Un portrait de l’aide sociale au Québec

Le but de cet article n’est pas de porter de jugement sur l’aide sociale, mais bien de simplement faire le point sur les faits (tels que rapportés par « Collectif pour un Quebec sans pauvreté » ) afin d’en savoir un peu plus sur ce programme qui est souvent mal perçu et qui a notamment fait la manchette dernièrement et suscité la colère de bien des gens sur les réseaux sociaux.

Notamment, j’ai été intrigué par l’article suivant et le nouveau programme « objectif emploi » qui sera mis en place pour inciter les prestataires d’aide sociale à se lancer sur le marché du travail.

Ici, il nous arrive souvent de dire que nous pensons pouvoir bien vivre avec le capital requis pour nous générer 15 à 25k de revenus bruts passifs.

Eux… le vivent au quotidien et plusieurs touchent vraiment beaucoup moins que cela. (Rente de base : 7776$).

Il y a mille et une situations qui peuvent mener quelqu’un à avoir besoin d’aide sociale pour un court ou un très long moment et je ne veux pas juger ici de ces raisons.

Il y en a de terribles : santé mentale, handicap, découverte d’un cancer ou d’une maladie grave qui a mené à l’épuisement des ressources financières, femme enceinte délaissée par son conjoint ou victime de violence, perte d’emploi et faible éducation, analphabétisme, toxicomanie, trouble de dépression chronique etc…

Je suppose qu’à travers tout ça, certains profitent un peu du système aussi et y trouvent leur compte et qu’il y en a qui utilisent le programme pour complémenter leurs revenus au noir… j’espère et j’ose croire que c’est une minorité. Mais, je n’ai pas trouvé de chiffres à l’appui.

Je n’en ai jamais eu besoin moi-même et j’espère ne jamais en avoir besoin. Mais… je connais (et je pense que je démontrerai ici qu’on connait tous de près ou de loin) des gens qui « bénéficient » ou ont bénéficié de l’aide sociale.

En janvier 2016, 435 331 personnes recevaient une allocation de dernier recours au Québec. Un rapide calcul basé sur la prestation de base (648$ par mois) nous indique que ce programme coûte au moins 3.4 milliards de dollars par an. De ce nombre de prestaires, on décomptait 93,190 mineurs.

C’était donc 343,141 adultes qui bénéficiaient de l’aide sociale en janvier 2016.

En 1995, il y avait plus de 800,000 prestataires d’aide sociale… littéralement plus de 10% de la population du Québec de l’époque! Ça a sûrement contribué à donner une mauvaise image au « BS » car si une personne sur 10 de ta population a besoin d’aide de dernier recours… il est clair qu’on a un grave problème de société ou un problème avec le programme!

Présentement, nous en sommes à environ 6%, soit le niveau le plus bas en 40 ans.

Tout de même, cela est toutes catégories d’âge confondues…

Si nous ne prenions que les adultes en âge de travailler, au 1er juillet 2016, on comptait 5,289,116 adultes âgés de 18 à 65 ans.

6.5% des adultes en âge de travailler étaient donc bénéficiaires de l’aide sociale en 2016.

Ça fait encore beaucoup non?

Là-dessus, il faut ajouter les chômeurs, les rentiers de la SAAQ et de la CSST, ceux qui ont des rentes d’invalidité privée… ajoutons ensuite les étudiants et retraités dont beaucoup dépendent des prêts et bourses ou de la PSV pour survivre, les pères et mères sur le RQAP… ça fait beaucoup de gens qui ne sont pas dans la rat race tout de même.

Mais, revenons à nos moutons. Dans une classe de 20 élèves, 1.3 élève seront un jour prestataires de l’aide sociale selon les statistiques actuelles.

Sans surprise, c’est en Mauricie qu’on trouve le plus haut taux d’assistés sociaux (9.6%). Près d’une personne sur 10 bénéficie d’aide sociale dans cette région du Québec. La gaspésie suit de près… (9.1%)

74% des prestataires d’aide sociale étaient des personnes seules et 53.4%, des hommes (surtout âgés)…

30% des assistés sociaux ont un diplôme d’études secondaires, mais le niveau d’étude est généralement faible chez les assistés sociaux.

