Que ferais-tu avec un montant d’argent illimité?

Ceci est le 500ème article de ce blog. Wow! Je ne m’en rendais pas compte. Le temps passe…

voici l’article :

Dans cette société, la principale motivation de tout un chacun est de gagner de l’argent, idéalement beaucoup d’argent. Nous y passons l’essentiel de notre vie d’adulte.

Normal, l’argent est le pouvoir et tout coûte de plus en plus cher et ça risque de s’accélérer (ressources finies, population en croissance aux désirs « infinis »).

Jeune, on commence déjà à nous demander « Qu’est-ce que tu veux faire plus tard? ». Et la plupart du temps, l’enfant répond qu’il veut faire un travail « cool » comme Youtuber, Gamer professionnel (eh oui vive le 21è siècle). Nous on disait archéologue, pompier, policier, astronaute, inventeur…

De façon générale, les jeunes veulent faire un travail qui fera une différence. Sauver les gens, les influencer positivement, inventer ou découvrir de nouvelles choses etc…

Mais, adolescent, les gars surtout je pense, commencent tout à coup à regarder ce qui est payant et qu’ils pensent qu’ils aimeraient faire plutôt que ce qui les allument réellement. Soudeur? Mineur? La construction, parce qu’ici au Québec ça paye… Médecin, pharmacien, comptable, ingénieur pour les intellos, travailler dans une shop…

L’argent vient forcément teinter nos choix.

Moi par exemple, j’étais un petit garçon serviable. J’aimais rendre service. J’ai rendu service à pas mal de gens dans ma vie. Peu m’ont rendu la pareil. Mais, j’aimais rendre service.

Ado, je voulais aider la communauté et je me disais : je veux gagner 50,000$ par an (il y a 20 ans), avoir un bungalow, deux enfants et mener une petite vie tranquille.

Je suis donc allé étudier en relation d’aide. Et j’ai aussi travaillé dans ce domaine. Les horaires étaient terribles, les garanties salariales pourries, les emplois payants précaires. Il me fallait deux jobs sur appel pour arriver à faire une paye décente et les deux avaient des temps morts de deux ou trois mois par an.

C’était ça ou « aider » au privé avec des conditions salariales médiocres en travaillant pour un organisme communautaire. Rendre service et faire beaucoup d’argent c’est pas super compatible.

Il y a une différence entre offrir ses services et rendre service.

Le communautaire, ça m’intéressait et m’interpellait beaucoup. Je voulais aider et faire une différence. Mais gagner 8$-12$ de l’heure (à l’époque) avec un bac… ça ça ne m’interpellait pas du tout.

Il semble que ce domaine ne me permettait que de réaliser l’une des facettes de mon plan : faire un travail qui fait une différence dans la vie de gens.

Mais avec ce travail, je pouvais dire adieu pour longtemps au bungalow et avec les horaires, à la vie de famille saine potentielle.

Déjà à l’époque, je m’étais aussi vaguement promis de prendre ma retraite à 45 ans. Et avec les revenus du communautaire, ça allait s’avérer difficile.

J’ai fait un changement de carrière à 24 ans, après à peine 4 ans et demi à travailler dans mon domaine. On disait qu’il fallait en moyenne 10 ans pour avoir une permanence à l’époque (et donc horaires plus stables, fonds de pension et avantages sociaux, échelles salariaux).

Je ne voulais pas attendre tout ce temps. Et puis, malgré mon intérêt à aider, le travail me pesait lourd. Vivre au quotidien avec des gens qui ont des problèmes lourds et peu/pas de volonté de changer… ouf. Je pense que j’aime aider les gens qui se prennent en main et veulent s’aider…

Je me suis alors demandé : « Qu’est-ce qui a le potentiel d’être payant et qui ne demande pas un nouveau diplôme universitaire? »

La finance… l’assurance surtout.

Et je me suis alors lancé à la poursuite de mes autres rêves en me disant, la stabilité et l’argent vont me permettre d’avoir le bungalow, deux enfants, une retraite jeune, une vie tranquille, des horaires stables.

J’ai décidé de laisser de côté mon envie d’aider pour me consacrer à bâtir MA vie.

Mais la finance… l’assurance, ça m’ennuyait rapidement. J’avais l’impression de vendre de l’air, de vendre une protection contre l’inexistant et l’improbable et les gens me traitaient comme tel.

