La liberté des uns s’arrête où celle des autres commencent… je partage un peu de mon histoire

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Ce n’est pas l’objectif de ce blog de commenter l’actualité.

D’abord, parce que je ne recherche pas la controverse, d’ailleurs, la controverse m’emmerde car elle fait généralement ressortir ce qu’il y a de plus médiocre dans l’humanité.

Ensuite, parce qu’il y a bien assez de gens qui expriment leur opinion (non pas nécessairement la vérité absolue bien qu’ils aimeraient croire le contraire mais bien leur opinion). Et, bien qu’il y ait un proverbe qui dit que toutes les opinions se valent, je pense que nous sommes plusieurs à en douter.

Toutefois, cette fois-ci, je crois que l’actualité touche bien le coeur de notre thème (liberté) et vient me chercher aussi pour une autre raison. Alors, cette fois-ci, j’ai envie de m’exprimer.

D’abord, je suis fortement perturbé par l’ampleur de toutes ces agressions déclarées récemment dans les médias. Encore aujourd’hui, un autre accusait Kevin Spacey… on sait que ça se passe. Mais autant que ça? Par des gens si connus et influents? C’est très perturbant.

Et je trouve aussi très perturbant la peur suscitée chez les victimes qui ont attendu des années pour pouvoir enfin s’ouvrir sur leur douleur, attendu cet espèce de mouvement de masse que seuls les médias sociaux peuvent permettre. Je n’ose imaginer ce qu’ils ont vécu toutes ces années et ce qu’ils vivront encore.

J’ai aussi une pensée pour les victimes qui ont toujours peur de dénoncer la violence qu’ils ont subi et pour les futures victimes qui souffriront à leur tour… Je ne parle pas ici uniquement de violence sexuelle, mais aussi de violence en général.

J’ai déjà été victimisé plus jeune moi-même, dans le silence et la solitude, pendant des mois et des mois par des « plus vieux » alors que je commençais mon secondaire. J’avais tout juste 12 ans. Ils étaient 8… des joueurs de hockey qui espéraient atteindre la LNH… des nullités à l’école qui étaient dans un programme spécial et qui vivaient probablement une grande détresse et colère intérieure eux-même. Je connaissais le père de leur leader… un homme rude et violent, travailleur d’usine frustré et colérique. La pomme tombe rarement loin de l’arbre…

Ils terrorisaient et taxaient tout le monde dans le quartier, mais moi, je n’ai pas obtempéré. Ça les a fâchés et ils ont décidé de me réserver un traitement spécial.

Chaque jour, ils me crachaient dessus, me battaient, me volaient de force, me ridiculisaient devant les autres jeunes terrorisés du quartier. Ils m’avaient évidemment trouvé des sobriquets (p’tite merde, peau de cul, le BS, St-Vincent-de-Paul etc…). Certains des autres jeunes de notre arrêt d’autobus se joignaient parfois à eux… J’ai perdu tous mes amis d’enfance durant ces quelques mois et je me suis retrouvé seul. J’en avais pourtant beaucoup des amis. Du moins, je le croyais. Ils avaient peur je crois. Quoiqu’il en soit, mes amis d’enfance ont cessé de me parler et de m’inviter. Ils ne retournaient plus mes appels. Et à ce jour, je n’ai reparlé à aucun d’entre eux depuis.

Ces petits baveux m’empêchaient de me rendre à mes cours à l’heure, me suivaient dans les salles de bain de la polyvalente. Allaient me « regarder » jouer à mes sports d’équipe pour m’intimider…

J’ai du inventer mille et un détours comme passer par les cours des voisins et escalader des clôtures pour les éviter, ou me rendre à l’école en vélo plutôt qu’en autobus. Car la rue, l’autobus, le parc, l’école et le quartier, c’était LEUR territoire de jeu (ou de chasse). Je demandais à aller à la salle de bain pendant mes cours parce que durant les pauses, c’était impossible pour moi d’y aller sans risquer de m’y faire coincer par eux.

J’étais jeune, petit et frêle à cette époque. J’étais à peine sorti de l’enfance, encore un gamin qui allait connaître la dureté du « vrai monde » pour la première fois. Et je me sentais extrêmement impuissant.

J’ai appris ce que c’est que de se sentir échec et mat, de sentir sa vie en danger, de se replier sur soi-même, d’endurer, d’avoir honte et d’éprouver une colère terrible en soi. Une colère contre l’agresseur, mais aussi contre les autres qui ferment les yeux ou détournent la tête, pire, une colère contre soi pour ne pas être plus fort, capable de trouver une solution.

