Apprendre à faire le deuil de toutes les vies que je n’ai pas eu et de toutes celles que je n’aurai pas pour me concentrer sur celle que je vis!

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J’ai fait beaucoup de route aujourd’hui. Moi, la route et la musique… Mes pensées se sont mises à dériver et je me suis mis à réfléchir à la vie, à ma vie. J’ai une femme que j’aime, un beau petit bonhomme (le miracle et le plus grand amour de ma vie) qui grandit si vite, une situation financière qui s’améliore de jour en jour, un plan de vie et des projets à revendre… J’ai une belle vie. J’ai une très belle vie même et je dois dire qu’il y a à peine deux ou trois ans, je ne pensais plus que ce genre de chose pouvait m’arriver. Mais, c’est là! C’est ma vie à moi!

Je suis un rêveur. C’est difficile pour un rêveur de se fixer et de se bâtir une vie stable. Notre époque ne rend pas les choses simples non plus. Nous sommes envahis d’opportunités, d’options, de possibilités et de propagande de toute sorte. Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours été un rêveur et j’ai toujours eu l’impression qu’il manquait quelque chose à ma vie, que je n’étais pas encore arrivé à destination, que je devais encore faire quelque chose, passer à l’étape suivante. J’ai à peu près toujours eu l’impression que j’étais au mauvais endroit ou né à la mauvaise époque, qu’il devait y avoir plus, que ma vie ne pouvait pas se résumer à ce qu’elle était. Je crois d’ailleurs que c’est un de mes grands drames (et un drame partagé par plusieurs d’entre nous) que d’avoir la capacité intellectuelle d’envisager l’infini alors que ma vie, elle, a une durée très limitée en comparaison de toutes les possibilités qu’offre le monde. Pire, j’ai aussi une conscience aigu du temps qui passe et qui file à vive allure. Je ressens alors l’urgence de vivre qui me ronge jour après jour.

Il y a tant de choses à faire, d’endroits à voir, de livres à lire, de sujets à étudier et j’ai cette curiosité insatiable qui me tenaille au quotidien et si peu de temps pour tenter de satisfaire sa faim.

Si j’étais éternel, je suppose que je pourrais goûter à une infinité de vies différentes et pourtant, pas à toutes les vies possibles. Je pourrais avoir 100,000 professions différentes, des milliers d’enfants avec des milliers de femmes, être riche, pauvre, habiter dans tous les pays de la Terre et y démarrer chaque fois de nouvelles vies. Mais, je resterais moi. Je ne serai jamais Brad Pitt. Je ne saurai jamais ce que c’est que d’être une femme (ouff lol) ni ce que ç’aurait été de vivre il y a 130,000 ans ou à l’époque des pharaons car ce temps est révolu. Quoiqu’il en soit, je ne suis pas éternel. J’ai d’ailleurs déjà 35 ans passé, peut-être la moitié de ma vie ou plus… ou moins… qui sait… En ne sachant pas le temps qu’il me reste à vivre, l’urgence de vivre est d’autant plus forte.

Dès notre naissance, des portes et des possibilités commencent à se fermer. Peut-être naît-on avec un handicap, peut-être sans talent particulier pour la musique ou les arts ou les sciences. Peut-être naît-on beau ou laid, ou tout simplement dans la moyenne. Peut-être naît-on dans un milieu de vie fortement handicapant malgré tout notre potentiel. Il y a tant de paramètres que c’est comme de jouer au loto-max mais en pire… Nos chances de tirer tous les numéros gagnants sont plus que minces.

Moi je suis né sans talent pour la musique et ça me manque. Mais, je suis né avec une capacité et une facilité d’apprentissage au-delà de la moyenne, ce qui m’a beaucoup servi dans la vie, mais ce qui m’a aussi permis de « m’éparpiller dans tous les sens ». Je suis aussi né avec un profond sentiment d’amertume qui ne m’a jamais quitté de toute ma vie. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu l’impression qu’il manquait à notre époque quelque chose de primordial qui de tout temps a fait rêver et avancer l’homme.

Jean-Jacques Goldman le décrit si bien dans sa chanson « Là-bas » que je vois difficilement comment je pourrais mieux décrire mon sentiment.

Là-bas
Tout est neuf et tout est sauvage
Libre continent sans grillage
Ici nos rêves sont étroits
C’est pour ça que j’irai là-bas
Ici tout est joué d’avance
Et l’on y peut rien changer
Tout dépend de ta naissance
Et moi je ne suis pas bien né
J’aurai ma chance, j’aurai mes droits
Et la fierté qu’ici je n’ai pas
Là-bas, tout ce que tu mérites est à toi
Ici les autres imposent leurs lois
Je te perdrai peut-être là-bas
Mais je me perds si je reste là
La vie ne m’a pas laissé le choix
Toi et moi ce sera là bas ou pas

Toute ma vie j’ai cherché ce « Là-bas »… Je le cherche encore… Les histoires d’enfants parlent de cet endroit mystique où se trouve un trésor caché, facile à saisir pour celui qui se donne la peine. Oui, je le cherche encore. C’est en moi. Quelque part, je sens qu’il existe un endroit pour moi où m’épanouir davantage qu’ici.

