Est-ce qu’on « overkill » en planifiant nos retraites blindées?

J’entends et je lis souvent des histoires à propos de gens qui visent avoir 1.5-2 millions de dollars en épargne avant de prendre leur retraite. Ça en fait de l’argent! Qui attend réellement d’épargner ce montant avant de quitter son emploi??

Même 1 million… n’est-ce pas exagéré?

Après tout, il y a des milliards de personnes sur cette planète qui vivent ou ont vécu avec bien moins que ça et qui ont trouvé le bonheur.

Pourquoi est-ce que ça devrait être différents pour nous?

Je veux dire, selon statistiques Canada le salaire médian des ménages Québecois après impôts est de 52,207$ en 2015. La moitié des foyers gagnent donc moins de ce montant et l’autre moitié plus. Penser pouvoir épargner une telle somme avec le salaire typique médian génère beaucoup de questions.

Au total, un foyer médian gagnera 1.8-2.2 million net au cours de la vie active des membres du foyer.

On arrive à se débrouiller avec un tel montant alors qu’on doit payer la maison, élever les enfants etc… mais beaucoup visent un montant ridiculement élevé pour financer leur retraite. Après tout, la maison devrait être payée et les enfants devraient avoir quitté le nid familial…

Pour arriver à épargner 4 millions de dollars (2 millions chaque), il vous faudrait épargner dès le jour 1, 28,950$ par an pendant 35 ans, sans payer d’impôt sur le rendement durant la phase d’accumulation et obtenir 7% composé pour y arriver! Intense!

Cela veut dire que vous devrez vivre à 2 avec moins de la moitié de votre revenu net familial durant plusieurs années, le temps que l’inflation fasse son oeuvre… Au jour 1, cela veut dire qu’à 2 avec un revenu médian, il vous faudrait vivre avec 23,000$… 11,500$ chaque et ensuite, s’accomoder de ce montant ajusté à l’inflation, plus l’inflation sur le montant épargné, jusqu’à l’âge de votre retraite (assumant que votre employeur indexe votre salaire).

Qui fait ça? Et surtout, pourquoi le faire?

Qu’allez-vous faire de 3 ou 4 millions de dollars à 65 ans alors que vous êtes habitué de vivre à deux avec presque rien? On ne reste pas éternellement jeune… les goûts changent en vieillissant et la Tesla qui vous intéresse aujourd’hui se transformera peut-être en triporteur à 70 ans… un triporteur se détaille quelque milliers de dollars full equip!

Si vous avez ce qu’il faut pour économiser une telle somme avec un salaire médian, alors vous êtes un minimaliste et vous n’avez pas besoin d’une telle somme.

Si au contraire vous avez de la difficulté à épargner 2895$ par an et que 28,950$ d’épargne annuelle pendant 35 ans vous semble hors de portée, alors vous vivez dans les nuages en visant d’accumuler une telle somme… elle n’apparaîtra malheureusement pas comme par magie.

J’en entends d’autres dire « si je gagnais 1 million à la loterie c’est sûr que je continuerais à travailler… on ne fait plus rien avec 1 million de nos jours ».

Chaque fois que j’entends des trucs du genre, mes oreillles se mettent à grincer…

Moi, je saurais très bien quoi faire d’un million aujourd’hui. Ça serait plus que suffisant pour toute ma famille. Et pour celui qui veut le démultiplier, il suffirait de mettre des mises de fonds minimales sur plusieurs immeubles à logements et d’ici 15 à 20 ans le million se sera transformé en plusieurs millions grâce au levier.

Un million dans les mains d’un homme averti peut mettre une famille à l’abri pour toujours. Un million dans les mains d’un homme non instruit sur la finance peut se flamber en quelques jours (une baraque à Ville Mont-Royal avec une BMW et zap! T’as plus un rond!)

Voilà maintenant que Charlie Lagarde, une jeune Québécoise, vient de gagner 1000$ par semaine à vie le jour de ses 18 ans. Que compte-t-elle faire? Aller travailler le 9@5 dans une shop?

