Pourquoi je n’investis pas 100% de mes épargnes dans un fonds indiciel?

Dans une de ses dernières lettres aux actionnaires de Berkshire Hathaway, Warren Buffett suggère à sa succession d’investir 90% de sa fortune dans un fonds indiciel du S&P500 (il recommande Vanguard) et 10% dans des bons du Trésor Américain.

Pourquoi? Parce que selon plusieurs études, 80% à 90% des gestionnaires de fonds communs n’arrivent pas à battre le rendement de l’indice S&P500, quant aux investisseurs individuels, on n’en parle même pas…

Alors, devrions-nous tous investir dans un fonds indiciel du S&P500? Après tout, on obtient « le rendement du marché », on n’a rien à faire et selon ses promoteurs, on s’en met plein les poches…

Car si l’Oracle d’Omaha lui-même recommande d’investir en fonds indiciel et que les études démontrent que même les investisseurs professionnels ne battent pas le marché, pourquoi tenter de battre le marché en achetant des titres individuels?

La réponse est simple… ce n’est pas ce que je fais. Je ne tente pas de battre le marché. Je me bâtis une rente viagère en croissance avec des revenus qui proviennent de sources diversifiées.

Ces points sont tous des points très valables et il se peut que mes réponses ne conviennent pas à tout le monde mais je crois que choisir une technique d’investissement doit demeurer un choix très individuel. Après tout, personne ne connaît l’avenir et le passé n’est pas garant du futur. Et, aucune technique n’est parfaite.

Néanmoins, voici pourquoi je n’investis pas dans un fonds indiciels 100% de mes épargnes.

D’abord, qu’est qu’un indice?

Prenons le S&P500 par exemple puisqu’il sert de benchmark aux gestionnaires de fonds.

Le S&P500 est simplement un indice basé surtout sur la capitalisation boursière de 500 des plus grosses (en terme de capitalisation boursières) cies Américiaines listées sur le NYSE et le Nasdaq. Notons que la capitalisation boursière varie constamment.

Les cies sélectionnées pour l’index sont choisies par un comité et non selon des règles strictes. (Déjà un facteur subjectif) N’empêche que certaines règles de base sont suivies : capitalisation boursière de plus de 5.3 milliards, volume mensuel de 250,000 titres échangés au minimum au cours des six derniers mois, la cie doit être listée au NYSE ou Nasdaq, ensuite on évalue sa viabilité financière (prédiction), dans quel secteur elle évolue pour chercher une représentativité dans chaque secteur et l’index inclut maintenant aussi des cies qui ne sont plus incorporées aux Etats-Unis.

L’index est par la suite pondéré. Autrefois, les cies qui avaient une capitalisation boursière plus élevée pouvait faire varier l’index plus facilement. Depuis 2005 toutefois, la pondération est maintenant basée sur la float (soit le nombre d’actions disponibles pour échange sur le marché). Donc, plus tu as d’actions plus tu influences le cours du S&P500… bizarre… surtout que la plupart des grosses cies rachètent leurs actions et que les jeunes compagnies en émettent… J’imagine que l’objectif est de capter les différents cycles de vie des entreprises.

Quoiqu’il en soit, il faut comprendre que l’index évolue. Les cies qui font partie de l’index changent constamment, les méthodes pour inclure ou exclure des compagnies évoluent et sont en partie arbitraires (faire partie de l’index vaut quelque chose sur le marché après tout – il y a donc de l’argent en jeu) et donc si on mesure le rendement de l’index sur 30 ans, que mesure-t-on au juste?

Moi, c’est là où je bloque déjà.

En gros, c’est un fonds mutuel virtuel, géré par des gens qui ont émis des critères en partie arbitraires pour décider d’inclure ou exclure une cie du fond.

Et quand tu investis dans un fonds indiciel, tu investis en fait dans la gestion faite par quelqu’un qui tente d’imiter l’indice. Donc, il y a généralement un décalage entre le rendement de l’index et celui du fonds.

Autre point important, l’objectif d’un index n’est pas le rendement, mais de rendre une image du marché. Il ne faut pas l’oublier… Et ce qu’il ne faut pas oublier aussi c’est que nonobstant les changements faits en 2005, les grosses multinationales continuent d’avoir beaucoup de poids dans l’index.

