour l’aviser de l’heure du rendez-vous et elle me dit de passer à son travail avant.

Il est alors 9h30 du mat et je n’arrive pas à penser à autre chose…  Je pense à sa moulée Acana que je lui ai acheté il y a deux semaines pour qu’elle aille de la bonne nourriture à se mettre sous la dent, le plus grand plaisir de ces estomacs sur quatre pattes!  Je lui en verse un bon grand bol et j’ajoute quelques gâteries Nutribites qu’elle s’empresse alors d’avaler.

Je pense aussi au grand Vide que son départ laissera au sein de notre famille.  Nous avons un gros chat adulte très colleux que nous appelons affectueusement notre baleineau, mais tout de même Maïka apportait une dynamique et une synergie différente à cette famille.  Ce ne sera définitivement pas pareil sans elle!

Je culpabilise aussi un peu et je pense aux fois où j’ai dû la laisser, l’abandonner, dans sa cage lorsque nous quittions la maison pour éviter qu’elle ne fasse la tornade dans la maison.  Si seulement j’avais pu l’amener avec moi à toutes les fois que je partais au champ…

C’est vrai que ce n’était pas facile de gérer ses problèmes d’anxiété de séparation au quotidien.  J’en veux parfois aux anciens propriétaires de ne pas avoir pris soin d’elle, de ne pas avoir pris le temps de l’éduquer convenablement et surtout de l’avoir abandonné comme un objet sans valeur, comme on jette ses vieilles chaussettes aux vidanges ou qu’on refile ses problèmes à d’autres, car c’est sur kijiji qu’on la trouva.

D’ailleurs, le jour même que nous allions la chercher elle s’était fait arroser par une moufette la veille… Je ne vous raconte pas le plaisir du super trajet de retour de 1h30 en voiture avec les vitres ouvertes!

Mais voilà, d’un autre côté, je suis heureux d’avoir pu lui donner un seconde chance en quelque sorte, un deuxième temps de sa vie.  Ah, il faut dire qu’elle ne nous a pas rendu la tâche facile à tous les jours.  Comme rien d’autre, elle a néanmoins toujours réussi à me faire sentir moins triste lors des journées plus difficiles au travail ou avec cette saleté de mal de dos chronique…

Le temps file et l’heure avance.  Arrive 11h.  Je saute rapido presto dans la douche. J’enfile ensuite ma seule paire de jeans et le premier t-shirt qui me vient sous la main.  Bon, il faut y aller la Grosse!  Celle-ci ne comprend pas ce qui se passe, mais est contente d’aller faire un tour de voiture.  Ça a toujours été un plaisir pour elle.

Je l’attache sur le siège arrière de mon V.U.S. tombant en décrépitude et nous voilà parti. Premier arrêt: lieu de travail de la copine.  Je m’y rends et elle vient me rejoindre.  Elle monte dans mon véhicule, l’air abattu, et me dit qu’elle a pris des arrangements à son travail pour pouvoir se libérer temporairement.  Elle flatte un peu la chienne et nous partons en direction de la clinique vétérinaire sans trop discuter durant le trajet, l’ambiance tendue, retenant tous deux nos émotions.

Quelques instants plus tard, nous voilà arrivé à destination.  Nous avons même quelques minutes d’avance.  La façade du bâtiment semble plutôt terne, d’un gris peu enthousiaste.  M’ouais, voyons voir.  Nous entrons sans savoir à quoi ressemble la place de l’intérieur.  Étrangement, à première vue, on dirait davantage une boutique de vente de nourriture et d’accessoires pour animaux qu’une clinique vétérinaire!  Bon, il faut dire que je fréquente rarement ce genre d’endroits et c’est peut-être commun, enfin bref…  Je m’avance au comptoir.  La jeune femme prend mes informations, me fait signer un papier, me parle brièvement de la procédure et me fait payer.  Elle confirme avec moi que nous désirons bel et bien assister à l’euthanasie de l’animal.  J’acquiesce.  Après, vient le temps de peser l’animal.  Je tente alors une blague un peu maladroite afin de détendre l’atmosphère et je dis à Maïka de vider ses poches avant de monter sur la balance.  Ma copine esquisse un sourire.  C’est toujours ça de gagné.

