L’homo responsabilis en crise

Jeunes, peu d’entre-nous avons des responsabilités. Ohh… peut-être nourrir le poisson rouge ou arroser la plante de la classe…

Maman ou papa fait les repas, lave les vêtements. Papa entretient la maison ou vice-versa. Les parents s’assurent qu’on a un toit au-dessus de la tête et à manger dans le bedon.

La vie est simple.

Puis on grandit et on commence à avoir des responsabilités, de plus en plus de responsabilités, tellement de responsabilités que plus de 62.57 pillules d’antidépresseurs par habitant sont « popped » chaque année au Québec!

Nous sommes environ 8.4 millions de Québécois, un calcul rapide nous apprend donc qu’environ 526 millions de pilules d’anti-dépresseurs sont avalées et rejetées en parties dans les cours d’eau du Québec chaque année! Les poissons doivent être heureux en ta…!

Tu te lèves après 4 heures de sommeil entrecoupé de plusieurs réveils dus au stress et à l’anxiété, vite une douche, ma p’tite pilule, un grand 2×2 au Tim, on se grouille à aller porter les enfants que j’ai eu avec mon ex et le p’tit de ma nouvelle dans deux garderies différentes. Merde… trafic et à 9h je dois faire une présentation à la haute direction. Ensuite j’ai 3 clients difficiles à rappeler. Faut pas oublier le rendez-vous du p’tit à Julie chez le dentiste à soir et faut dropper mes kids chez la mère de mon ex mais elle ne peut pas avant 19h30. On fait quoi le week-end prochain? Ahh oui, la toilette coule… merde les impôts aussi ça urge on est rendu presqu’en septembre!

Chaque jour est une incessante course. Les responsabilités s’empilent et s’empilent et on n’en vient plus à bout, ça devient juste trop jusqu’au point où les tites pilules et le café ne sont plus suffisants…

Un soir, Julie t’annonce qu’elle n’en peut plus de cette vie, qu’elle te quitte pour JF, un gars qui la fait rire à sa job. Il a 4 enfants de 3 femmes différentes, une maison à vendre avec son ex… d’ailleurs faut que tu répares la toilette sans faute parce que là, Julie veut sa part pour acheter une nouvelle maison avec JF et t’as pas les moyens de soutenir l’hypothèque seul.

Le lendemain matin au bureau, t’as l’air d’un zombie et ton boss demande à te parler.

« Tu sais, stresses pas avec ça, mais le monde bouge vite de nos jours et l’entreprise a décidé d’investir massivement dans l’intelligence artificielle, le machine learning et toutes ces patentes à gosse là… d’ici un an, notre départemement ferme… peut-être avant. Ça va être bon pour l’entreprise! Moi… j’m’en vais à la retraite anyways alors ils peuvent ben faire ce qu’ils veulent. »

Tu prends quoi là? Je veux dire, après les anti-dépresseurs, le café, une tite bière… ah ben oui, notre gouvernement pense à nous, il légalise le pot sous peu!

L’homo responsabilis est en crise.

Nous avons créé ce monde de performance, de vitesse, ce monde exigeant. Nous alimentons le monstre chaque jour.

Bâtir de la stabilité dans ce monde devient difficile. Rester en couple avec la même personne plus de 7 ans n’est plus la norme mais une bizarrerie sociale. Ne pas confier ses enfants à une garderie n’est plus la norme, mais un affront à l’humanité.

J’ai un collègue qui vient de s’acheter une maison poubelle à 450k dans l’ouest de l’île de Montréal. Il gagne 79k par an et sa femme 56k.

Je lui dis… mon gars, es-tu fou? Il me dit bah au pire je revends, le monde paye 600k pour des maisons à sacrer par terre dans ce quartier là. Le pire, son move est peut-être pas si con. Le prix des maisons augmente tellement vite depuis quelques années qu’avec un peu de chance, il fera 100k de profit en 2 ans.

Je lui dit « Tu faisais quoi de tes week-ends? »

Oh on chillait, on habitait sur le plateau… resto, p’tit bar, promenade sur le Mont-Royal.

Et là… promenade chez Home Depot et bizounage sur ta chiotte?

Ouep…

Une homme de mon quartier s’est suicidé il y a quelques mois. Il avait de jeunes enfants en bas âge. Sa nouvelle blonde lui a annoncé qu’elle le quittait. Deux séparations en peu de temps. Une maison vidange avec une grosse hypothèque sur le dos. Une job qui en exige toujours plus et qui redistribue les tâches abandonnées par ceux qui partent à la retraite au lieu d’engager.

Son câble a peté. Triste histoire. C’est fréquent… bien plus qu’on ne le pense.

Selon l’INSPQ, le taux de suicide chez les hommes est passé de 22 par 100000 habitants à 30.7 entre 1976 et 2001 au Québec, puis en 2014, il se situait à 20.4. La moitié des suicides se produisent dans le groupe d’âge des 30 à 49 ans.

Entre 2012 et 2014, on estime que 32.7 hommes par 100000 habitants âgés de 45 à 64 ans se sont suicidés. À cela s’ajoute 24.6 hommes par 100000 habitants dans la tranche des 25-44 ans.

Nul doute que la période du 30-45 ans en est une difficile pour l’homme Québécois qui souvent se retrouvera devant peut-être plusieurs échecs auxquels faire face simultanément.

C’est une période de la vie lourde en responsabilités et souvent une période de grande remise en question.

Comment s’en sortir?

En prenant sa vie en main. En focussant sur l’être au lieu de l’avoir. En ne se mettant pas trop de responsabilités sur le dos telles qu’une maison vidange ou une grosse hypothèque qui nous dévorent vivant. En limitant ou en évitant l’endettement lié à la surconsommation… en épargnant pour se donner du buffer.

Nul doute que le stress financier fait partie des causes les plus importantes de séparation et d’anxiété.

La vie peut alors sembler plus verte chez le voisin qui apparait plus zen et en contrôle.

Le minimalisme, la simplicité volontaire, tenter d’atteindre la liberté financière à un jeune âge sont autant de façons de réduire son niveau d’anxiété et de reprendre le contrôle de sa vie.

Nos possessions peuvent littéralement finir par nous posséder si on ne fait pas attention.

Dans 8 mois, je vais vivre l’expérience d’habiter dans ma roulotte de camping une bonne partie de l’été, d’y travailler aussi.

D’ici là, il va me falloir faire le tri de mes possessions et ne conserver que ce qui apporte une réelle valeur à ma vie. Je pense que ça aidera à réduire mon niveau de stress et d’anxiéte qui suit une pente descendante depuis quelques années si je fais le bilan.

Avoir des épargnes de côte, ma maison que j’achèverai bientôt de payer… tout ça aide à être plus zen.

Nous sommes riches ici. Le stress financier ne devrait pas exister ou si peu.

En effet, pendant qu’on jette plus de 50% de notre bouffe, plus de 820 millions de personnes crèvent de faim.

2 Comments

  1. Julien

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