Je me rappelle encore d’un client qui m’avait appelé pour une soumission pendant qu’il était littéralement assis sur la toilette à besogner… super! Il m’a dit « dans l’échelle sociale, t’es en bas du concierge, de l’éboueur, du gars qui vide les fosses septiques… pour moi c’est là que se situe un agent d’assurance. Puis il a flushé la bol et m’a flushé en même temps… » Très gratifiant.

Je travaille en finance depuis plus de 13 ans déjà et je peux dire une chose, je n’ai jamais retiré beaucoup de gratification ni une grande fierté à faire ça. Les gens ne reconnaissent pas vraiment la valeur qu’apporte mon travail et en plus c’est un domaine où la bullshit corpo est constamment omniprésente, justement parce qu’il faut constamment rappeler aux employés la valeur de leur travail (et non ce n’est pas de rapporter beaucoup d’argent aux actionnaires selon eux… évidemment…).

Je suppose qu’en assurance j’ai quelque part « aidé » des gens pour qui les risques se sont malheureusement réalisés. Mais comme on ne met pas en commun les ventes et les réclamations, comme beaucoup d’assurances dans ce domaines sont vendues en centre d’appel par, bien souvent, plusieurs agents différents (un qui fait la soumission, l’autre qui close quand le client a assez fait le tour des prix), on ne sait même pas si ce qu’on a vendu à servi à quelque chose ou pas… On ne peut pas mesurer l’impact qu’on a réellement eu. Alors on mesure son nombre de vente et on essaie de se dire qu’on est bon.

Ce n’est pas un domaine qui me passionne. Mais au fil des ans, j’ai changé souvent d’emploi dans ce domaine pour au moins me stimuler par d’autres aspects du travail. J’ai cherché à me retrouver dans des tâches et positions qui me permettaient de mesurer le réel impact de mon travail et de le voir au quotidien.

Ça a gardé mon intérêt suffisamment vif, surtout parce que les changements d’emplois étaient accompagnés de belles hausses de salaire, pour que je tienne le cap.

Ce projet d’atteindre la liberté financière rapidement m’aura aussi beaucoup aidé à tenir le coup au cours des 5 dernières années.

Mais, j’ai perdu quelque chose au passage… je ne sens pas que je m’accomplis ou que j’accomplis quelque chose d’important. À la limite, je n’ai même plus cette soif d’accomplir quelque chose qui fait une différence auprès des gens, de la communauté.

Je suis devenu indifférent… individualiste… centré sur mon petit projet personnel, celui de sortir de ma petite cage aux barreaux dorés pour avoir enfin le temps et l’argent, du moins, assez d’argent pour m’approprier mon temps.

Je suis devenu égoïste. Ce qui compte c’est moi, mes épargnes, ma liberté, mon projet, ma famille.

Je me sens pris dans une peine de prison qui s’éternise. J’ai hâte, de plus en plus hâte à la liberté conditionnelle…

Pourtant, je n’étais pas comme ça avant. Je voulais aider, rendre service, faire une différence. J’étais généreux de moi-même, de mon temps et de ma débrouillardise. J’avais 1001 projets.

Maintenant mon seul réel projet est de sortir de cet enfer du 9 @ 5, du 48 semaines sur 52 car, apparemment je suis « chanceux » car j’ai 4 semaines de vacances (Je pourrais les passer couché sur le dos dans la rue tellement je suis épuisé mentalement).

Aujourd’hui, je veux juste en finir avec ce cycle emmerdant (métro, boulot, dodo) et passer à autre chose. C’est mon projet. Pathétique dirons plusieurs.

Pourtant, bien des gens arrivent à leur retraite, sont euphoriques, puis passent par une phase dépressive.

Ils regardent derrière eux et se rendent compte qu’ils n’ont pas étudié dans le domaine qui les intéressait vraiment, qu’ils ont gardé une job merdique qui les rendait misérable parce qu’il « faut bien payer la maison ». Ils se rendent compte qu’ils ont gâché leur vie et qu’ils n’ont pas réalisé leurs rêves, qu’ils n’ont pas pris assez de risques, qu’ils n’ont pas assez osé.

