Le danger de manquer de motivation intrinsèque

À l’état naturel, un enfant fera en général ce qui lui plaît. Puis, culturellement, on le conditionne avec des punitions/récompenses à faire ce que l’on veut qu’il fasse, à le faire rentrer dans le rang.

Il se met alors tranquilement à faire ce qu’il doit.

Notre société est fortement axée sur la méthode d’apprentissage par contraintes et récompenses ou méthode behavioriste. C’est un fait.

De l’organisation de la garderie à l’école, jusqu’au monde du travail, toute notre vie devient organisée en fonction de ce qui est attendu de nous et les « punitions » et/ou « récompenses » fusent de toute part pour nous y contraindre.

De l’enfance à l’âge adulte, on se fait « forcer » des comportements. On nous inculque comme « vraies » des tengeantes et principes de vie (il faut être bon à l’école, obtenir un diplôme et dénicher un bon emploi dans lequel on gagnera beaucoup d’argent, il faut prendre sa retraite à 65 ou 67 ans etc…).

On essaie en fait de tuer une bonne partie de la motivation intrinsèque naturelle des gens. On les civilise. On les domestique.

La motivation intrinsèque, c’est cette capacité à faire des choses spontanément ou non, de façon planifiée ou non planifiée en se reposant sur notre moi interne sans donner de poids (ou si peu) aux facteurs externes.

En contrepartie, la motivation extrinsèque s’appuie sur les autres pour diriger le comportement.

Des exemples concrets?

Les gens recherchent des fonctions « prestigieuses » et les voient comme des idéaux de succès à atteindre.

Les gens passent plus de 60 à 80 heures par semaine (routine de préparation, transport et relaxation inclus) à travailler pendant l’essentiel de leur vie.

La majorité des adultes ne savent pas jouer… s’ils font quelque chose, il doit y avoir une raison, une récompense, une compétition, un plan…

Toutes les modes… Les gens veulent être comme les gens au lieu d’être leur propre version d’eux-même. Je veux dire.. quand t’as le bras tatoué à l’os et une barbe du capitaine Haddock… t’es pas trop original… t’as plus l’air d’un suiveux.

Les parents qui habillent leurs enfants comme des cartes de mode et qui se plaignent que ça coûte cher un enfant.

Et si je prends un exemple concret de ma vie, je pourrais parler de l’écriture.

J’adore écrire… lorsque c’est désorganisé, lorsque je peux créer un texte sans pression, sans chercher à obtenir des lecteurs, à ce que le texte soit apprécié, sans chercher à plaire ou à faire de l’argent…

Mais, dès que « les autres » entrent en ligne de compte, écrire devient une tâche ennuyante qui me déplait. Que je doive les divertir, véhiculer des idées qui plaisent au plus grand nombre ou encore attirer du trafic ou faire de l’argent, le plaisir d’écrire devient déplaisir.

À la limite, je pourrais finir par détester écrire et ça m’arrive invariablement plusieurs fois par an dès que je tente de m’imposer des sujets, un rythme et dès que je vise à obtenir des résultats chiffrables.

Ce mode d’éducation crée à mon avis beaucoup de confusion chez l’individu et l’asservit.

Le danger réside dans le risque de perdre toute motivation intrinsèque. On finit par ne faire les choses que parce qu’elles « doivent » être faites sans y prendre un réel plaisir.

Et on se met à mélanger des concepts importants ou à faire des associations irrationnelles telles que succès égale x ou bonheur égale x + y + z (mariage, fonction prestigieuse et payante, posséder des biens beaux et luxueux = succès = bonheur)

Ce genre de personnes (plus communes que l’on ne le croit) tombent dans les pièges du carriérisme par exemple et ceux de la surconsommation. Ils associent le bonheur à des choses futiles et complètement déconnectées comme la possession, le prestige du rôle.

On « possède » alors une femme, des enfants, une maison, un rôle social … et on se sent misérable alors qu’on pensait que ça nous rendrait heureux. On est simplement en train de passer à côté des 3 plus importantes choses de la vie, des choses naturelles qui ne s’achètent pas (la liberté de son temps de vie, l’amour réel et véritable, la santé).

Ces gens vivent alors la crise de la quarantaine ou alors ils arrivent à la retraite et passent en général par une phase d’euphorie, se mettent à participer à des activitées organisées de groupe (cours, voyages avec guide ou fortement planifiés etc), puis passent par une phase de ménage/rénovation de leur logis, puis tombent en dépression… et/ou éventuellement en quête d’un nouveau travail car la retraite les ennuie.

Ils ont perdu de cette motivation intrinsèque fort utile qui permet de prendre plaisir à faire les choses (ou ne pas les faire) sans se soucier de ce que les autres (la société et les concepts acceptés comme vrais) en pensent ou pourraient en penser.

Warren Buffett traite de ce concept en parlant de « inner scorecard » vs « outer scorecard ».

Il est difficile aujourd’hui de maintenir une « inner scorecard » forte. Tout nous pousse à succomber. Tout nous pousse à adopter des comportements associés à la outer scorecard et avec les réseaux sociaux, la publicité personnalisée, il semble que ce phénomène s’amplifie. Les gens vivent pour le regard d’autrui, les likes.

Je pense aussi que la garderie en très bas âge, où l’on apprend et privilégie la vie de groupe, la suppression de l’individualité dans un but plus vaste de cohésion de groupe contribue fortement à ce phénomène.

Et tant qu’à moi, Facebook, instagram etc… ça devrait être 18 ans et plus… de mettre autant d’emphase sur le regard de l’autre alors qu’un individu construit sa personnalité ça me fait un peu peur… L’objectif est-il devenu de plaire à tous?

Conclusion

Jeune, je me faisais régulièrement rejeter des groupes. Mes parents mettaient aussi une certaine pression pour que je développe mon individualité et ma force de caractère en évitant de me faire faire les choses parce que les autres les faisaient ou parce que c’était populaire.

J’en ai quelque peu souffert étant jeune.

Tout le monde écoutait le hockey, avait un Nintendo, des jeans Levis, des souliers Nike etc et moi je n’avais rien de tout cela et je me faisais éjecter des groupes subltilement ou clairement en grande partie à cause de cela.

Mais, aujourd’hui, bien des années plus tard, je réalise que sans cela, il ne me resterait que très peu de motivation intrinsèque. Et sans elle, je serais probablement une personne bien différente pour le meilleur ou pour le pire.

Bien que ça soit à contre-courrant, je vise par exemple une retraite jeune.

Bien que je gagne bien ma vie, je conserve une maison et une voiture modestes et je ne tire pas de réel bonheur du prestige de ma fonction. Elle est pour moi un outils me permettant d’atteindre plus rapidement mes objectifs financiers.

J’ai l’amour, il me reste de la santé mais je dois faire attention, il me faut maintenant encore bûcher pour récupérer mon temps.

Le chemin de l’épargne est long et ennuyeux… mais il mène lentement mais sûrement à bon port.

Reste que sans certe forte motivation intrinsèque qui m’anime, je ne crois pas que je me serais engagé dans cette voie, ni même que j’aurais réussi à tolérer ses difficultés.

À propos du bonheur, je lisais une citation cul-cul récemment, peinte sur des bouts de bois flottés et vendue 29.99$ comme décoration dans un grand magasin :

Happiness is not a destination. It is a way of life.

Elle m’a rappelé que si j’avais plus de motivation intrinsèque, je ferais probablement des choix plus drastiques… mais, moi aussi j’ai été domestiqué.

4 Comments

  1. BarbeRiche
  2. BarbeRiche

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