Travailler à la dure

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Hier, je naviguais sur un groupe Facebook traitant de l’investissement par croissance du dividende lorsque je suis tombé sur cette publication d’un jeune américain.

En résumé, son message était le suivant : « J’ai 28 ans et je travaille fort pour avoir du succès.  Je travaille dans une fonderie 10-12 heures par jour, 7 jours par semaine, afin d’amasser assez d’argent pour retourner à l’école.  C’est une meilleure façon de vivre dans la société d’aujourd’hui.  Cependant, je suis conscient qu’il y a d’autres alternatives.  J’ai de l’ambition, je suis intelligent et j’ai de l’argent à investir.  J’ai 40 000$ à la banque et je suis prêt à en investir 20 000$.  Ma question est à savoir comment investir cet argent?  Je ne souhaite pas entrer à la maison comme ça tous les jours de ma vie. »

Une photo de lui, le visage crasseux avec un regard morne, accompagnait la publication en question.

Ishhh, je dois dire que je me suis senti touché et interpellé par le message de ce jeune homme.  J’ai vu en lui un gars de mon âge, un bon travaillant, à la dure, rêvant d’améliorer son sort et prenant en main son avenir!  Après tout, ‘’avoir faim’’ dans la vie, ça permet aussi de se dépasser.

Ça m’a aussi rappelé mon grand-père paternel qui est parti de rien dans la vie et qui a jadis bâti, à la sueur de son front, une entreprise agricole florissante!  Et je peux vous garantir qu’à cette époque-là, des semaines de 100 heures, à travailler physiquement, ça ne leur faisait pas peur!

Et s’il y a une chose que nous avons en commun, c’est bel et bien ce visage tout poussiéreux.  En travaillant dans les champs, je peux vous dire que c’est bien rare que je revienne immaculé à la maison après une bonne et longue journée de travail bien productive.  D’ailleurs, dès que le couvert hivernal tire sa révérence, et que dame nature se montre plus clémente, ces dernières sont monnaies courantes.  Quoique, comme ce printemps dans ma région, la pluie vient parfois jouer les trouble-fêtes assez solidement.

Ceci étant dit, dans mon cas, j’aime mon travail et je l’ai choisi, malgré certains désagréments.  Évidemment, j’aimerais travailler un peu moins d’heures au printemps et à l’automne, avoir toutes mes fins de semaine de libre, ne jamais devoir travailler dans des conditions climatiques extrêmes (chaleur, froid, pluie, humidité), rester coucher certains matins plus pénibles où mon corps refuse d’obtempérer, ne pas avoir à gérer le stress engendré par la supervision de millions de dollars de cultures agricoles (laissant ainsi peu de place à l’erreur), ne jamais être exposé à la poussière d’engrais et aux pesticides, mais cela fait bel et bien parti de mon travail et je dois composer avec.

Après tout, peu importe la façon dont vous prenez la vie, tout ne sera jamais parfait, mais on doit quand même faire avec et aller de l’avant.

Placez-moi dans un beau grand bureau à l’air climatisé et décoré au goût du jour, donnez-moi le portable dernier cri, une chaise d’ordinateur vibrante et thérapeutique, des cachous à volonté, un petit singe domestique pour me masser les tempes et je peux quand même vous garantir que je m’ennuierais à gratter des papiers toute la journée.  Pas de temps à perdre avec les discussions interminables de bureau et le remplissage de formulaires quelconques.  Je suis quelqu’un qui est fait pour le terrain, l’action, le concret et de grâce en pleine nature!  Il faut que ça bouge et que ça progresse.  C’est donc pourquoi, malgré l’obtention de diplômes dans ces deux secteurs, je travaille en agriculture et non pas en administration des affaires.

D’ailleurs, plusieurs d’entre vous, gagnez de bons salaires, mais avez à affronter au quotidien l’éternelle ‘’ bullshit corporative ‘’ mur à mur, à dealer avec des collègues stupides ainsi que des clients impatients et ça ne semble pas être ce qu’il y a de plus plaisant au monde.  À l’année longue et mis sur plusieurs années, ça doit devenir assez épuisant de toujours rebrasser cette même soupe un peu indigeste, de devoir participer (ou subir) ce ‘’ small talk’’, ces interminables réunions, ainsi que ces discussions de couloir et de machine à café sur des banalités et des insignifiances.

Ceci étant dit, pour en revenir à mon métier, l’agriculture, ce n’est pas un domaine très payant pour les travailleurs, surtout pour les travailleurs non spécialisés, avec peu d’éducation et d’expérience.  Plusieurs facteurs expliquent cela.

Tout d’abord, historiquement, les salaires ne sont pas très élevés pour la main-d’oeuvre dans le secteur agricole, car il y a une tradition de ‘’ cheap labour ‘’ qui perdure dans le temps, malgré la ‘’ pénibilité ‘’ de l’emploi.

Par la suite, ironiquement, ce sont les propriétaires (agriculteurs) membre du monopole de l’Union des Producteurs Agricole (UPA) et non pas les travailleurs qui sont regroupés dans un syndicat.  Ce sont donc eux qui dictent les conditions et font pression auprès des gouvernement avec leur lobbying constant.