Pour plus d’information, consultez le site de la cie qui gère l’index.

Et ceux qui achètent un index le font généralement pour les même raisons que ceux qui achètent un condo, louent un logement ou une voiture neuve… ils pensent qu’ils n’auront « pas de troubles » et que comme par magie, tout ira bien si on pense positif!

Or, on peut faire dire bien des choses au rendement d’un index. Par exemple, si vous aviez investi 1$ au premier janvier 2001 dans un fonds qui imite le S&P500, il vaudrait 1,88$ au 1 janvier 2016, soit un rendement de 5,78% par an… pas si hot que ça. Si vous aviez fait la même chose en 2009, votre dollars vaudrait 2,64$, soit un rendement annualisé de 15,35%. Wow, là tu parles.

Mais, si vous aviez investi 1000$ dans Coke par exemple (j’ai des actions de Coke en passant), votre 1000$ investi en 2001 vaudrait 2823,69$ aujourd’hui, soit un rendement composé approximatif (assumant que 2016 est terminé) de 9,9%. Et si vous aviez acheté 1000$ d’actions de Coke au 1 janvier 2009, ça vaudrait 3633.31$, soit un rendement composé de 20,24%….

Dans les deux cas, investir dans Coke aurait été mieux que d’investir dans le S&p500. Dois-je en conclure que d’investir dans Coke est une meilleure approche que d’investir dans le S&P500? hummm… non… Il faut faire attention aux conclusions qu’on tire des statistiques qu’on nous présente. Il faut peser les pour et les contre de chaque approche et prendre une décision avec laquelle on est à l’aise. Dans toute approche, il y a du risque de toute façon et le passé n’est pas garant du futur.

Vous pouvez vous amuser à changer de date autant que vous le voudrez et vous obtiendrez des résultats différents à chaque fois.

La solution proposée par les promoteurs de la technique? Acheter un montant égal chaque mois pour faire des moyennes…

Donc, en gros, ce qu’on me demande de faire, c’est d’investir dans un pool de 500 cies choisies par un comité qui a pour objectif de donner une image du marché, de ne pas prendre le temps d’analyser la valeur intrinsèque de ces compagnies et de ne surtout pas chercher à « timer » le marché et donc d’acheter chaque mois pour un montant égal.

C’est une technique qui se vaut. On obtient alors ce qu’on appelle communément le « rendement du marché » moins les frais de gestion (0,5% habituellement), plus ou moins les erreurs de timing faites par les gestionnaire de fonds. On obtient une agréable diversification et on n’a rien à faire.

La technique du Dogs of the Dow est une autre technique qui se vaut et celle de l’investissement dans la croissance du dividende est aussi une technique qui se vaut selon moi.

Je ne serais pas surpris que de piger au hasard une cie différente parmi les 500 du S&P500 et d’investir 1000$ à la fois tous les mois de cette façon donne aussi des résultats similaires…

Quoiqu’il en soit, Warren Buffett n’investit pas lui-même dans un fonds indiciel. Il fait une recommandation mais ne la suit pas. Ce n’est pas un argument en soi, mais un fait. Alors je tenais à le dire. D’ailleurs, Warren Buffett prône la concentration plutôt que la diversification. C’est de cette façon qu’il a bâti sa fortune. Éventuellement, il n’a plus eu le choix de se diversifier parce qu’il n’avait plus de place pour stacker son cash!

Éventuellement, Berkshire Hathaway finira par donner le rendement d’un indice si la cie continue d’être dirigée de cette façon. Mais, je suspecte qu’au décès de Buffett et Munger, on commencera à splitter le titre, faire du rachat d’actions et verser des dividendes. Qui vivra verra.

Oui je sais, le travail de Buffett génère un rendement composé de 19%-21% par an, plus du double du rendement à long terme du S&P500 et moi je ne suis pas Warren Buffett donc pourquoi tenter de faire comme lui?