Les immigrants réprésentaient 13% de la population du Québec mais 24% des assistés sociaux. Les immigrants sont généralement plus instruits et sont des bénéficiaires à court terme, selon le document.

Une femme monoparentale vivant avec un enfant de moins de 18 ans recevrait 1,505$ par mois, soit 18,060$ sans compter les allocations familiales non-imposables et les CPE lui seront désormais gratuits au grand bénéfice de l’enfant, dit-on.

Ainsi, en plus de recevoir beaucoup plus que la rente de base de 648$, la femme monoparentale assistée sociale recevra des milliers de dollars net d’allocations familiales et des services coûteux de CPE gratuits.

Certains y voient là un risque et un incitatif douteux (à se mettre sur le BS et à être monoparentale)… il pourrait devenir plus payant d’être sur le BS avec un enfant que de travailler à temps plein à 30,000$ ou même 40,000$ par an. Nul doute que les commentaires volent bas à ce sujet…

La question qui tue… doit-on privilégier l’enfant issue d’une mère assistée sociale en lui offrant l’accès gratuit aux CPE?

C’est cette question que visiblement, le gouvernement s’est posée et sur laquelle il s’est positionné et qui soulève son lot de misère…

En lisant les arguments des différents preneurs d’opinions à ce propos, je trouve qu’on assume beaucoup de choses. Notamment, qu’un CPE est un milieu de développement sain pour le jeune enfant. Et donc… probablement, que le milieu familial de cet enfant est peut-être moins sain? Terrain glissant… Ou alors, veut-on donner des options à la mère monoparentale comme le retour aux études par exemple?

Une chose est certaine, ça soulève les passions et on le comprend.

Les mères à bout de souffle se demandent pourquoi, elles qui travaillent à temps plein n’auraient pas le droit à un répit alors que celle qui est assistée sociale « n’à que ça à faire de son temps s’occuper de ses enfants… » comme le disaient plusieurs… oufff!

Encore là, on assume beaucoup de choses…

Bref, je ne veux pas départager les opinions car pour moi, c’est ce qu’elles sont et demeurent, des opinions et des opinions qui sont essentiellement basées sur des a priori.

On dirait que beaucoup voient le « BS » comme un gros loser qui mange des chips, fume des cigarettes et boit son chèque à coup de quilles de Molson Dry. Oh… il y en a… on en a tous vu ou connu un jour ou l’autre mais, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier non plus.

Je pense qu’il est assez clair que c’est un programme duquel beaucoup de Québécois ont été bien heureux de bénéficier à un moment où ils en avaient besoin. Après tout, 800000 prestataires en 1995… plus d’une personne sur 10… on en connait tous. Et moi, j’en avais plusieurs de ma famille élargie qui en ont largement bénéficié…

Qui suis-je pour juger?

Source : portrait des personnes sur l’aide sociale (pdf)

La 3 strikes policy

On estime que 130,318 personnes étaient des prestataires d’aide sociale sans contrainte à l’emploi en 2015, soit un peu moins de 2% de la population.

Le programme « objectif emploi » reçoit son lot de critiques. Mais, je suppose qu’il vise à briser le cycle de la pauvreté dès son origination car une fois le cycle installé, il doit être de plus en plus difficile de le briser.

Par exemple, je reviens d’un long congé parental et revenir au travail me fût extrêmement pénible… je n’ai pris que quelque mois. Je n’ose imaginer après 2 ou 3 ou 5 ans comment la montagne doit être haute à gravir… on passe de « samedi tous les jours » à … 1 samedi par semaine.

C’est quand on s’arrête pour souffler un peu qu’on se rend compte du rythme effréné qu’on s’impose.

Quoiqu’il en soit, selon l’article suivant, avant ce programme on pouvait passer 25 ans sur l’aide sociale sans avoir à rencontrer un agent d’emploi Québec. À l’avenir, ça sera différent.

Tout de même, depuis 1995, le nombre de prestaires d’aide sociale a fortement diminué. J’aurais aimé savoir pourquoi? Sommes-nous plus sévères? Y a-t-il plus d’itinérants dans les rues? Avons-nous fait des progrès en éducation? D’autres raisons?

Personnellement, je trouve bien qu’on cherche à mettre en commun des gens qui pourraient travailler et des employeurs qui cherchent de la main d’oeuvre ou alors qu’on cherche à aider les gens à aller obtenir des acquis de formation tel que le programme se propose de faire.