Ensuite, les exploitants agricoles ont accès à de la main-d’œuvre docile, souvent peu éduquée et bon marché, donc à des adolescents qui viennent travailler pour l’été, à des gens sans diplômes pour qui ce travail en est un de dernier recours, ou encore à des travailleurs étrangers qui font ce qu’on leur dit de faire sans chigner ni poser de questions.  Il n’y a pas vraiment de rapport de force bien dosé entre la partie patronale et les employés.  Et on comprend que pour des syndicats, de tenter de syndiquer des petits emplois souvent saisonniers, à faible taux horaire, sur des petites fermes, ce n’est pas le Saint-Graal!  On est loin d’un coup de circuit comme de syndiquer une grosse usine.

De plus, sur plusieurs fermes, les marges de profit sont faibles et c’est vraiment souvent avec l’accroissement de la valeur des actifs dans le temps (terres, quotas, etc) que les exploitants agricoles font le gros de leur argent lors de la revente.  Par ailleurs, petite parenthèse, mais puisque nous sommes un blogue traitant d’enrichissement, le titre le dit, ‘’ fais comme les riches ‘’, je peux vous dire que d’investir dans les terres agricoles est un excellent moyen de s’enrichir, car ce sont des actifs très convoités et qui prennent beaucoup de valeurs depuis les dernières années dans certaines régions dont la compétition est féroce pour l’obtention d’un lopin de terre.

Bref, tous ces facteurs mis ensembles font que d’aspirer à faire beaucoup d’argent comme simple ouvrier agricole, dans un tel contexte, est un peu utopique.  Ceci étant dit, pour envisager une liberté financière à un jeune âge, je dois quand même m’assurer d’avoir un minimum de revenus.

Pour ma part, j’ai eu l’opportunité de me faire recruter afin d’effectuer du travail davantage spécialisé au niveau du suivi des cultures, du dépistage agricole comme on dit dans le jargon, ce qui fait que je suis un peu plus une denrée rare et que j’ai donc ainsi davantage un pouvoir de négociation.  C’est de cette façon, après 4 ans à faire mes preuves, que j’ai réussi à atteindre les 20$ de l’heure pour cette portion de mon travail.  Ce n’est pas la panacée me direz-vous, mais dans le contexte agricole, c’est très bien à mon avis.  De plus, pour un gars comme moi qui garde déjà son niveau de dépense assez bas, augmenter mes revenus, à ce stade, fait du sens.

C’est donc de cette façon que j’arrive à pratiquer un métier que j’aime, qui m’offre de beaux défis, à en tirer une rémunération intéressante pour le secteur, tout en ayant un peu de temps pour reprendre mes énergies durant la saison morte.

Dans ce contexte, certains pourraient alors se demander pourquoi je vise l’indépendance financière à un jeune âge, alors qu’après tout, je me plais présentement dans mon travail, malgré les quelques désagréments dont je vous ai fait part.  Ce serait une bonne question en tout cas!

Et bien, à cela je répondrai que ce n’est pas parce que ça va relativement bien aujourd’hui que ce sera encore le cas dans un futur immédiat ou plus ou moins lointain.  Après tout, comme vous le savez, nous sommes dans une ère, à une époque, où les choses évoluent rapidement.

D’ailleurs, comme personne, je suis appelé à changer et ma vision du monde va certainement évoluer au cours des prochaines années.

Je suis présentement en santé, mais est-ce que ce sera encore le cas dans quelques années?

Vais-je aussi me découvrir plus tard une passion pour autre chose?

De plus, avec l’avènement de technologies de pointe et de l’agriculture de précision, qui ne me dit pas qu’un jour, un drone me remplacera?

Qui sait.  Pour toutes ces raisons, il y a une part de moi qui croit fermement que c’est une bonne idée de travailler fort actuellement afin de me donner une plus grande liberté de choix dans le futur.

Avec cette mentalité, est-ce que ça fait de moi un vieux-jeune ou un jeune-vieux ?  Peut-être.

Au prix de sacrifices?  Oui et non, cela dépend de votre point de vue sur la question.  Pour ma part, ça ne me dérange pas de conduire une voiture usagée, de porter souvent les mêmes vêtements, d’avoir de bons vieux meubles et électroménagers, de ne pas remplacer d’objets que ‘’ pour le plaisir ‘’, de ne pas flamber ma paie dans les bars, pour de la loterie ou des cigarettes et plutôt de profiter au maximum du peu que j’ai, mais qui ‘’ fait amplement la job ‘’ comme on dit.  Bref, tout devient alors une question de choix et de perception.

Ceci étant dit, je peux vous assurer que grâce à mes multiples expériences de travail, depuis ma jeunesse, je connais la valeur de l’argent et je sais c’est quoi que de travailler à la sueur de son front pour quelques dollars.  Dans ce contexte-là, on devient moins prompt, par la suite, à dépenser à tout crin pour tout et n’importe quoi.

En plus, si cela est au bénéfice d’une augmentation de ma liberté, via l’accumulation et de l’augmentation de revenus passifs qui vont se générer grâce au travail de mon argent, alors pourquoi pas?

Allez, vas-y mon infatigable billet vert, fais-en des heures pour moi!  Sois un bon serviteur!

4 Comments

  1. Maxime
  2. Maxime

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