La rat race finit bien souvent par supprimer nos rêves, notre motivation. Elle se fait remplacer par la routine et la course du quotidien. Elle ne nous laisse pas le temps de faire le point. On limite les voies de sortie de la routine en les rendant coûteuses (pénalité hypothécaire par exemple, vendre la maison? Retourner à logement en collocation? Perdre ses 4 semaines de vacances et ses avantages sociaux pour recommencer avec deux et pas d’avantages sociaux?…)

Collectivement, je pense sincèrement que nous avons tout faux. Nous sommes une société de cinglés qui courrent après quoi au juste? Un ?mirage? Des shooters de « bonheur » à petite dose qu’on assimile à la surconsommation? On tient le cap en se racontant des mensonges tel que « Quand j’aurais cette promotion je serai plus heureux. Quand mon hypothèque sera remboursé je serai plus libre ou plus heureux etc… »

Beaucoup disent que pour qu’une retraite ou même une vie soit réussie, il faut donc trouver sa (ou ses passions) et s’y dédier.

Mais, quand durant la majeure partie de notre vie on a fait surtout ce qu’on devait faire plutôt que ce qu’on voulait faire, comment arrive-t-on à réapprendre ou à apprendre à identifier et à se dédier à une passion? Je veux dire, la rat race ça commence à 5 ans avec la maternelle et aujourd’hui ça commence presque au berceau.

Autrefois, un enfant avec des parents séparés qui se trimballait d’une maison à l’autre et fréquentait la garderie on appelait ça un « enfant garroché » maintenant c’est un enfant normal et l’enfant normal d’autrefois est un enfant avec des parents poules qu’on couve trop… anyways. Autre sujet…

Jason Fieber a récemment écrit un article à propos des passions et il posait cette ultime question pour nous permettre de l’identifier :

« Si l’argent ne faisait pas partie de l’équation, si l’argent ne vous manquait pas, que voudriez-vous faire de votre vie? »

Plus jeune, j’aurais su répondre à cette question plus aisément.

Aujourd’hui, j’avoue la trouver difficile.

Je pense qu’il me faudra une phase de « décontamination » une fois arrivé à la liberté financière. Il me faudra réapprendre à prendre le temps, à me connaître. Je suis tellement habitué de me lever le matin pour faire des tâches obligatoires qui ne m’allument pas que j’en viens à les faire sans trop y penser, en supprimant mentalement les émotions qui accompagnent ces tâches et en faisait comme bien des gens et en focussant sur le « positif » : Je vais aller dîner avec mon ami X… le week-end prochain on fera Y. Dans 12 semaines je vais aller visiter Z.

À force de supprimer les émotions négatives, je pense avoir aussi supprimé beaucoup d’émotions positives néanmoins. J’ai moins d’empathie notamment. Je m’émerveille moins qu’avant devant la beauté. Je suis lentement mais sûrement en train de devenir un zombie de la rat race qui chronomètre sa vie et la planifie en fonction de ses impératifs (contrat de travail, factures à payer, trucs à réparer, tâches à faire…).

Je n’ai pas le temps de me battre pour une cause. Après 12h à la job et dans le transport, après 3h ou 4h à m’occuper de mes kids pour les connaître et les voir grandir, il me reste 8 ou 9h pour manger /dormir généralement entrecoupées de plusieurs réveils au rythme des enfants… je fais aussi de l’anxiété et de l’insomnie relativement à tout ce que j’ai à faire au travail et à la maison…

Alors si tu m’arrives et que tu me dis « telle personne a besoin d’aide pour X raison… » Ma réaction première est « a-t-elle vraiment épuisé toutes ses options? Je veux dire… vraiment toutes ses options… genre… vends tes meubles ou un rein s’il le faut pis tu m’achaleras après… »

Ce n’était pas moi. Mais, j’en suis là. C’est la fatigue je suppose… j’espère. Deux bébés et une job stressante (et peu passionnante) ça commence à me peser.

Je suis tanné des gens qui ne se prennent pas en main et qui se fient toujours aux autres ou au gouverne-maman. Moi j’ai envie d’aider des gens qui ne quémandent pas d’aide. Les autres (les mouettes comme j’aime bien les appeler), ils sont légion au Québec ceux qui aiment se positionner en victime pour que les autres les prennent en charge, bougez-vous le derrière et arrêter de téter tout le monde!

Il y a des milliards de gens qui n’ont pas même de téléphone, d’eau propre à boire et de toilette à flusher et encore moins d’actifs à assurer contre des risques improbables, tellement de gens qui ne peuvent pas se permettre le luxe de dire à un agent de service à la clientèle qu’il est une crotte de nez.

Alors, si t’as besoin de mon aide, t’as affaire à être rendu bas… genre gosse-moi pas parce que t’as un tuyau qui fuit (pis que tu ne sais pas réparer) ou parce q’il te manque 100$ pour payer ton char de location alors que tu viens de commander 3 martinis à 14$.