J’ai passé plusieurs années par la suite à repenser à ce que j’aurais pu faire, à ce que j’aurais du faire, à ce que j’aurais pu dire… à ressasser ces événements dans ma tête, à les revivre en héro… puis à me rappeler que je n’avais rien réussi à faire pour y mettre un terme et à me sentir comme un faiblard à cause de cela.

C’était loin d’être évident il faut dire. J’avais 12 ans. Ils en avaient 15-16… Ils étaient 8 ou plus… j’étais seul. Ils étaient grands et costauds. J’étais petit et frêle…

Ils en sont venus à me traiter comme une chose à un certain point et je pense qu’il ne leur manquait qu’un petit prétexte pour passer à des actes vraiment plus graves. (Ils m’ont menacé de me brûler l’oeil avec une cigarette une fois… c’est passé près. Ils riaient comme des hyènes tellement ils étaient excités. Je les entends encore… presque 25 ans plus tard.)

J’ai enduré la souffrance. J’ai combattu bien sûr… mais je n’étais pas un super-héro et j’ai mangé de belles râclées. Mes années de karaté ne pouvaient rien contre ça. Endurer était plus simple. Endurer était moins douloureux. Endurer était moins risqué. Est-ce qu’endurer était être faible? Peut-être… mais c’est ce que j’ai fait.

C’est quelque chose qui marque à jamais, pour le meilleur et pour le pire.

On finit par se faire des promesses, la promesse de ne plus jamais laisser personne nous traiter ainsi entre autre. Et, faire confiance aux autres est plus difficile par la suite… on s’ouvre moins facilement et quelque chose en nous est mort à jamais… l’innocence… c’est ce qui a marqué la fin de mon enfance à moi. Ce fut une fin abrupte, mais une fin définitive. Je n’étais plus un enfant.

Les années qui ont suivi, j’ai traîné une lourde colère en moi et cette colère, je la porte encore en moi aujourd’hui. Je l’ai canalisé au fil des ans afin de l’utiliser à bon escient. Je me suis forcé à affronter mes démons et à devenir un homme solide, capable d’endurer et de résister aux épreuves de la vie, mais aussi capable de ne pas donner envie aux autres, à ce genre de minable, de m’imposer ce que j’ai du subir à 12 ans. Plus jamais personne ne m’a imposé sa volonté par la suite. D’autres ont essayé. Mais mon regard était féroce et glacial. Quelque chose en moi s’était brisé et ça les stoppaient net je crois.

Ça m’a endurci… un peu trop peut-être. Parfois j’ai donné l’impression d’être froid avec un coeur de pierre. Mais, c’était une carapace.

La violence, aussi insignifiante qu’elle puisse le sembler, a de lourdes conséquences sur la qualité de vie d’une victime. Je l’ai vécu, mais je l’ai aussi vu de mes propres yeux en tant qu’intervenant. Car, je suis par la suite allé étudier et travailler dans ce domaine… afin de mieux comprendre comment cette expérience m’avait transformé je suppose. Je ne sais pas trop, mais clairement j’avais besoin d’en savoir plus sur ce qui pouvait rendre quelqu’un assez mauvais pour faire ça à un kid sans défense.

La violence n’est jamais à prendre à la légère et ne devrait jamais être tolérée aussi banale puisse-t-elle sembler être vue de l’extérieur.

Moi j’ai survécu et je me suis endurci. J’ai eu de la chance. Une personne proche de moi y a mis fin. D’autres jeunes n’ont pas eu cette chance et ont fini par mettre fin à leurs jours à cause de l’intimidation et de la violence à l’école.

La violence n’est pas un jeu d’enfant.

Bon… Si j’en reviens à mon propos, je dois aussi dire que suis aussi perturbé par le jugement rapide du peuple que permet les médias sociaux et qui me rappelle de nombreuses déviances de notre histoire passée, telles que les croisades, la chasse aux sorcières ou aux hérétiques et le film The crucible avec Wynona Ryder. Il faut faire attention à juger et pendre quelqu’un à un arbre réel ou virtuel sans procès. La vérité est rarement toute blanche ou toute noire. Elle se trouve souvent quelque part entre les deux…

Je n’excuse en rien les gestes posés (ou pas) par les gens qui font l’actualité. L’abus de pouvoir, la violence et les agressions sexuelles sont des choses qui me puent au nez au plus haut point.