Je trouve aussi bien qu’on offre les CPE gratuits aux femmes sur l’assistance sociale si on le couple au programme objecfif emploi. Ça fait du sens comme on dit… Libère-lui du temps pour se retourner de bord et donne-lui les outils pour le faire.

Probable que pour certains, dépendre de ce programme ne doit pas les déranger réellement question égo… mais je suis certain que plusieurs le vivent difficilement et seraient heureux d’avoir une seconde chance.

Sur le fonds, c’est donc une bonne chose. C’est souvent dans la forme que ça se gâte… Va-t-on bien le faire ou butcher parce que l’objectif réel est de sauver de l’argent?

Et puis, qu’est-ce qu’être sans contrainte à l’emploi? Avoir ses deux bras et ses deux jambes n’est pas toujours suffisant pour être apte à travailler.

Si être sans contrainte à l’emploi inclut : Avoir un trouble de santé mentale non diagnostiqué? Être analphabète mais gêné de le dire? J’espère qu’on offrira des ressources à ces gens plutôt que de les forcer à se trouver une job au salaire minimum à 2h de voiture de chez eux.

Le programme compte utiliser le gros baton pour forcer les gens pauvres à embarquer dans ce fameux programme. Si tu embarques, ta rente sera bonifiée. La prestation de base pour personne seule étant de 648$, le participant recevra de 165$ à 260$ d’extra. Alors que celui qui aura 3 manquements (3 strikes policy) verra sa rente amputée de 224$ par mois. Peut-on s’en sortir avec 424$ par mois?

Un prestataire pourrait être obligé d’accepter un emploi.

Avec 648$ par mois, j’imagine que pour survivre (car il doit être difficile de vivre avec ce montant), tu dois habiter en région éloignée ou à plusieurs dans le même logement (maison de chambre) pour éviter que le coût du logement bouffe tout ton chèque.

Si on te force à accepter un emploi…. quelles sont les chances qu’il soit à distance de marche ou qu’un service de transport collectif soit disponible?

Rappellons-nous notamment que c’est en Gaspésie et en Mauricie qu’on trouve les plus hauts taux d’assistés sociaux… va-t-on les inciter à déménager en zone urbaine (avec un loyer terriblement plus cher)? Car je doute qu’il y ait assez d’emplois disponibles pour accueillir ces « travailleurs » en région…

Vas-tu forcer un sans-le-sou à devoir s’acheter un bazou? Ou encore à devoir faire plusieurs heures de transport pour aller gagner une pitance à peine suffisante pour penser au lendemain?

Pas évident ce programme et ce dilemme… d’un côté, avoir autant de « rentiers » dépendants de la masse dérange. D’un autre, fesser sur les plus démunis dérange aussi.

S’attaquer aux causes de la pauvreté pour la réduire est probablement ce qui serait le plus efficace, mais ça prend du temps et il faudra accepter qu’il y aura toujours de la pauvreté en système capitaliste… nous ne naissons pas tous égaux. Reste à savoir comment on veut traiter les plus démunis.

Car, dans beaucoup de pays, ce filet social n’existe pas et nombreux sont les pauvres qui enlignent 2 emplois de misère à temps plein pour arriver à juste se nourrir pour se maintenir en vie… dans d’autres pays on laisse littéralement les gens mourrir dans la rue…

Je suis fier d’habiter un pays qui se donne le moyen d’aider les plus démunis. Mais il est vrai que parfois vaut mieux apprendre à un honme à pêcher que de lui donner le poisson tout cuit dans le bec. Je suppose que c’est ce que vise ce programme.

Reste que celui qui nait dans cette misère doit avoir de la difficulté à s’en sortir.

Je veux dire, mettons que tu es analphabète, que t’as pas de diplôme, que tu doives travailler 80h par semaine plus le transport pour peiner à payer ton loyer et nourrir tes enfants… ça ne te laisse pas beaucoup de marge pour améliorer ton sort. Tu es pris dans l’engrenage et ton seul moyen de ne pas te faire broyer c’est de continuer à tourner avec le gearage.

Juste de ne pas avoir à se poser de telles questions, c’est d’être riche. Je suis terriblement riche…

3 Comments

  1. Maxime

Leave a Reply