Et bien, je ne tente pas de faire comme lui non plus. Warren Buffett a investi en achetant plus souvent qu’autrement des compagnies entières. Il a aussi usé de stratégies plus ou moins moralement acceptables dans ses jeunes années en achetant notamment des « Cigar Butts » pour les démanteler et tirer une dernière bouffée de leurs actifs. Berkshire Hathaway, une cie de textile en déclin avait été achetée avec l’objectif initial de la démanteler et de la vendre en pièces détachées comme bien des grands de Wall Street se sont amusés à faire à une époque.

Je n’ai ni les connaissances, ni les capacités, ni l’intérêt de Warren Buffett pour la chose. Et en plus, il faut se rappeler que Warren Buffett a utilisé la float (primes) de compagnies d’assurance comme levier d’investissement. Vous et moi n’avons pas cet outil incroyable.

Encore une fois, ce n’est pas un argument, je ne fais qu’exposer un fait.

Alors pourquoi choisir la technique des dividendes?

D’autres études confirment que plus de 90% du rendement boursier provient des dividendes directement ou indirectement (selon la logique qu’un actif qui rapporte plus vaut plus).

Ça, c’est un argument. En investissant dans des compagnies qui versent un dividende en croissance chaque année, je m’assure d’une chose, la compagnie ne fait pas de l’argent que sur papier. Elle en fait aussi dans les faits. Et puis en choisissant des compagnies qui ont un avantage concurrentiel important, j’ajoute une certaine sécurité à mon capital.

D’ailleurs, j’investis presqu’exclusivement dans des cies qui ont une très grosse capitalisation boursière. Et, rappelons-nous que ce sont ces même cies qui font bouger le plus l’indice du S&P500. D’ailleurs, le DOW Jones et le S&P500 ont des courbes pas mal similaires sur le long terme… Je n’ai pas calcué de corrélation, mais les rendements se ressemblent sur le long terme.

Mais outre tout cela, il faut comprendre mon objectif. Je veux me bâtir une rente viagère personnelle. Je ne veux pas dépendre des aléas des taux pour acheter une rente viagère plus tard, je veux la bâtir aujourd’hui petit à petit. Je ne veux pas non plus attendre d’avoir l’âge requis (55 ans je pense) pour acheter une rente viagère fixe à un taux… probablement minable d’une cie d’assurance. Je veux une rente qui s’indexe à l’inflation et les dividendes permettent plus que ça. Ils permettent de faire croître les revenus de la « rente » plus rapidement que l’inflation. Le taux initial n’est nécessairement super haut, mais avec l’effet de l’intérêt composé, les revenus du capital font boule de neige.

Je ne veux pas non plus dépendre de l’état du marché pour sortir 4% par an de mon portefeuille en vendant des actions… rien de pire que cette méthode pour gérer sa retraite à mon avis (très populaire auprès de ceux qui suivent la technique du fonds indiciel). Tu fais quoi pendant un crash? Et si pire, tu décides de prendre ta retraite pendant un crash boursier tu fais quoi? Tu risques de brûler trop de capital et mettre en péril ta retraite avec cette technique ou de devoir réduire ton rythme de vie…

Je pourrais bien sûr vendre mes parts de fonds au moment de la retraite et acheter des titres qui versent des dividendes en croissance, mais je n’aurai pas eu les années d’expérience que j’accumule présentement à le faire.

Et, vaut mieux faire des erreurs avec 1000$ à la fois qu’avec 500,000$ d’un coup à mon avis.

Et je ne vois pas en quoi ne pas analyser les états financiers de 500 compagnies peut être plus intelligent que d’analyser les états financiers de 40-50 compagnies, d’apprendre sur leurs modèles d’affaire et leurs cycles d’affaire etc… Avec la première méthode tu n’apprends rien. Tandis qu’avec la seconde…

Reste le facteur motivation. J’aime voir mon cashflow s’accumuler. J’aime posséder des titres de grandes cies. Ça me motive tellement de pouvoir suivre mon parcours vers la liberté financière en terme de revenus passifs au lieu d’en terme de valeur du capital sur papier. Je trouve ça plus opérationnel, comme un jeu de société. Ça me motive tellement que j’économise environ 1500$ par mois. Un fonds mutuel ne m’a jamais motivé à épargner autant. On sait que l’épargne c’est le nerf de la guerre, surtout sur 12 ans… Car moi, je veux partir de zéro à retraité en 12 ans.