Retourne ton char, pis vas sur youtube apprendre à réparer une fuite d’eau.

Je suppose donc qu’après la fin de ce cycle je pourrai mieux répondre à cette question. Parce que le fait est que l’argent est un réel problème et qu’il fait réellement partie de l’équation.

Je veux dire, même si je voulais être un courreur des bois, un chasseur-cueilleur, même s’établir sur les terres de la couronne a un coût.

Sans ce « besoin » d’argent, j’aurais probablement travaillé pour un organisme communautaire. Mais, je voulais le bungalow… les deux enfants et le confort de la vie de banlieue. Je voulais une voiture et pouvoir me payer des vacances.

Cette question peut donc servir à identifier des passions. Mais ultimement si ta passion c’est de cueillir des champignons sauvages ou d’observer les oiseaux ben ça se pourrait que tu finisses par devoir les manger pour survivre…

Malheureusement, ce n’est pas vrai que parce que tu es passionné par quelque chose que tu pourras en vivre… financièrement parlant je veux dire.

La question devrait donc être « Qu’est-ce qui te passionne ET qui est viable financièrement? »

Qu’elle est ma passion et est-elle viable financièrement?

Mais, et si je n’en avais pas? Je veux dire, devons-nous n’avoir qu’une seule passion? Je ne pense pas être ce genre de personne qui peut se passionner pour une seule et unique chose… toute sa vie?

Et c’est peut-être ce qui m’empêche d’épouser l’approche de Tim Ferris. Si j’atteignais la liberté financière demain, je ne ferais rien. Je n’aurais aucun projet financièrement viable auquel j’aurais passionnément envie de me dédier corps et âmes sauf l’éducation de mes enfants.

Probable que je ferais simplement me promener avec eux et ma femme à faire le tour de tous les parcs nationaux du Canada et des États-Unis pour développer leur (et la mienne) culture générale. Quelqu’un veut me payer pour ça? Je pars un nouveau blog et je fais des selfies en évitant de tomber en bas d’une falaise comme le couple de polonais récemment?

Pourquoi c’est comme ça? Pourquoi j’en suis là? Parce que le rythme est infernal. Métro, boulot (stress), bébé, dodo un peu et ça recommence… jamais le temps de s’arrêter. C’est une course d’endurance, un ironman infini…

Je sais que je ne suis pas seul à vivre cela et beaucoup vivent bien pire. Je sais que j’ai choisi tout ça et que c’est à moi de changer les choses.

Je sais aussi autre chose… Si l’argent ne faisait pas partie de l’équation, je ne mènerais pas cette vie.

Ma vie serait plus lente… faite de petits projets créatifs, de lecture, d’écriture, de kayak et de vélo, de road trips… peut-être même que je redeviendrais serviable et empathique.

Mais, je suis réaliste, l’argent fait partie de l’équation. Nous sommes devenus des hommes « civilisés » (domestiqués?) qui ne sont plus habitués aux rigueurs de la vie naturelle. Et vivre une vie « naturelle » est de plus en plus difficile dans ce monde surpeuplé.

Ce confort (3 repas par jour, sécurité, soin de santé, toit sur la tête etc…) a un coût et son coût, il semble que ce soit la rat race.

Vouloir maintenir ce train de vie luxueux sans être dans la rat race implique des efforts importants, des années, de la patience et peut-être aussi de mettre une croix sur certaines de ses passions ou de ses rêves.

Reste l’autre option, l’option minimalisme extrême et la faire vivre à ses enfants… Je pourrais tout sacrer là, déménager dans un camper. Vivre 6 mois par an au Québec dans un ou plusieurs campings et 6 mois par an aux USA dans un ou plusieurs camping. Leur faire l’école sur la route et vivre du minimum (j’aurais peut-être 8000-10000$ de revenus passifs totaux avec mes épargnes, mon fonds de pension, mon solde hypothécaire, mes sites webs et je suppose que je pourrais aisément gagner 5000$ de plus en bizounant avec la cie. Mais… je ne la sens pas cette option. Je ne veux pas faire des marginaux de mes enfants et les rendre weirdos non plus.

Dans encore 5 à 7 ans j’aurais assez d’épargne pour me dédier à mes passions sans me soumettre à la pression d’avoir en tirer un revenu.

Qu’en pensez-vous?

10 Comments

  1. julien
      • julien
  2. Maxime

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