Par la suite, on nous envoie patienter dans une petite salle assez lumineuse où se déroulera sa mise à mort, parce que oui, c’est ce que c’est.  Nous patientons durant de longues minutes avec notre animal que nous flattons et tentons de rassurer.  Celle-ci est intriguée par les odeurs et les bruits qu’elle entend.  Nous tentons tant bien que mal de retenir nos larmes, mais ce n’est pas facile.  Je sais cependant que pour le bien des procédures, il est important que nous restions tout de même en contrôle de nos émotions, même si la douleur est vive et que le moment fatidique approche.  Nous sommes dans les derniers instants et nous ne pouvons plus reculer.

Arrive 12h55 et on cogne à la porte.  La technicienne vétérinaire entre et prend le temps de nous expliquer le déroulement de la procédure dans son ensemble au niveau des injections.  Elle arrive avec la première injection pour relaxer l’animal.  Elle tente de piquer dans la fesse, mais Maïka, bouge trop et ne veut rien savoir d’elle.  Elle doit se demander c’est qui ça et pourquoi diantre elle veut me piquer une fesse!  La jeune femme  revient deux minutes plus tard avec un homme pour l’aider, mais celui-ci ne semble pas trop savoir comment s’y prendre avec cette chienne un peu capricieuse.  Ils lui mettent la muselière par précaution.  Je lui dit alors de se tasser.  Je vais vers elle et je la tiens fermement en la rassurant, en lui disant de rester tranquille et que ça va bien se passer.  La technicienne s’approche et réussi la piqûre cette fois-ci.  Elle quitte en nous mentionnant qu’elle reviendra dans une 10aine de minutes pour l’injection finale.

Nous nous assoyons alors sur le plancher, à côté de notre chienne qui commence rapidement à tomber dans les vapes.  Nous l’encourageons à se coucher au sol et elle fini par le faire. Nous lui caressons la tête et sa respiration ralenti graduellement.  Elle semble maintenant tomber dans un état second et ses paupières se ferment un peu.  À ce moment-là, elle ne semble déjà plus souffrir.  C’est une libération.

La technicienne revient alors pour la deuxième injection.  Elle lui tond une partie de la patte et y enfonce l’aiguille.  Elle commence à injecter le liquide de la mort et avant même qu’elle aille terminé de déverser son contenu dans les veines de l’animal, Maïka cesse de respirer.  Elle est morte.

Arrive ensuite le vétérinaire, un nerd un peu maladroit, oubliant le nom de la chienne au passage, qui vient constater la mort de l’animal.  Il nous offre malhabilement ses condoléances et repart en nous disant de prendre tout notre temps.  M’ouais, quelle tronche celui-là!  Je m’en serais bien passé.

Ma conjointe prend encore quelques temps, caresse le corps de notre défunte chienne pour une dernière fois, lui dit aurevoir et nous quittons la pièce.  Avant de partir, on nous remet un certificat de décès.

Allez, 13h30, on quitte définitivement la place.  Retour au travail difficile pour ma copine pour le reste de la journée, mais bon…

J’invite quelques amis à venir passer la soirée chez moi pour nous changer un peu les idées.  Du barbecue, un feu, quelques discussions.  Dans le contexte, c’est sympa.

Allez hop, arrive la fin de soirée et faut aller se pieuter!

C’est la fin d’une journée riche en émotions.

Je vous écris ces lignes alors que le chat, notre baleineau, est couché sur mon bureau de travail, tout juste à côté de mon clavier, en faisant la guidoune pour se faire flatter le ventre.  Ça ne permet pas de tout oublier et ça ne soulage pas entièrement la douleur ressentie, mais ça m’aide à garder à l’esprit qu’il y a encore malgré tout des êtres vivants remplis d’amour dans ma vie et que je dois continuer mon petit bout de chemin avec eux à mes côtés pour qu’on s’en sorte et pour que la vie vaille la peine d’être vécue.

Ce n’est pas pareil sans elle, mais on finira par s’y faire.  On ne l’oublie pas et on ne l’oubliera jamais, mais la vie continue, la vie DOIT continuer.

Les êtres peuvent disparaître, mais les souvenirs demeurent.

Ce n’était pas le meilleur chien du monde, mais c’était mon chien et je l’aimais, de tout mon coeur!

Maïka, repose en paix.

Image courtesy of James Barker at FreeDigitalPhotos.net

5 Comments

  1. BarbeRiche
  2. Catherine

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