Pourtant, je sais que c’est un mirage, une chymère. Nous sommes plus de 7 milliards d’humains sur Terre. Tous les territoires ont été occupés ou conquis. Les lois de l’homme, sa cruauté et sa barbarie s’étendent sur tous les continents et même dans les fonds marins et le ciel. Ce là-bas, s’il n’a jamais existé, n’existe plus… pas tant que nous ne pourrons trouver le moyen d’envahir d’autres planètes… et encore. La domination de l’homme sur l’homme demeurera entière. Nous vivons dans un monde construit. Il y a bien sûr encore tant de choses à construire, mais l’essentiel est déjà construit. Le système est en place, le cycle est en marche et nous on saute à bord ou on se fait broyer.

J’aimerais qu’un endroit tel que celui que Leonardo DiCaprio trouve dans le film « La Plage » existe réellement. Mais, même ce film nous fait comprendre que l’homme détruit lui-même le paradis.

Pourtant, avec chaque nouvelle génération, je ne crois pas qu’il existe beaucoup de jeunes hommes qui n’ont pas un jour cette rage en eux-même, ce besoin insatiable de découvrir et explorer de nouveaux territoires. C’est ce sentiment qui en pousse plus d’un à vouloir conduire un véhicule le plus tôt possible et à prendre la route pour cartographier mentalement des endroits de plus en plus éloignés de la maison. C’est aussi ce sentiment qui en pousse plus d’un à faire comme Che Guevara et à prendre la route pour plusieurs mois afin de « voir » le monde.

J’ai fait quelques road trips, mais je n’ai jamais succombé à faire ce « grand voyage » encore. J’ai plutôt succombé à la pression sociale. Rentrer dans le moule et j’ai en partie assouvie mes besoins de « mondes perdus » grâce à Google qui nous permet de combler ce besoin grâce à quelques clics de souris. Google Street Views, YouTube etc… on peut pratiquement tout voir et tout trouver virtuellement de nos jours. Mais, ça n’assouvit pas entièrement la soif de découvrir que l’on ressent presque tous un jour ou l’autre au fond de nous-même.

Dans le Seigneur des anneaux, Bilbon dit un jour à Frodon ces sages paroles :

Il est fort dangereux Frodon de sortir de chez soi. On prend la route et si on ne regarde pas où l’on met les pieds, on ne sait pas jusqu’où cela peut nous mener.

C’est ce qui est arrivé à El Commandante Ché Guevara. Son voyage l’a bouleversé car il a pu voir et constater de ses propres yeux ce que la nature humaine peut faire de pire. Peut-être me serait-il arrivé la même chose si je m’étais mis à voyager pour voir la réalité plutôt que tout le camouflage que l’humain s’efforce d’installer partout. Peut-être que mes œillères et mon conditionnement auraient sautés…

Les forêts sont essentiellement toutes rasées. Les poissons sont essentiellement tous pêchés. Les ressources sont toutes surexploitées. Les eaux sont toutes sur-polluées… Tant de peuples sont soumis à l’esclavage salarié. Les animaux sont essentiellement tous sous le joug et la cruauté des hommes ou en voie d’extinction… Tant de terres sont surpeuplées…

Il est dangereux de prendre la route, car la réalité peut faire mal.

Néanmoins, être né au Québec en 1981, c’est déjà avoir gagné en grande partie à la loterie de la vie. On a souvent tendance à l’oublier, aveuglés justement par nos oeillères. Je ne suis pas riche comme Pier-Karl Péladeau ou Bill Gates. Mais en comparaison avec un petit enfant du tiers monde né dans une décharge, je suis l’homme le plus riche du monde. Nous ne naissons pas égaux. Ça aussi on a tendance à l’oublier.

Quoiqu’il en soit, en tant que rêveur j’ai eu des deuils à faire et j’en ai encore. Je sais que je ne serai jamais astronaute ou athlète olympique. Je ne serai jamais médecin non plus. Je sais que je n’aurai plus jamais 20 ans, que je n’aurai pas eu mon premier enfant jeune et que j’aurai 70 ans lorsqu’il aura mon âge actuel. Je sais que je ne vivrai jamais la vie universitaire d’un campus américain. Je ne saurai vraisemblablement pas ce que cela fait d’être une star populaire ou un jeune milliardaire qui fait la fête avec des tas de nanas sur un yacht dans les Caraïbes. Je ne saurai heureusement pas ce que c’est que de vivre avec une maladie grave avant 20 ans ou de naître dans un pays du tiers monde.

Je ne le saurai pas car ce n’est pas ainsi que la vie est faite. On ne peut pas vivre toutes les vies. On ne peut que vivre sa propre vie et faire partie du cycle de la vie et de la pérennité de la race humaine.