Savoir où en sont mes revenus passifs me permet de savoir si je m’approche ou pas de la liberté financière (point auquel les revenus passifs couvrent 100% des dépenses).

Il y a aussi le un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Avec un fonds indiciel, on ne reçoit en général pas les dividendes. Ils sont réinvestis dans le fonds automatiquement. Avec mes actions à dividendes, je reçois le cash tous les mois et j’en fait ce que je veux. Si j’ai envie de le dépenser, je le peux. Si j’ai envie de le réinvestir, je le peux. Et je peux choisir dans quoi je l’investis. C’est flexible et près du tiers de mon rendement m’est versé en argent sonnant!

Et puis, en investissant dans des titres individuels, je suis libre de choisir d’investir uniquement dans des cies qui ont un avantage concurrentiel indéniable et la force d’une cie provient essentiellement de son avantage concurrentiel sur ses pairs. Ces 500 cies ne sont pas toutes des cies qui m’intéressent…

Warren Buffett suggère d’investir dans son champs de compétence… et il dit aux gens d’investir dans 500 compagnies dans lesquelles ils sont incompétents… Je comprends pourquoi il le suggère, mais ça reste quand même à l’envers de tous ses enseignements.

Je dirais que bien que je choisisse cette technique pour des raisons personnelles, je considère aussi que c’est une technique intégrée (pas besoin de convertir le capital en revenus), qu’elle me permet d’apprendre beaucoup sur la finance et la gestion des entreprises et qu’elle me force à mettre le focus sur des compagnies qui rapportent du cash flow.

La plus grande faiblesse de cette technique par contre, c’est de concentrer son capital souvent dans des compagnies matures qui ne peuvent plus croître à vitesse grand V comme une jeune cie en développement.

Mais, à cela je dis : avant de monter la structure, ça prend une bonne fondation. Je pense que ces titres, ces cies sont ma fondation. Au fil des ans, je commencerai probablement à prendre un peu plus de risque et à miser sur certains petits chevaux avec du bon potentiel (si j’en trouve) parmi les small caps ou les micro caps ou alors j’achèterai tout simplement un fonds indiciel de ce type de cies. On verra… On sait qu’après les dividendes, ce sont les small-caps qui dans l’ensemble performent le mieux.

Évidemment, mon objectif est de prendre ma retraite à l’intérieur de 12 ans d’investissement. J’ai donc des objectifs qui peuvent être bien différents des autres. Notamment, je ne compte pas vivre du capital mais plutôt du revenu du capital. Les dividendes sont donc parfaits pour moi. Ils sont versés régulièrement en cash sans frais de transation et ils sont en croissance plus rapide que l’inflation.

Un jour, néanmoins, j’aurai aussi à liquider mon capital pour ne pas mourrir l’homme le plus riche du cimetiere. Quand ce jour arrivera, je commencerai à vendre mes actions ou à donner des actions à ma succession ou à des oeuvres de charité au rythme qui me conviendra… Mon capital aura été préservé pendant au moins 20 ans et continuera de croître sous l’effet de l’intérêt composé car je ne dépenserai que les revenus du capital, pas le capital lui-même. À ce stade, je devrais être multi-millionnaire et je pourrai me permettre de liquider des actions.

Je suis conscient que cette méthode ne s’adresse pas à tout le monde. Il est possible que d’investir dans un fonds indiciel rapporte plus au cours des prochains 10 ans que ce que je réussirai à faire en choisissant des actions individuelles. Malheureusement, on ne pourra le mesurer que dans dix ans et personne ne pourra m’obstiner du contraire sans machine à voyager dans le temps!

Qu’en pensez-vous? Pourquoi investissez-vous dans des actions individuelles? Ou alors pourquoi investissez-vous dans un fonds indiciel? Comparez-vous votre rendement au « rendement du marché »? Quel outil utilisez-vous pour vous comparer au S&P500?

14 Comments

  1. Maxime
  2. Maxime
  3. Maxime
  4. Petes
  5. Kimber

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