Nah… elle compte se dédier à ses passions et à son rêve, la photo et un jour travailler avec National Geographic.

Bon… on peut arguer que c’est juste un commentaire dit sur le « fly » par une jeune qui connait peut-être peu de choses de la vie. Mais, je pense qu’il faut en tirer une leçon. La jeune femme, intuitivement, nous lance en pleine figure que son bonheur ne viendra pas de possessions futiles, mais de la poursuite de son rêve et de ses passions!

Est-ce le type de gain qui fait la différence? Si elle avait gagné 1,000,000$ (on a le choix entre ce lot ou une rente à vie) au lieu de 1000$ net par semaine à vie, aurait-elle eu le même réflexe? Est-ce que le fait de recevoir un « revenu » au lieu d’un montant forfaitaire change notre vision? Je pense que oui…

Avec 1 million, il peut facilement nous venir en tête des images de luxueuses maisons, voitures, bateaux… mais avec 1000$ par semaine… on reste plus terre à terre.

Souvent, on vise une retraite à 100% dans cette communauté du Early Retirement. Mais, et si on était dans les patates?

Je veux dire, gagner de l’argent n’est pas si difficile… à peu près toutes les passions peuvent être monétisées un peu ou beaucoup.

Supposons que tu as une passion pour les champignons… paraît-il que des gens (bizarres – clin d’oeil à MrJack de inficafé.com) s’intéressent à ça et que oh.. un 2 ou 3000$ de plus ne ferait pas de tort.

Pars un petit cours à la ville et inities les gens à ta passion! C’est relax!

Et si, plutôt que d’économiser suffisament pour se payer une retraite blindée, on décidait plutôt d’économiser suffisament pour se donner une base?

Mais une base pourquoi?

Soyons honnête une minute… à 15 ans, lorsque vous avez fait des choix de carrière sur un coup de tête parce que, fallait le faire, combien d’entre nous sommes tombés pile? Combien d’entre nous sommes encore passionnés par ce que nous faisons?

Peut-être avons-nous secrètement envisagé de retourner en arrière et de mettre une volée monumentale à notre jeune moi comme Bufford Tannen dans Back to the future II qui va mettre une belle grosse claque à son jeune lui avant de lui donner l’Almanach des sports.

Et si nous ne mettions pas nos efforts au bon endroit?

Épargner comme un cinglé, d’accord. Atteindre la liberté financière… d’accord. Mais dans quel but?

Mon besoin de liberté financière est clairement né d’un mal être face à la rigidité du travail, face au fait que je ne suis plus passionné depuis longtemps par ce que je fais…

Comme avec le chocolat, ce qui peut être bien finit invariablement par écoeurer quand c’est ingurgité en trop grande quantité.

Ralentir serait peut-être même suffisant.

La vraie question à se poser et à résoudre est donc : qu’est-ce qui nous rend heureux?

Est-ce que je serais heureux de faire quelque chose de différent?

Par exemple, j’ai étudié en sciences humaines. Pourquoi? Parce que j’ai toujours aimé aider les gens.

J’ai travaillé pour le gouvernement (pour le salaire) en relation d’aide et je n’ai pas trouvé l’expérience positive… mais, supposons que je pourrais travailler en relation d’aide pour un organisme communautaire de ma ville, à temps partiel, deux ou trois jours par semaine et ne pas me soucier du fait que je gagne 15$ de l’heure parce que je suis suffisamment libre financièrement pour me le permettre, est-ce que ça me rendrait heureux? Plus heureux?

Peut-être.