Mais je crois en deux principes fondamentaux de notre société : « présumé innocent jusqu’à preuve du contraire » et « droit à un procès juste et équitable ».

Pourquoi? Parce que le peuple se laisse emporter par les émotions qui prennent le dessus sur la raison et quand vient le temps de juger quelqu’un et de décider notamment s’il est innocent ou coupable et de la peine à lui infliger (rappelons-nous qu’il y a beaucoup d’erreurs judiciaires même avec un système voulu impartial et objectif), je préfère qu’on le fasse avec du recul et à tête reposée. Sinon, nous ne sommes pas mieux que l’agresseur et le chaos s’installe.

La ligne est mince entre la loi de la jungle et la civilisation et notre histoire récente a vu son lot de guerres civiles dans des pays étrangers. Mais ça pourrait arriver ici.

Il est facile de juger sans réfléchir. Il est facile de succomber à la violence et d’infliger une peine à la hauteur de nos émotions. Mais, ce qui fait de notre société une société relativement sûre et relativement civilisée, c’est cette capacité que nous avons collectivement à prendre du recul et à prendre le temps d’analyser les faits au mieux de nos compétences humaines imparfaites.

Ainsi, je dois dire que malgré le fait qu’ils méritent probablement ou peut-être ce qui leur arrive, il reste que je suis contre le lynchage public et il m’apparaît que ce pouvoir immense qu’a la foule devrait tout de même être encadré et tempéré sans quoi, des débordements peuvent s’ensuivre.

Cela étant dit, je comprends que contre un grand pouvoir, nous devions aussi opposer un autre grand pouvoir. Peut-être que celui de la justice du peuple serait plus approprié que celui de la justice de la foule.

Ensuite, j’aimerais parler de ce qui touche notre thème : Liberté financière vs liberté de tout faire.

La liberté, c’est ennivrant. Je n’ai jamais été 100% libre (c’est impossible de toute façon) mais j’ai vécu plusieurs mois de liberté et je connais ce sentiment de puissance, ce sentiment d’avoir un fort contrôle sur sa vie, sur son quotidien.

Mais, il ne faut pas mélanger liberté et liberté de tout faire.

L’argent et le pouvoir ne peuvent pas servir de justification pour faire du mal à autrui ou pour se croire tout permis. Malheureusement, ça arrive fréquemment.

C’est un piège dans lequel il est facile de tomber.

Celui qui possède une fortune colossale et qui tire des ficelles que nous ne tirerons jamais peu aisément tomber dans ce piège.

Mais, même à plus petite échelle, nous sommes tous à risque.

J’ai vu, par exemple, plusieurs retraités qui tout à coup commencent à manquer de civilité avec des employés de magasins ou des télémarketers qui font leur travail, parce que « moi je ne dois plus rien à personne… je suis retraité. »

J’ai vu des petits boss des bécosses se penser supérieurs à la plèbe et agir comme tel dans différents emplois que j’ai occupé aussi.

La liberté financière donne beaucoup de pouvoir. Mais avec tout grand pouvoir vient de lourdes responsabilités.

Je pense qu’il faut se le rappeller à l’occasion.

Nous travaillons fort à bâtir notre liberté financière. Mais, une fois que celle-ci sera atteinte, je pense qu’il sera important de demeurer humble et de se rappeler que sans les autres, sans les travailleurs de toutes ces entreprises dans lesquelles on investit, sans les citoyens de cette société libre et démocratique (autant que possible), cette liberté, nous ne pourrions jamais même l’envisager.

Être un grand épargnant ne fait pas de nous un dieu. Être un millionnaire ou un milliardaire non plus. L’argent ne peut être accumulé que parce que d’autres la dépensent. Ainsi, mon argent ne fut-il pas l’argent de quelqu’un d’autre à un moment donné?

Restons humble et civilisé. Ne tolérons ni l’injustice, ni la violence. Ne jugeons pas autrui sur des a priori et traitons-nous les uns les autres comme nous aimerions être traités.

Je ne suis pas religieux. Je ne crois pas en dieu et ne m’en cache pas. Mais, cela ne veut pas dire que je rejette les valeurs et le message.

Notre liberté s’arrête lorsque celle des autres commence. Ne l’oublions jamais.

4 Comments

  1. Maxime

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