J’ai tracé ma propre voie pour le meilleur et pour le pire. Je ne suis pas toujours satisfait du temps que j’ai perdu à zigzaguer pour trouver ma voie. D’ailleurs, je n’ai pas encore trouvé ma voie à 100%. Mais je suis conscient que si je n’avais pas suivi ce chemin, je n’aurais pas la vie que j’ai aujourd’hui.

Je ne serais pas avec cette femme merveilleuse à mes côtés. Elle ne m’aurait pas donné ce petit garçon si souriant qui ensoleille mes journées au quotidien. Il est aussi possible que je n’aurais jamais commencé ce plan d’investissement qui devrais me mener vers la liberté financière à 45 ans.

Il suffit d’un seul tournant, d’une seule bifurcation que j’aurais pris différemment pour que toute cette vie n’ait jamais existé.

Je dois faire le deuil de toutes ces vies que je ne vivrai pas, de toutes ces possibilités qui n’existeront pas dans cet univers ou dans cette vie. Mais c’est pour une bonne cause : celle de suivre ma propre voie. Le bonheur que me procure ma petite famille rend ce deuil très facile à faire, fort heureusement.

Je sais que désormais, il devrait y avoir quelque chose après moi, un peu de moi qui poursuivra cette course incroyable qu’est la survie de la race humaine. J’ai engendré un petit être qui lui aussi aura à faire des choix et à vivre sa vie pour le meilleur et pour le pire et cela m’emplit de joie de voir que le cycle continue, qu’avec lui, de nouvelles possibilités s’ouvrent. Pas pour moi, mais pour lui et pour ses enfants à naître et pour la race humaine toute entière. Engendrer la vie est selon moi le plus grand bonheur sur Terre. Du moins, je n’ai jamais connu un plus grand bonheur et je vois difficilement comment je le pourrais.

Je ne suis pas fier de tous les choix que j’ai fait, de toutes les erreurs que j’ai commises et de toutes les opportunités que je n’ai pas saisies. Mais, je suis fier de ma famille, de mon petit garçon et je suis fier de moi d’avoir enfin compris que pour apprécier sa vie, il faut un jour savoir se concentrer sur le plus important : le présent et son propre chemin!

Il faut savoir abdiquer des possibilités pour en créer de nouvelles et apprendre à aimer sa vie.

C’est fou quand on y pense… Je ne crois pas au destin. Je crois qu’on détermine en grande partie notre futur de par nos choix. Mais, je crois aussi que nous vivons dans un système et que les choix de nos ancêtres et de nos contemporains, y compris les choix de nos parents et amis, influencent nos propres choix et notre avenir. La liberté de choix est un concept relatif au final.

Certains on peur du futur, peur de faire des choix qui pourraient transformer leur vie et pourtant, ne rien faire est un choix en lui-même. La vie, les opportunités sont là, au coin de la rue. Elles t’attendent. Si tu entres dans ce magasin, il se pourrait bien que tu rencontres l’homme ou la femme de tes rêves, ou que tu y meurs des suite d’un braquage. C’est ça la vie, c’est de savoir qu’une infinie de possibilités se trouvent devant nous et tout autour de nous et qu’on contrôle au moins une chose, les ignorer ou ouvrir grand ses bras à toutes ces opportunités.

J’aime cette réplique du film « La matrice » alors que Neo embarquait avec Trinity, Switch et Apoc dans la voiture pour aller rencontrer Morpheus :

Trinity: Je t’en prie Neo. Tu dois me faire confiance.
Neo: Pourquoi?
Trinity: Parce que tu reviens de là-bas, Neo. Tu connais cette route, tu sais exactement comment elle se termine, et je sais que tu ne veux pas finir comme ça.

À notre naissance, oui des possiblités se ferment, mais par la suite, nous sommes bien souvent responsables de toutes les vies que nous ne pourrons pas vivre de par nos choix. Il est bien sûr impossible de vivre toutes les vies envisageables, mais il est possible de vivre une belle vie et de tout faire pour l’améliorer.

Il y a moins de 3 ans, j’étais endetté, j’avais une hypothèque étouffante, j’avais un emploi contractuel précaire, je n’avais pas d’enfant et je venais de commencer une nouvelle relation amoureuse. Aujourd’hui, je n’ai presque plus de dettes, il reste moins de 4 ans et demi à mon solde hypothécaire, j’ai un beau petit garçon souriant et en santé, un salaire bien au-dessus de la moyenne, une femme que j’aime, près de 75,000$ en placement et des revenus passifs qui avoisinnent les 5000$ par an…

Tout cela, parce que j’ai décidé de faire le deuil de toutes les possibilités et de m’engager envers moi-même, envers mon avenir et de m’engager à améliorer ma vie.

On a beaucoup de contrôle sur notre vie. Il suffit de l’accepter et d’agir.

5 Comments

  1. Lp
  2. Petes
  3. Petes

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