À mon travail, je visais de devenir gestionnaire pour plusieurs raisons :

  1. Les défis, le challenge, avoir à résoudre des problèmes variés
  2. Passer plus de temps à traiter avec des gens plutôt qu’à traiter du papier
  3. Me positionner en personne ressource
  4. Me positionner en mentor et pouvoir me retrouver de nouveau en relation d’aide à un certain niveau
  5. Me soustraire des contraintes d’être un employé de production (ça m’ennuie, ça n’exploite pas le meilleur de moi-même)
  6. La paye qui me permet d’atteindre la liberté financière plus rapidement

Ce voyage vers la liberté financière et ce journal que je tiens à son propos me permettent de prendre du recul et de réfléchir à beaucoup de choses.

Par exemple, je n’ai jamais vraiment aimé l’argent, le prestige, le luxe… j’aime la liberté que peut acheter l’argent, mais voilà tout.

Sauf qu’avec un travail comme le mien, tu as l’argent ou tu as le temps… tu ne peux pas avoir les deux.

Qui suis-je? Qu’est-ce qui m’anime? Qui ai-je envie d’être et qu’est-ce que j’aime faire?

On ne part pas tous égal dans la vie et j’ai toujours aimé être serviable, aider les gens dans le besoin…

Mais, avec les années, je me suis éloigné de tout ça.

J’ai toujours aimé écrire et être créatif… mais je n’ai même pas tenté de faire carrière dans ce domaine.

J’aime passer du temps avec mes enfants mais je passe plus de temps avec mes collègues…

Au fil des ans, je me suis éloigné de qui je suis ou qui je voudrais être pour devenir une personne que je ne suis pas ou que je ne veux pas être, pour l’argent.

Lentement, très lentement, un projet est en train de mûrir dans ma tête et après 5 ans à épargner, je commence à me préparer déjà pour l’après.

Que vais-je faire de mes journées?

Au fond, ce que j’essaie de dire c’est pourquoi viser le 100% retraite?

Moi, je sais que je m’ennuie rapidement et que je suis tanné de juste me consacrer à quelque chose dans le but d’en tirer un profit, mais supposons que j’aie suffisamment d’argent pour couvrir mes besoins de base et que je pourrais travailler seulement deux jours par semaine.

Ça me laisserait 5 jours pour vaquer à d’autres préoccupations qui n’ont rien à voir avec le fait de faire de l’argent.

Et si je trouvais un emploi à temps partiel et que j’en venais à me lasser de cet emploi… bah je le laisserais et tant pis? J’en trouverais bien un autre si requis…

Atteindre la liberté financière partielle offre déjà énormément de possibilités.

Dans 3 ans, ma maison sera payée… encore 2 autres années pour les rénos.

Dans 5 ans, je pense que mon capital vaudra près de 300,000$ si tout va bien, j’aurai une maison claire de dette qui vaudra 280-300k et probablement près de 200k en valeur de rachat dans mon fonds de pension.

Dans 5 ans, beaucoup de portes commenceront à se rouvrir devant moi.

Une fois la maison payée et rénovée, aucune dette, a-t-on besoin de beaucoup d’argent?

L’école est presque gratuite.

Il y a des tas d’activités parascolaires peu dispendieuses à peu de frais pour les enfants dans ma municipalité.

Il me restera à faire quoi?

Me nourrir et nourrir les enfants, entretenir notre propriété, payer l’hydro et les taxes et entretenir 1 véhicule pour la famille parce que c’est pratique…

Mes charges financières deviendront tout à coup très faibles dans 5 ans.

Je pourrais alors faire 5 ans de plus et économiser 40k-50k par an plus ce que mon employeur et moi allons mettre dans mon fonds de pension avec ce salaire ridicule et me « blinder » mais j’aurais alors 47-48 ans…

C’est facile de se dire « ok.. une année de plus au cas où ». C’est beaucoup plus difficile de se dire « ok… on arrête là, c’est assez! »

Que pensez-vous de l’idée de simplement se créer une base de semi-liberté financière pour se consacrer à d’autres projets ou pour simplement ralentir? Est-ce que vous avez déjà envisagé cette approche?

13 Comments

  1. Ginette
  2. Yan
  3. Maxime
  4. Maxime

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